Tony Constance: «Exige-t-on le bilan financier des parents des boursiers ?»

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Jane Constance est au centre d’une polémique au sujet du financement de ses études.

Jane Constance est au centre d’une polémique au sujet du financement de ses études.

Sa fille, Jane, est au centre d’une polémique pour une bourse d’études à l’étranger. Or Tony Constance est formel : il se bat pour un droit pour les enfants handicapés. Les mécontentements du public face à l’artiste de l’UNESCO sont-ils justifiés ? Et si la bourse n’est pas octroyée, quelle sera la marche à suivre ? Il s’explique.

Le ministère de l’Éducation semble changer de posture sur l’octroi des bourses aux personnes handicapées suivant la polémique entourant la bourse de Jane. Alors, heureux ?

Il devrait y avoir une seule posture : c’est-à-dire l’égalité des chances pour tout le monde. C’est ce qu’on souhaite pour tous les enfants en situation de handicap comme Jane. Ce n’est pas juste qu’ils ne puissent pas aspirer à des études à l’étranger alors qu’en parallèle, on permet à d’autres enfants dits normaux d’y aller. Qu’y a-t-il : une politique de deux poids, deux mesures ? Donc le ministère se ravise maintenant ? N’ont-ils pas vu cela avant ? Il y avait pourtant un précédent avec Coomara Pyaneeandee depuis 1989. Pourquoi les divers gouvernements n’ont-ils rien fait ?

Après sa prestation à The Voice et sa nomination comme artiste de l’UNESCO pour la paix en 2017 entre autres, votre fille est devenue une ambassadrice pour Maurice. Et maintenant elle veut étudier à l’étranger. N’y a-t-il pas matière à susciter des mécontentements locaux ?

Pourquoi accorde-t-on des bourses aux autres ? Pourquoi n’y a-t-il pas de mécontentement alors ? On a parlé des «richesses» de Jane Constance. Quand on octroie des bourses, exige-t-on le bilan financier des parents des lauréats ? Les gens sont à côté de la plaque. Le débat ici c’est une question de droit. Pourquoi contraindre un enfant handicapé à étudier à Maurice ? Je ne réinvente pas la roue. Ce n’est pas uniquement pour Jane mais pour tous les autres jeunes en situation de handicap.

Où en êtes-vous dans les démarches pour sa bourse ?

Plusieurs institutions étrangères veulent accueillir Jane à bras ouverts, dont l’University of Central Lancashire (UClan). Ce n’est pas juste le résultat qui prime mais également la personnalité. C’est une offre conditionnelle. Comme tout parent, on s’est juste renseigné pour voir si elle est éligible à une bourse d’études. Nous avons écrit au Premier ministre qui nous a référés au ministère de l’Éducation. Et en effet, Jane peut obtenir un soutien pour les enfants à besoins spéciaux mais cela est limité à Maurice. C’est cela que nous ne comprenons pas.

Ne doit-on pas encourager les gens à se surpasser ? Environ 30 % des élèves échouent aux examens du School Certificate et du Higher School Certificate. Jane a pris part aux mêmes examens que les autres et elle a réussi. L’encouragement doit s’appliquer à tous les niveaux. C’est de la méritocratie dont il est question aujourd’hui. Ce n’est pas la loi qui empêche les enfants handicapés d’adhérer à des études à l’étranger mais la volonté politique. Les politiciens changent de loi à leur convenance mais ici, c’est plus des ajustements de ces paramètres.

Quelles options d’études locales avez-vous considérées ?

Les alternatives pour étudier sont partout. L’Inde, l’Angleterre ou tout autre pays démocratique. Je pourrai même aller sur une île et apprendre. Mais c’est un choix. Tout dépend du coût, des besoins et des aspirations. Ce n’est pas un privilège mais un droit que l’on demande.

Quand Jane était au secondaire, il n’y avait pas de professeur formé en braille. Les enseignants sont certes des personnes compétentes mais pour des enfants handicapés, c’est une autre paire de manches. Il faut une formation additionnelle dont on ne dispose pas. Par exemple, si un professeur écrit au tableau, l’enfant aveugle se sentira discriminé. Maintenant, demander à l’enseignant d’altérer cela viendrait perturber son emploi du temps.

Si Jane n’obtient pas sa bourse, que ferez-vous ?

Je ne suis pas devin. Attendons voir…

Et en cas d’obtention de ce soutien, il se peut qu’elle ne revienne pas au pays comme la diaspora mauricienne ?

Je ne peux savoir, je ne suis pas devin. Depuis la nuit des temps, le gouvernement octroie des bourses aux Mauriciens qui ne rentrent pas après. Ne faut-il pas leur poser la question ? J’ai l’impression et je sais que mon enfant reviendra car elle aime Maurice et sa famille. Elle apprécie d’autres pays comme la France où elle a beaucoup d’amis.

Mais beaucoup de questions méritent d’être soulevées auprès de l’État mauricien. Par exemple, avec ou sans la bourse, je suppose que Jane ira étudier malgré tout. Quelle enfant sera motivée à retourner si elle n’a pas été soutenue par son pays ? Maurice est un jeune pays qui a besoin d’expertise. Et où la trouver ? On doit voir ce qui se fait à l’étranger et l’adapter. De quelle expertise disposent les gens qui siègent à ces comités ministériels ? Je ne mets pas en doute leurs capacités. Net pé kasé ranzé… ce sont des fonctionnaires qui prennent les décisions.

Selon les médias, vous n’avez pas demandé une bourse complète pour Jane. Donc vous allez payer une partie des frais ?

Je crois qu’on ne reçoit jamais une bourse d’études complète. De par notre responsabilité de parent, nous devons aussi y participer. Maintenant, quelle est la responsabilité de l’État ? Nous ne sommes pas des gens riches…

D’ailleurs, où sont donc passées les recettes des ventes de ses albums ?

Ça me fait rigoler. Pourquoi ne demande-t-on pas cela aux parents des lauréats ? Que va-t-on me demander ? De déclarer mes avoirs ? Est-ce logique ? Les gens vous guettent et voient tout ce que vous faites. C’est bien dans le sens que l’on s’intéresse à Jane mais c’est comme dangereux à la fois. Cela fait réfléchir.

Le manque d’infrastructures et de formations appropriées pour subvenir aux besoins des personnes autrement capables dans nos universités est tout aussi décrié. Que faudrait-il faire selon vous ?

D’abord, je pense à la technologie qui permettrait de combler beaucoup de lacunes. On a besoin de gens formés et capables de manipuler cet outil à bon escient. Actuellement, on n’a pas de professeurs formés. Seuls les gens pourront le faire.

Beaucoup de réformes ont été apportées au niveau de l’éducation au fil des années. Mais celle des handicapés demeure le parent pauvre ?

Bien sûr. On a institué la Special Educations Needs Authority par exemple. Mais ces responsables ont-ils pris le cas de Jane en considération ? Feront-ils quelque chose en ce sens ou est-ce simplement un éléphant blanc qu’on a installé là quelque part ? Je ne sais pas. Il faut qu’on voie tout cela.

Le cas soulevé au parlement mardi

«Une question parlementaire est inscrite à l’ordre du jour. On préfère apporter tous les éclaircissements sur la bourse de Jane Constance à la prochaine séance», déclare un préposé officiel du ministère de l’Éducation. Le mardi 7 mai, le député Arvin Boolell a lancé un appel à Leela Devi Dookun-Luchoomun, la ministre de l’Éducation, pour venir en aide à la jeune fille qui souhaite étudier le droit en Angleterre. Quelques jours plus tard, l’État semble avoir assoupli sa position, indiquant une révision des lois par rapport à l’octroi de ces bourses aux personnes handicapées, selon une radio privée. À ce stade, les parents attendent que survienne un développement à leur demande.

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