Gilbert Rousset: «Ce jugement vient restaurer mon CV»

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Gilbert Rousset est désormais un homme soulagé.

Gilbert Rousset est désormais un homme soulagé.

L’entraîneur champion en titre peut respirer. Avec l’annulation en appel cette semaine d’une disqualification d’une année pour le cas Aspara et d’une amende de Rs 100 000 pour le cas Maxamore en tant que responsable de ces deux chevaux testés positifs au Stanozolol l’an dernier, il a lavé son nom. Dans l’entretien qui suit, il revient sur cet épisode sombre de sa carrière.

Gilbert Rousset, le board d’appel a, dans son verdict, rayé la disqualification de 12 mois et l’amende de Rs 100 000 qui pendaient comme une épée de Damoclès sur votre tête. Pour une première réaction, vous diriez quoi ?
(Soupir) Cela a été un gros soulagement. J’étais chez moi mardi et vers 14 heures j’ai reçu un appel de Benoît Halbwachs qui m’a informé du verdict. Vous savez, j’ai eu une carrière bien remplie pendant 32 années avec plusieurs titres de champion. Soudainement et surtout en fin de carrière, il y a eu cette grosse tache qui est apparue sur mon CV. Ce qui m’a beaucoup perturbé bien que cela ne se voie pas trop. C’était dur pour moi. Aussi, je dois dire que l’attente a été très longue après que l’appel a été entendu. Comme n’importe qui d’autre, cela m’a beaucoup perturbé. Je suis au final heureux que la vérité ait fini par triompher. Je n’avais rien fait de mal et ce jugement vient restaurer mon CV. Je tiens ici à saluer Me Gavin Glover qui a fait un gros travail.

Dans le cas d’Aspara, le palefrenier a admis avoir tampered avec le cheval. Avec recul, comment avez-vous vécu cet abus de confiance de la part du palefrenier ?
Écoutez, j’ai 70 ans. Je vois la vie avec beaucoup de recul. Les mentalités ont bien changé et on n’est vraiment pas à l’abri d’une surprise de nos jours. Je n’avais aucune idée qu’un jour le palefrenier en question allait trahir ma confiance. Je crois savoir qu’il s’est laissé tenter par l’argent et aujourd’hui il regrette son geste.

Est-ce que cette disqualification qui pesait sur vous a été préjudiciable à votre activité d’entraîneur ?
Non, pas du tout. Au fait, les membres à l’écurie ont toujours été très solidaires envers moi dans ces moments difficiles. Permettez-moi de profiter de l’occasion pour les remercier.

Si vous aviez été trouvé coupable par les commissaires en tant que responsable de ces deux chevaux, c’est surtout parce que vous n’aviez pas installé des caméras dans vos boxes. Un point soulevé par votre avocat en appel à l’effet que l’installation des caméras ne figurait pas dans les conditions au moment où vous avez signé votre licence a été retenu…
Il y a une bonne logique dans tout cela. Cela ne figure pas dans les règlements. J’ai toujours respecté les règlements. Maintenant, après cet épisode, je vais certainement faire un effort additionnel pour installer des caméras. Je vais mettre des caméras dans une dizaine de boxes pour autant d’entrées pour une journée. C’est à mon avis un petit plus, vis-à-vis des employés aussi. 

Le monde hippique a été secoué par plusieurs cas de dopage ces derniers temps. En tant qu’entraîneur victime, comment vivez-vous cette situation ?
Je trouve cela très inquiétant. On vit dans un monde moderne où il y a beaucoup de tentations. On ne peut savoir ce qui se passe dans la tête des gens. Le Mauritius Turf Club a réduit le nombre de palefreniers auquel on a droit. C’est par rapport au subside. Du coup, nous avons beaucoup de casual workers. J’emploie quatre ou cinq personnes supplémentaires. Quand ils viennent, ils sont sept sur dix qui ne restent pas plus de trois semaines. Ils trouvent que «travay la tro dir». De ce fait, on ne peut composer avec une équipe dans la durée. C’est un métier très demanding et il est difficile d’avoir des gens, et cet état de choses n’aide pas.

Avez-vous apporté des changements depuis ce triste épisode surtout en matière de recrutement ?
On a une bonne équipe à l’écurie, mais allons dire qu’on fait plus attention. Pour moi, le problème est surtout au niveau de l’infrastructure. Je m’explique : le Mauritius Turf Club aussi se retrouve dans une situation difficile. Il y a chaque année beaucoup de chevaux qui sont importés. Le Club n’a malheureusement pas l’infrastructure nécessaire pour loger tous ces chevaux au même endroit. J’ai des chevaux dans quatre différents endroits. (Le ton monte) Vous croyez que je peux contrôler quatre centres d’entraînement ? C’est impossible ! Monsieur John Zucal a, lui, parlé d’International Rules. Les International Rules ne peuvent être employés qu’à l’étranger. Comme à Johannesburg en Afrique du Sud, par exemple, où chaque entraîneur a son barn avec tous ses chevaux logés au même endroit. Il y a une seule porte d’entrée et une seule porte de sortie. Il y a des caméras. Là je dis oui. Je prends la responsabilité. Ici, il y a un manque d’infrastructures. C’est criant.

Le Mauritius Turf Club n’a pas les moyens et le gouvernement, lui, ne joue pas le jeu. Je crois que si un jour ça arrive, je serai déjà certainement à la retraite (rires). Je pense que ce qu’il faudrait faire, c’est avoir d’abord un centre d’entraînement. Un hippodrome ça coûterait très cher. On peut construire un centre d’entraînement avec des barns. On ferme les écuries à Port-Louis. Et les partants d’une journée arriveraient le vendredi après-midi sur le champ de courses. Cela avait déjà été proposé. Je pense que cela aiderait beaucoup dans le combat contre le dopage.

Sinon, sous un autre chapitre, vous avez récemment embauché le jockey mauricien Juglall, dont l’arrivée n’est qu’une question de jours…
Nooresh Juglall est un bon jockey, mais je ne le connais pas personnellement. C’est par un concours de circonstances que nous l’avons engagé. Il n’a jamais monté pour moi. J’étais à négocier avec plusieurs top jockeys sud-africains et australiens qui étaient keen de venir. Ils étaient toutefois inquiets car ils ne voulaient pas quitter leur job en sachant que j’étais toujours sous une disqualification. Ils ne savaient pas si j’allais gagner l’affaire ou non. On commençait à s’inquiéter. Par la suite, Nooresh Juglall était à Maurice alors qu’il purgeait une suspension. Il avait rencontré Soodesh et on a eu une rencontre à l’écurie. Il avait fait une belle carrière à Singapour et il nous a expliqué que là-bas, tous les cinq ans, ils aiment faire un reshuffle. Même les bons jockeys qui n’ont rien fait de mal ne voient pas leurs contrats renouvelés. Il a aussi dit qu’il est marié et a un enfant de quelques mois, mais son épouse n’avait pas eu un permis de résidence à Singapour. Elle doit faire une semaine avant de repartir. Pour des raisons familiales, il voulait travailler à Maurice. On lui a fait une offre et il a accepté. Il arrive avec une semaine d’avance et devrait monter pour nous lors de la prochaine journée.

Comment s’annoncent les prochaines journées pour votre écurie ?
Je dois dire qu’à mon avis, on ne peut pas faire les courses fin mars. D’abord, il y a la saison cyclonique qui n’est pas encore terminée. Il y a de grosses pluies. Jusqu’ici, je n’ai pas bousculé mes chevaux. On a eu quelques partants et on a gagné deux courses. C’est maintenant que mes nouveaux commencent à montrer le bout du nez. Ce sont des 3-ans qui ont un joli potentiel. C’est encourageant pour la saison.

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