Curepipe: les rats quittent (en partie) le navire

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Les poubelles qui débordent attirent toujours les rongeurs, mais ils se cachent bien.

Les poubelles qui débordent attirent toujours les rongeurs, mais ils se cachent bien.

Rs 1 million. C’est le budget injecté de 2018 à ce jour, par la ville Lumière, dans une campagne de dératisation et de nettoyage. Est-ce que ça a marché ou est-ce le bazar ? Nous y avons pointé le bout de notre museau. 

Curepipe, ville Lumière. Trou-aux-Cerfs, le jardin botanique, l’hôtel de ville, la gare Jan Palach ou encore le collège Royal, cette ville ne manque pas de charme. Mais ce que des personnes reprochent à l’endroit ? La présence de rats… 

Il est 15 heures, en ce jeudi, lorsque nous arrivons à la gare de Curepipe. Les effluves de nourriture se mêlent à l’odeur des poubelles qui se remplissent et à la sueur des gens. À cette heure, la gare est bondée. Jeunes et moins jeunes se hâtent pour effectuer leurs achats avant de rentrer chez eux. Alors qu’eux chassent les bonnes affaires, nous sommes, nous, à chasser une proie un peu particulière : le rat. 

 
 

Le maire de la ville, Hans Margueritte, est déterminé à exterminer tous les rongeurs qui s’y trouvent. «La mairie a mis en place un programme de nettoyage et de dératisation depuis février 2018 et cela continue. Cela nous a coûté Rs 1 million. Si certains trouvent que c’est beaucoup, moi je trouve qu’il faut investir davantage d’argent afin d’éradiquer les rats de notre ville !» 

Plus de voleurs que de rats

Premier stop, les roulottes de nourriture qui se trouvent entre la gare et le jardin municipal. Mines frits par-ci, dholl-puri par-là, limonade entre les deux, le choix des mets est varié, les prix abordables. Nous sommes à la recherche de ces clients qui ne payent pas. Et qui ont une queue rose en général. 

Nous nous faufilons à l’arrière, là où l’odeur devient nauséabonde et où pullulent d’habitude ces bébêtes. Malgré les poubelles qui débordent de déchets, les bestioles ne montrent pas ne serait-ce que le bout de leur museau. Seuls les pigeons semblent se régaler des restes. Où sont-elles donc passées ? 

Direction les étals des marchands de vêtements. Les cartons et autres détritus doivent bien attirer les rats, non ? De plus, les drains qui se trouvent juste à côté n’abriteraient-ils pas quelques nids ? «Dépi impé létan pa pé tro trouv léra isi la. Voler ki trouv plis !» indique Asha Ramiadh, une marchande. Najiib Jahangeer soutient, lui, que les rongeurs sont toujours là. «C’est vrai, on en voit moins, mais il y en a toujours beaucoup. Lorsqu’il pleut, ils sortent des drains et infestent les étals.» C’est le constat d’un cleaner également, «toulézour kan marsan alé bann léra sorti dépi dan kanal. Hier mem monn ramass dé inn krazé enba bis.» 

Exterminateurs

Essayons notre chance de l’autre côté de la rue, au bazar. Nous faisons le tour, explorons tous les coins et recoins, quitte à subir les foudres des marchands qui travaillent. Mais ici encore, nulle trace de rat. Un maraîcher affirme, lui, qu’il n’y a plus de problèmes de rat dans le bazar. «Népli trouvé léra aster. Pa kouma avan, gro-gro léra koumma léléfan bizin dir !» 

Satyam Kumar, marchand de fruits, explique, pour sa part, que les rongeurs sont là, tapis dans l’ombre. Mais ils ne se révéleront que lorsque le bazar se vide. «Mo trouv zot toulézour. Gramatin boner zot sorti. Swa aswar kan bazar pé fermé. Li enn danzé. Si zot mord enn fri swa enn légim, fini fer dimounn infecté.» 

Nous y sommes allés de bon matin et le soir, nous n’avons rien vu, hormis un cadavre de rat écrasé. Ce que nous avons vu, par contre, ce sont les «exterminateurs». Depuis plusieurs mois, trois employés de la mairie, ainsi qu’un inspecteur qui les supervise, se rendent dans les artères de la ville Lumière tous les après-midi pour y placer de la mort-aux-rats. «Nou travay lor enn rotasyon. Sak dé mwa nou pou revinn met pwazon mem plas. Apré 1-2 sémenn nou cheké si éna léra mor, nou ramasé», indique Daniel Mungroo, l’un des employés. 

Le poison, un petit carré vert jade, est placé dans des lieux stratégiques, près de la benne à ordure, à l’ouverture d’un canal ou encore près d’un arbre dont les fruits tapissent le sol. Mais jamais dans l’eau, précise Daniel Mungroo. «Nou pa kapav al lasass léra la, li dan kanal, dan tou ti kwin. Mé nou met so piez, nou met pwazon li manzé. Kan linn mor nou ramas li.» 

Est-ce à dire que les rats des villes ont quitté Curepipe ? 

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