Assurance médicale: qui va casquer ?

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Au dire du Dr Mukhesh Sooknundun (en médaillon), le plan d’assurance médicale pour les fonctionnaires réduira la pression sur les hôpitaux publics.

Au dire du Dr Mukhesh Sooknundun (en médaillon), le plan d’assurance médicale pour les fonctionnaires réduira la pression sur les hôpitaux publics.

Une question: comment l’État compte-t-il financer le plan d’assurance médicale pour les fonctionnaires ? D’autant que «56 000 fonctionnaires et ceux qui sont à leur charge, dont le nombre pourrait varier entre 200 000 à 300 000», a laissé entendre une source au sein du ministère de la Fonction publique. C’est justement cette opacité autour de ce projet que déplorent les syndicats.

Toute cette polémique a été déclenchée depuis le 1er mai. Durant son rassemblement politique, l’alliance gouvernementale a indiqué que cette assurance médicale verra bientôt le jour. Et le projet Government Medical Insurance Scheme a connu un véritable coup d’accélérateur. Les Public Procurement (Amendment) Regulations 2019 ont été promulgués dans la Government Gazette. Le but : amender la Public Procurement Act pour exempter tout exercice d’appel d’offres pour ce nouveau service aux fonctionnaires.

Grogne du côté des syndicats

Ainsi, deux sociétés d’État ont été choisies pour administrer ce plan médical : la National Insurance Company Ltd, ex-BAI Ltd, qui sera le gestionnaire et administrateur des réclamations pour l’assurance maladie pour les fonctionnaires, et la State Insurance Company of Mauritius (SICOM) qui assurera les remboursements à partir des financements de l’État. À la Sicom Tower, la mise en oeuvre prochaine de ce plan médical a fait l’objet de plusieurs réunions pour étudier toutes les implications tant financières que techniques.

Mais, déjà, c’est la grogne du côté des syndicats. Ils crient au «bribe électoral», évoquent le manque de transparence autour de ce projet mais souhaitent aussi que les fonctionnaires aient la liberté d’agir, de choisir la compagnie d’assurances qui leur convient ou encore de refuser l’option qui leur sera proposée.

D’aucuns se demandent du reste à quelles fins ce plan médical a été mis sur pied ? Est-ce une volonté de privatiser les services de santé ? Au final, cette assurance médicale ne se fera-t-elle pas avec l’ argent du contribuable ?

Dans les milieux, on laisse entendre que les fonctionnaires percevant un salaire ne dépassant pas Rs 10 400 bénéficieront d’une subvention totale. Les autres seront subventionnés à hauteur de 50 % en cas d’hospitalisation. Par contre, pour des traitements ambulatoires et en cas de catastrophe, les bénéficiaires de cette assurance devront s’acquitter de la totalité des dépenses. Soulignons aussi que pour l’année financière 2018- 2019, la somme de Rs 50 millions a été earmarked pour ce projet. Les deux prochaines années financières, ce montant passera à Rs 200 millions.

Les spécialistes de l’assurance médicale, eux, s’interrogent. «Comment le gouvernement compte-t-il s’y prendre pour son financement. Est-ce à travers de l’argent des contribuables», se demande un analyste financier qui a voulu garder l’anonymat. Le Pay Research Bureau avait, lui, recommandé que les frais soient répartis équitablement entre le gouvernement et les employés de la fonction publique.

Selon Rashid Imrith, président de la Fédération des syndicats du secteur public, il y aura deux plans qui seront proposés aux fonctionnaires et seul un subside de 50 % sera accordé uniquement pour le «basic plan». «Est-ce qu’il y aura une limite de dépenses imposée aux fonctionnaires ? Estce que leurs proches seront concernés aussi ? Personne ne peut le dire. Nous souhaitons avoir ces éléments de réponse avant de nous en réjouir car cela fait plusieurs années maintenant que cette mesure revient dans l’actualité sans qu’il y ait quelque chose de concret», déplore-t-il. Tandis que le syndicaliste Radhakrishna Sadien abonde dans le même sens. Ainsi, du côté des syndicalistes, on digère mal cette «énième» annonce faite par le gouvernement sans préciser des modalités concrètes.

Un projet qui date…

Le projet d’assurance médicale pour les fonctionnaires a été recommandé pour la première fois dans le rapport du Pay Research Bureau de 2008 et à nouveau, dans les rapports publiés en 2013 et 2016. Le plan vise à offrir aux fonctionnaires un plus grand accès aux services médicaux de pointe tout en bénéficiant d’un subside. Trois appels d’offres ont été effectués en juin 2016, avril et août 2017. Sans résultat, les offres des soumissionnaires ayant été considérées comme insuffisantes. Ils ne disposaient pas des cinq ans d’expérience requis dans la gestion des plans médicaux pour de grandes organisations tandis que d’autres encore n’avaient pas rempli les formulaires convenablement. Dans l’entourage du Premier ministre, Pravind Jugnauth, on laisse entendre également que l’annonce de ce projet pour cette année est loin d’être un «bribe électoral». Le gouvernement travaillait sur le projet depuis 2016, fait-on valoir. «Vu qu’on parle de 56 000 fonctionnaires et ceux qui sont à leur charge, dont le nombre pourrait varier entre 200 000 à 300 000, on a voulu chercher à avoir l'avis d’un consultant pour nous guider sur le cadre général à mettre en place. Et ce afin qu’on puisse solliciter les compagnies d’assurances», explique une source au sein de la fonction publique.

Satisfaction chez les cliniques privées

Le Dr Dawood Oaris, président de l’Association des cliniques privées se réjouit déjà de ce nouveau service. «Tout dépendra de sa mise en application d'autant plus qu’il y a 56 000 fonctionnaires qui sont concernés». Mais est-ce que les problèmes des hôpitaux ne seront pas transférés vers les cliniques ? À cette question, le Dr Dawood Oaris estime que la probabilité que tous les fonctionnaires soient malades en même temps est nulle. Puis, il faudrait tenir compte du fait qu’ils auront à débourser la différence de 50 %, dit-il. Même son de cloche du côté du Dr Mukhesh Sooknundun, directeur de la clinique du Nord. Ce dernier affirme que ce projet réduira les pressions sur les hôpitaux publics. «Des nouvelles cliniques pourront voir le jour et ce sera également une aubaine pour les médecins qui peinent à trouver un emploi», est-il d’avis.

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