Dr Nikhil Domun: «Abaisser la prévalence du diabète à 5 % d’ici 2035»

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Dr Nikhil Domun, endocrino-diabétologue au Groupe Hospitalier Est Réunion, à Saint-Benoît, La Réunion.

Dr Nikhil Domun, endocrino-diabétologue au Groupe Hospitalier Est Réunion, à Saint-Benoît, La Réunion.

Le nombre de diabétiques ne cesse d’augmenter d’année en année. Et les coûts avec. Le Dr Nikhil Domun, qui était récemment à Maurice, avance que 40 % de la population est diabétique ou en étape prédiabétique.

Qu’est-ce qu’un endocrino-diabétologue ?
Un endocrino-diabétologue est un médecin spécialisé dans le domaine de l’endocrinologie soit l’étude des hormones et de la diabétologie, qui est l’étude du diabète et de ses complications associées. C’est une discipline importante car le diabète touche actuellement près de 350 millions de personnes dans le monde et à Maurice, 40 % de la population est diabétique ou en étape pré-diabétique, état qui précède le diabète.

Comment avez-vous connu le Dr Shivraj Sohur, président-fondateur de la Global Foundation/ Association for Community Health (GACH) ?
J’ai vu le Dr Sohur pour la première fois sur le site de l’express. J’ai écouté un de ses entretiens vidéo réalisé au début de 2018. Je lui ai écrit pour le féliciter de son initiative, ainsi que son projet 5-2035. À partir de là, nous avons longuement discuté sur Whatsapp et Skype pour trouver comment je pouvais être utile à la fondation. De par mes domaines d’expertise (spécialiste en diabétologie, endocrinologie et maladies métaboliques et titulaire de deux diplômes universitaires spécialisés en maladies hypothalamo-hypophysaires et en pied diabétique), il m’a sollicité pour être un des principaux membres de la fondation. Ensuite, j’ai été élu vice-président de la fondation l’année dernière.

Nous oeuvrons pour combattre les maladies chroniques non transmissibles (MCNT), conditions liées et évitables du diabète de type II, des maladies cardiovasculaires et des accidents vasculaires cérébraux par la voie d’une innovation dans la santé communautaire et l’autonomisation des individus et de nos communautés. Notre maxime est Concordia Res Parvae Crescunt, soit l’union fait la force.

Parlez-nous de la GACH et de sa vision 5-2035.
La GACH est une organisation mondiale de volontaires regroupant la diaspora mauricienne, des professionnels de santé et d’autres domaines, des citoyens mauriciens et amis de l’île Maurice. Nous avons une présence dans sept pays différents (Maurice, États-Unis, Canada, France, Angleterre, Australie et Afrique du Sud) et nous avons tous comme objectif de faire baisser la prévalence du diabète à 5 % d’ici 2035 à Maurice par l’autonomisation de nos communautés et par l’innovation frugale pour devenir une référence sur la planète en utilisant notre vision 5-2035.

Au centre de notre modèle est la proposition de constitution d’une cellule de santé communautaire qui réunira 1 000 citoyens qui seront pris en charge par une invention du modèle 5-2035, qu’on appelle des infirmiers(ères) praticiens(nnes) en santé communautaire (Community Health Nurse Practitioner ou CHNP), qui vont révolutionner et redéfinir notre système national de prestation de soins de santé. Ce sera une initiative inédite. En somme, nous proposons un appel aux armes avec la devise : «Le pouvoir au peuple, la science avant tout.» L’idée est également de dire qu’Ansam nou kapav car le diabète et les MCNT touchent tout le monde sans discrimination !

Dans la pratique, comment voyez-vous son application à Maurice ?
Nous atteindrons l’objectif5-2035 en responsabilisant les communautés locales à travers une base de la santé communautaire intégrée dans la solide infrastructure de santé déjà présente dans l’île, en promouvant les trois piliers d’action des CHNP, supervisés par desmédecins de santé communautaire : excellence clinique ; engagement communautaire ; et recherche et formation continue. Il nous a fallu une décennie de recherches par des experts volontaires aux États-Unis, au Canada, en Europe et à l’île Maurice pour développer notre vision, que nous pensons créera une révolution de santé et de bienêtre à l’île Maurice pour que nous soyons un modèle pour la planète en termes de combat contre les MCNT.

Actuellement, nous devons montrer que les Mauriciens sont extrêmement intéressés par cette nouvelle façon de prendre soin de leur santé et de la société. Cela nous permettra de plaider efficacement auprès des institutions et d’autres organisations internationales pour faire bouger les choses. Et pour cela, nous avons besoin d’un maximum de personnes qui s’inscrivent sur notre site Web qui est www.5-2035.ORG.

Quels bénéfices seront générés pour la population mauricienne ?
Autour de notre objectif concret, nous avons une ambition plus grande qui est celle d’améliorer l’ensemble des effets néfastes des MCNT associées au diabète, ainsi que de l’ensemble du système de santé mauricien et de la qualité de vie au sein de la prochaine génération. Il est important de noter que la vision 5-2035 s’aligne pour être un pilote du moteur économique mauricien en créant un système pragmatique, fondé sur des preuves, ainsi qu’un modèle de santé communautaire, qui sera exportable au reste du monde.

Vous étiez à Maurice récemment. Dans quel but ?
Étant basé à La Réunion, il m’est facile de venir à Maurice pour le lancement grassroots, soit la base de notre vision sur le plan national, c’est-à-dire que nous sommes en train de recruter des volontaires ou Community Health Leaders : neuf District Managers pour Maurice et un pour Rodrigues et des Precinct Captains. Chaque District Manager aura sous sa responsabilité plusieurs Precinct Captains qui agiront directement auprès de nos citoyens pour être une force formidable de changement dans la santé. Nous avons eu plusieurs contacts, mais il nous reste quelques districts à couvrir. Donc, le travail continue !

Actuellement, le diabète et les maladies chroniques associées représentent une menace pour la sécurité nationale à Maurice avec deux chiffres à retenir : 40/80. Ce qui signifie que 40 % des adultes mauriciens sont diabétiques ou prédiabétiques et 80 % de ces maladies chroniques non transmissibles liées au diabète de type 2 sont évitables. En 2017, 60 % des dépenses de santé dans le secteur public étaient liées aux MCNT.

Ce modèle est-il déjà appliqué ailleurs et a-t-il porté des fruits ?
Le modèle 5-2035, qui est une innovation, a été conçu par des Mauriciens et des amis de l’île Maurice pendant plus de dix ans. Nous nous inspirons certainement des éléments d’autres modèles, par exemple le projet de santé communautaire Karelia en Finlande dans les années 1970, qui démontre que la santé communautaire est une voie très attrayante pour diminuer le taux des MCNT dans un pays.

Notre conseiller de l’hôpital Johns Hopkins, aux États-Unis, le professeur Allen, a travaillé avec un prototype de CHNP (Community Health Workers) à Baltimore, aux États-Unis, et a eu du succès. Un autre conseiller, le professeur Willett, de l’université de Harvard, toujours aux États-Unis, a travaillé avec beaucoup d’équipes à travers le monde, dont au Costa Rica, et cela a eu pour résultat de démontrer le succès de certaines approches techniques qui font partie de la vision 5-2035. Nous comptons aussi intégrer d’autres outils communautaires comme le Peer to Peer Counseling proposé par le groupe de l’université de Stanford en Californie.

Mais Maurice étant unique, nous avons fait un modèle d’innovation simple 5-2035, qui s’adapte à Maurice et qui est basé sur un amalgame de recherches de par le monde. Pour nous, des professionnels de santé de la diaspora mauricienne, nous sommes des volontaires dans la fondation. Nous voulons que notre patrie puisse bénéficier de ces recherches et progresser, d’autant plus que nous sommes parmi les cinq pays avec la plus forte prévalence de diabète et des MCNT. Il est important de rappeler que ces maladies sont responsables de milliers de décès ou causes de handicap et de détresses familiales. Nous faisons confiance à la science basée sur les preuves (Evidence Based-Medicine) et à l’action du peuple mauricien.

Le ministère de la Santé a-t-il été mis en présence de ce plan et comment réagit-il ?
Bien sûr, nous avons contacté le ministère de la Santé pour discuter de ce projet. Nous devons dire d’emblée que nous avions brièvement rencontré le Premier ministre en août 2017 et il nous a donné la responsabilité de travailler avec les fonctionnaires pour faire bouger les choses. Nous avons eu plusieurs rencontresavec le ministre de la Santé qui a été très favorable à nos efforts. Nous travaillons aussi avec d’autres institutions comme le Mauritius Research Council et l’université de Maurice, car il nous semble important de dire qu’elles seront nospartenaires privilégiés pour faire avancer notre projet d’améliorer la santé et la qualité de vie des Mauriciens.

Nous attendons actuellement une lettre de soutien du ministère de la Santé pour qu’on puisse mettre en place le projet pilote et tester le modèle 5-2035 afin que nous puissions apprendre là où il le faut, nous améliorer et nous adapter à la population en général. Nous avons été déconcertés par les retards et espérons pouvoir aller de l’avant en nous fiant à notre devise : «Le pouvoir au peuple, la science avant tout.» Nous avons hâte de commencer !

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