Carl de Souza: «Leela Devi Dookun-Luchoomun est d’une intelligence très vive et spontanée»

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Carl de Souza, ancien conseiller au ministère de l’Education et écrivain.

Carl de Souza, ancien conseiller au ministère de l’Education et écrivain.

Après deux ans comme conseiller au ministère de l’Éducation, Carl de Souza passe à autre chose. Il fait le point sur son action pour les enfants qui sortent du primaire sans compétences de base. Parle de l’intelligence de Leela Devi Dookun-Luchoomun, des bâtons dans les roues, des choses qu’on peut faire mais qui ne sont pas acceptées.

Vous n’êtes plus conseiller au ministère de l’Éducation depuis le 28 avril, après deux ans en fonction. A-t-il été question de renouvellement de votre contrat ?
Je n’ai pas accepté le renouvellement de mon contrat, ayant plusieurs projets personnels et, surtout, des obligations qui m’obligent à m’absenter trop souvent du pays. 

Vous considérez toujours la ministre comme une «amie» ?
Certainement encore plus qu’avant. Leela Devi Dookun-Luchoomun est d’une intelligence très vive et spontanée, les choses qui devaient être dites l’ont été avec la même amitié qui a caractérisé notre relation. Je suis très heureux d’avoir retrouvé une personne qui n’a rien perdu de ses convictions et qui maîtrise les dossiers d’un ministère qui, me semble-t-il, est très vaste.

Vous avez quitté le ministère avec quel sentiment ? Celui d’avoir tout essayé quitte à n’avoir pas tout réussi ?
En général, quand on part, c’est avec des mixed feelings. C’est le sentiment qu’il y a des tas de choses qu’on peut faire, qui doivent se faire, mais qui prennent beaucoup de temps parce que le système est compliqué. Il y a des personnes extrêmement capables au ministère. Je le dis honnêtement, pas seulement pour éviter de «gat zami». Mais, il y a énormément de bâtons dans les roues. On m’a fait passer pour un emmerdeur.

Vous avez l’habitude ?
C’est mon rôle. Je suis convaincu qu’on peut faire des choses mais ce n’est accepté ni dans les milieux gouvernementaux ni dans certaines parties du secteur privé. Et encore moins dans des collèges catholiques où j’ai fonctionné.

Vous étiez responsable du dossier des 3 000 enfants qui sortent du primaire sans les compétences de base. Qu’avez-vous pu faire pour eux ?
La première chose a été de convaincre les principaux responsables de la nature et de l’étendue de cette catastrophe. Il ne s’agissait pas de simple rattrapage, mais d’une véritable «remise debout» de l’enfant blessé, terme qui est aujourd’hui couramment utilisé au ministère. Comprendre la situation de l’enfant en dehors de toute considération d’examen a été, en ce qui concerne ceux impliqués dans ce dossier, une première avancée. On a tendance à dire que «prévocationnel», extended stream c’est surtout la population créole. C’est vrai dans une certaine mesure mais ce ne sont certainement pas les seuls.

Les inégalités semblent des évidences, mais pas tant que ça à vous écouter.
Non, tout le monde n’a pas compris. Allez demander à ceux qui vivent éloignés de ces difficultés, ce qu’il faut pour ces genslà. On va vous dire qu’il faut leur donner l’école…

La canne à pêche ?
La fameuse, oui, on va dire qu’il faut les aider à compléter le syllabus et c’est tout. Ceux qui sont en situation d’échec ont d’autres façons de réussir que la voie scolaire.

C’est ce que vous avez essayé de mettre en place ?
Pas dans ce projet-ci. Mais dans le précédent projet avec les «prevoc». Cette fois-ci, c’était de raccorder des enfants avec l’école.

Finalement votre rôle était d’agir sur les mentalités ?
Absolument. Prenez l’exemple des inondations en bas à Cottage (NdlR : Carl de Souza habite à Mont Piton). Il faut savoir pourquoi depuis 50 ans c’est la même chose. Un dimanche, avec la famille, on avait pris la voiture pour aller à la messe à Pamplemousses. C’était vers 1956. Il y a eu trois heures de grosses pluies. La route de Mon-Goût était inondée, une autre route était devenue comme un fleuve. Et 60 ans plus tard, exactement la même situation prévaut. On n’apprend pas. Et on oublie aussi.

Revenons à votre rôle de conseiller. Vous nous disiez ce que vous y avez fait.
L’accueil des enfants blessés s’est fait difficilement, maladroitement probablement, la première année. La grosse machinerie que j’évoquais a mis du temps à se mettre en route. Au bout de la première année, on ne peut qu’être fier de ces collèges «stars» d’État ou privés qui ont compris l’enjeu et se félicitent de la venue de ces enfants en difficulté. Mais reconnaissons que ce n’est pas acquis pour bien des institutions. Pour revenir à votre question, il s’agit davantage d’une mise en action d’éléments humains que d’outils pédagogiques, informatiques ou autres même si ceux-là sont utilisés.

Va-t-on vers une baisse du nombre d’enfants en situation d’échec ?
Sans doute, mais cette baisse n’est pas suffisante. Il s’agit aujourd’hui de bien plus que l’acquisition de ce fameux «bout papié», ce diplôme qui, même s’il est indispensable, ne garantit rien.

Nous avons tendance à copier certaines réussites comme Singapour ou des pays nordiques alors que la situation mauricienne est si différente. À nous de nous montrer plus créatifs.

Que reste-t-il à votre successeur à accomplir ?
Il ne faut pas se contenter de passer des infos ou des directives. Il reste à consolider un véritable réseau d’acteurs autour du projet «Extended». Il reste deux ans avant que la première cuvée «Extended Programme» complète son cycle: en mettant en place des objectifs réalistes, on pourra vérifier le progrès.

À quoi consacrerez-vous votre temps maintenant ?
J’ai quelques projets d’écriture sur le feu. Je dois aussi me remettre en forme physiquement : à la veille des Jeux des îles, j’ai une pensée spéciale pour mon poulain Patrick Richard, triple médaillé d’or de badminton aux Jeux de 85, qui nous a quittés l’an dernier. Je pense aussi à Roberto Juhel, le volleyeur, et Danny Imbert cet avantcentre national, récemment disparus. Ils ont démontré à l’éducateur que je suis la théorie des intelligences multiples – l’intelligence spatio-temporelle dans les deux cas. Je vais penser à ces délicieux fantômes en courant dans les karo-kann de Piton.

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