Immigration: Maurice, nouvel espoir des Sud-Africains

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Une belle brochette de restaurants sud-africains est implantée à Maurice, comme Ocean Basket.

Une belle brochette de restaurants sud-africains est implantée à Maurice, comme Ocean Basket.

Ils ont trouvé leur nouveau «cap de Bonne-Espérance». Pour les investisseurs, professionnels et retraités sud-africains, Maurice se présente de plus en plus comme une destination de choix pour s’installer. Plusieurs articles locaux et internationaux évoquent l’île comme une destination préférée. Pourquoi cette migration ? 

Elle a quitté son pays natal au nom de l’amour. Et depuis, Audrey Lamarque, Sud-Africaine, a épousé l’élu de son cœur mais également l’île. «En 1983, nous étions en plein apartheid. Mon amoureux mauricien n’était pas Blanc. On a essayé de se marier en Afrique du Sud mais cela nous a été refusé. Je suis alors venue à Maurice et je n’ai plus jamais quitté l’île», raconte cette habitante de La Gaulette.

Travaillant dans le textile de 1985 à 1991, elle crée une compagnie musicale, soit Audrey Lamarque Music Entreprise Ltd en 1992. Au fil des années, l’avènement d’Internet assombrit l’avenir. Par conséquent, cette dernière, âgée aujourd’hui de 73 ans, écoule une paisible retraite à La Gaulette : «Je fais du social et j’aide les gens dans leurs formalités, notamment la taxe, les démarches légales ainsi que pour mieux comprendre la langue anglaise. Je suis retournée une seule fois en Afrique du Sud et je ne compte pas y remettre les pieds. Ce pays est complètement foutu. C’est trop dangereux. La plupart des Sud-Africains ont tout quitté pour l’Australie, la Nouvelle-Zélande, l’Angleterre, la France entre autres.»

La sécurité d’abord

Évidemment, Maurice constitue également une belle option. Pour Roger Martin, originaire de Cap Town, tout a débuté avec ses clients sud-africains. «Ils voulaient investir et acheter des propriétés à l’île Maurice. Aussi, je devais me charger de la décoration intérieure de leurs nouvelles demeures», confie-t-il. Avec sa sœur et leurs chiens, il s’installe à Maurice en 2008 et fonde Rolen Ltd, son entreprise. Alors que sa sœur s’occupe de l’administration, lui, s’attelle à la décoration intérieure pour les clients. «Au début, tout se passe bien mais au fil des années, on constate la lenteur administrative. Il faut venir avec un esprit ouvert et s’adapter à la nouvelle culture», témoigne-t-il.

Qu’est-ce qui pousse donc les Sud-Africains à délaisser leur pays pour adopter le nôtre ? C’est la sécurité d’abord : «C’est un lieu plus sécuritaire pour les jeunes couples voulant fonder une famille. La structure éducative et sociale représente une opportunité parfaite pour les Sud-Africains. Tout comme la culture qui s’aligne sur leurs perceptions.» D’ailleurs précise-t-il, l’isolation géographique de Maurice favorise la cohabitation. «Les familles vivent dans le même espace, contrairement à l’Europe par exemple.» Deuxièmement, investir à Maurice est attrayant. Dans ce cas, les Sud-Africains ont la possibilité d’y séjourner de temps à autre tout en y fondant des entreprises. «En Afrique du Sud, ces opportunités d’investissements sont plus difficiles avec l’instabilité du gouvernement et de par la valeur de notre monnaie», ajoute-t-il.

«Ils se sentent comme chez eux»

Depuis l’an dernier, Roziana Ramjaun, directrice des ventes et du marketing à l’agence immobilière Anbalaba, constate une hausse importante du nombre de Sud-Africains venant vivre à Maurice. D’après elle, ces derniers constituent une bonne proportion de la clientèle en sus des Européens et achètent principalement appartements et villas. «Ils investissent beaucoup dans les propriétés. Il y a sûrement quelques-uns qui ont incorporé des firmes globales ainsi que des filiales d’agences immobilières sud-africaines.»

Selon elle, la taxe, les «estate duties» et autres facilités financières représentent des facteurs encourageant l’investissement. De plus, la vente et la location immobilière connaissent une activité accrue dans le nord et le centre de Maurice, soutient Émilie Guerel, Public Relations and Marketing Coordinator de Pam Golding Properties (Mauritius) Ltd, qui ajoute : «Ils choisissent ces localités pour les infrastructures, l’accès aux produits, les écoles internationales pour leurs enfants et les services de proximité. Ils ne se sentent pas dépaysés.» Une observation partagée par Aurore Martingale, Head of Administration and Accounting de la South African Chamber of Commerce de Maurice : «Ils se sentent comme chez eux dans ces régions.»

Plans immobiliers

Cette affluence des Sud-Africains s’explique, entre autres, par des changements en termes de législation sur la propriété immobilière et l’introduction de l’Integrated Resort Scheme (IRS), le Real Estate Scheme et le Property Development Scheme. «Ces programmes permettent aux étrangers d’obtenir un statut de résidence permanente à l’achat de propriétés d’une valeur minimale de $ 500 000. En fait, la peur s’est installée dans leur propre pays. Maurice caractérise une destination plus sûre pour la famille, qui peut donc vivre correctement. L’Europe, en comparaison, est plus chère», observe Émilie Guerel.

Quels autres facteurs déclenchent l’exode des Sud-Africains pour Maurice ? En sus de la stabilité politique et sociale, l’opportunité professionnelle foisonne. «Ces étrangers sont impliqués dans deux types d’entreprises – l’immobilier bien sûr et les services financiers comme l’offshore, etc. Il y a donc de grands acteurs dans les IRS mais aussi de petites sociétés bien implantées à Maurice mais également dans d’autres pays dont les Seychelles», précise Aurore Martingale. À cela se greffe l’éventualité d’une retraite paisible, souligne Roger Martin : «Il s’agit d’un rêve pour les Sud-Africains qui viennent y écouler leurs derniers jours.» La représentante de la South African Chamber of Commerce soutient que ces derniers adorent la plage, le soleil et organiser des barbecues.

La migration des Sud-Africains est également confirmée par Alain Laridon, ancien ambassadeur à Maputo : «La sécurité est le principal enjeu. Quand j’étais au Mozambique, je voyais des Sud-Africains qui s’y installaient. Ils ont besoin d’un lieu très calme. Pour Maurice, notons que ce sont des ressortissants avec des moyens qui parviennent à transférer leurs fonds à Maurice et à s’adapter.» D’après lui, Maurice est «condamnée à être ouverte » à ces migrations. De par la population vieillissante, il faut capitaliser sur les ressources, et parfois même celles venues d’ailleurs.


Restauration : une belle brochette Sud-Africaine implantée

Si aux yeux des Sud-Africains, Maurice est une destination préférée pour la vie, l’île adhère aussi aux coutumes alimentaires. En effet, plusieurs enseignes de restauration se sont mises à table depuis des années. Chez Ocean Basket, implantée depuis 2011, avec ses trois antennes à Bagatelle, Grand-Baie et Phoenix, les résidents permanents et touristes sud-africains apprécient particulièrement l’enseigne. «Cette marque sud-africaine est connue et compte plus de 201 restaurants répartis dans 16 pays», déclare Audrey Rose, Marketing Officer. Ces derniers mais aussi les Mauriciens s’y retrouvent fréquemment pour y déguster des fruits de mer et des sushis. D’autres enseignes sud-africaines sont également prisées. Sollicitées, celles-ci ne nous ont toutefois pas répondu.
 


En chiffres

Selon Aurore Martingale, la South African Chamber of Commerce compte environ 500 membres, dont 125 entreprises et 60 individus. La majorité d’entre eux est de nationalité sud-africaine. D’après les autorités, 3 501 permis de travail ont été émis de juillet 2017 à juillet 2018, dont 328 à des investisseurs, 3 043 à des professionnels et 130 à des non-citoyens exerçant à leur propre compte, et de toutes nationalités confondues. Quant aux travailleurs étrangers, ils étaient 29 826 sur le plan général à mars 2018. Du point de vue touristique, les Sud-Africains s’envolent davantage pour Maurice. En effet, en mars 2019, le nombre de visiteurs était de 10 636, comparé à 10 382 à la même période en 2018. Sur une base mensuelle, la hausse est confirmée avec 7 669 visiteurs sud-africains en janvier dernier, suivis de 5 534 en février contre 10 636 en mars.

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