Murthy Nagalingum: «À Maurice, les artistes ne reçoivent pas la considération qu’ils méritent»

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Murthy Nagalingum, Ex-chef du département des Beaux-Arts au MGI.

Murthy Nagalingum, Ex-chef du département des Beaux-Arts au MGI.

En ce moment, Murthy Nagalingum s’affaire au montage d’une exposition dont le vernissage aura lieu très prochainement. Il a transformé son salon, à Beau-Bassin, en atelier. L’octogénaire travaille en solo. Il jongle avec dextérité avec marie-louises et moulures. L’homme est perfectionniste à souhait. Il traque le moindre détail. Pourtant, il n’a pas beaucoup montré son travail. «En cinquante ans de carrière, j’ai fait seulement une dizaine d’expositions» confie l’artiste.

 Pourquoi cette volonté à toujours vouloir rester dans l’ombre ? «Me mettre en avant ne m’a jamais intéressé», répond notre interlocuteur. Le doyen des plasticiens n’est pas d’autres part heureux du sort des artistes locaux. «À Maurice, les artistes ne reçoivent pas la considération qu’ils méritent. Ici, l’art ne nourrit pas son homme», laisse-t-il entendre.

Murthy Nagalingum est venu à la peinture par le biais de la musique. À la fin des années 40, il habite la rue Rémy-Ollier, non loin du théâtre de Port-Louis. Son voisin dirigeant un orchestre, le garçon se retrouve souvent à accompagner les musiciens lors de leur sortie.

L’intérêt de l’adolescent pour la musique est remarqué par son oncle. Ce dernier offre un violon en cadeau à son neveu. Mieux, il le confie à France Alleaume, le musicien et conservateur du théâtre de Port-Louis. Cette rencontre sera déterminante pour l’avenir de Murthy.

Quand le jeune homme va prendre ses cours de musique, il se porte volontaire pour aider France Alleaume, à réaliser des décors. C’est ainsi qu’il découvre le dessin et la peinture. Après quelque temps, il fait part à France Alleaume de son désir d’abandonner la musique pour la peinture. Le maître le comprend et le soutient dans son choix.

Par la suite, le Portlouisien se rend tantôt au jardin de la Compagnie, tantôt au Champ-de-Mars pour peindre. À l’époque, les bureaux du haut-commissaire de l’Inde étaient situés à côté du Champ-de-Mars. Murthy s’y rend pour profiter de la bibliothèque. Là, il apprend que l’Inde accorde des bourses d’études à de jeunes Mauriciens. Il postule. Coup de chance : les autorités indiennes décident de lui accorder une bourse, même si les arts ne figurent pas dans la liste prioritaire des études.

La Maison de Tagore

Le 4 mai 1957, Murthy met le cap sur Shantiniketan. Aller étudier dans la Maison de Tagore est un rêve devenu réalité pour le jeune Mauricien. Il a alors 22 ans. «À Shantiniketan, on n’apprend pas seulement les arts, on y est formé pour devenir des hommes sensibles, avec une ouverture d’esprit.»

L’artiste rentre à Maurice en 1963, après quatre ans à Shantiniketan et deux ans passés à Madras. L’octogénaire se souvient. «Il n’y avait rien à Maurice pour les plasticiens.» Le diplômé reste au chômage pendant trois ans avant d’intégrer un établissement secondaire. Par la suite, il exerce au Teacher’s Training College et au Queen Elizabeth College.

En 1978, Murthy Nagalingum est invité à prendre la direction du département des Beauxarts du Mahatma Gandhi Institute (MGI). Il en sera l’âme pendant plusieurs années.

Au MGI, Nagalingum aide à former des artistes dans l’esprit de Shantiniketan. Il initie des projets. En 1981, il lance le Salon de Mai, qui chaque année fait découvrir le travail de plusieurs artistes. Le pédagogue à la retraite regrette que le Salon de Mai ait disparu du calendrier culturel, mais il n’en dira pas plus.

La volonté de l’artiste à rester discret est inébranlable. Il refuse de réagir aux événements, mêmes à ceux qui le concernent personnellement. Il y a quelques jours avait été publiée une lettre ouverte d’un artiste qui regrettait que Murthy Nagalingum avait été ignoré à l’occasion d’une manifestation culturelle nationale.

Le lendemain, le ministre de la Culture a personnellement essayé de réparer l’impair. Le doyen des artistes mauriciens, lui, n’en fait pas une montagne. «L’argent et la gloire n’ont jamais été mes priorités», rappelle Nagalingum. Il se concentre sur son œuvre. Vivement l’exposition à la fin de mai.

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