Acharya Pratishtha: «l’Inde agit en envoyant des célébrités dans les centres culturels à travers le monde»

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Acharya Pratishtha, directrice de l’Indira Gandhi Centre for Indian Culture.

Acharya Pratishtha, directrice de l’Indira Gandhi Centre for Indian Culture.

Acharya Pratishtha dirige depuis 2018, le «plus grand centre pour la culture indienne dans le monde», l’Indira Gandhi Centre for Indian Culture, à Phoenix. Pratiquement à mi-mandat, celle qui est à la fois danseuse de kathak et yogacharya fait le point sur son action, illustration du «soft power» de l’Inde, qui est actuellement en plein scrutin pour les législatives.

Cela fait bientôt un an et demi que vous êtes à la tête de l’Indira Gandhi Centre for Indian Culture (IGCIC). Quelle est votre plus grande réussite jusqu’à présent ?
Nous avons organisé beaucoup de manifestations. Au cours de l’année écoulée, nous avons reçu la visite de plusieurs VVIP, dont le président indien, Ram Nath Kovind, le ministre des Affaires étrangères. Il y a eu la World Hindi Conference. Trois ou quatre mois après mon arrivée, nous avons organisé une India Week pour marquer les 50 ans de l’Indépendance de Maurice.

Une année très remplie
Too much.

Et votre plus belle réussite jusqu’à l’heure ?
Quand vous occupez ce poste, vous ne travaillez pas pour votre propre réussite, mais pour la réussite du pays. Nous avons établi de nombreux liens avec les Mauriciens. Le nombre d’étudiants a augmenté rapidement.

Donnez-nous des chiffres.
Cette année, nous avons eu 2600 admissions à l’IGCIC. Il y a plus de 1000 élèves pour les cours de yoga. Il y a beaucoup d’intérêt pour ce que nous proposons. Les Mauriciens n’ont pas seulement envie de prendre des cours mais aussi de collaborer avec nous. Le mois dernier, il y a eu la rencontre entre le jazz et la musique classique indienne (NdlR : concert réunissant l’Atelier Mo’zar et des artistes indiens). C’était quelque chose d’exceptionnel.

Le centre est surtout connu pour ses présentations classiques.
Au cours des années précédentes, nous avons davantage proposé les formes classiques au public, mais en un an, nous avons reçu un groupe de bhangra, danse traditionnelle du Pendjab. Il y a eu Phoolon ki holi, qui venait d’Uttar Pradesh, un groupe de danse du Rajasthan, un groupe de Bollywood, avec la chanteuse Kavita Paudwal.

Nous essayons d’avoir une plus grande variété d’artistes plutôt que de rester cantonnés dans les formes d’arts classiques. Ces manifestations ont été organisées conjointement avec le ministère des Arts et de la Culture, les efforts ne viennent pas que de notre côté.

Avez-vous le sentiment que les Mauriciens restent attachés aux formes d’arts classiques et qu’ils sont moins portés vers l’art contemporain ?
Non, je n’ai jamais ressenti cela. Récemment, il y a eu la huitième édition du Delhi International Jazz Festival. Nous avons pris contact avec le ministère des Arts et de la Culture, dans le cadre du programme d’échange culturel. Il nous a rapidement proposé un très bon groupe (NdlR: le Dean Nokadu Quartet), qui a été très apprécié en Inde.

Vous êtes une danseuse de kathak. Être artiste donne une perspective différente à vos fonctions de directrice d’un centre culturel ?

 «A Maurice, c’est le plus grand centre culturel indien dans le monde»

Bien sûr. Peu importe la manière dont on s’exprime : musique, danse, art is all about peace and love. En hindi, on dit: «kalah kaar nahi hota». Les artistes ne sont jamais ceux qui créent des problèmes, des tensions. L’art, c’est ce qui donne vie au futur comme au passé. Vous pouvez créer une histoire à partir du passé. Pour cela, il faut avoir la connaissance. C’est pour cela que c’est très important pour les artistes d’être éduqués, pas seulement de manière académique et formelle, mais pour être conscients de tout ce qui se passe dans la société dans laquelle ils vivent. Pour donner vie au futur, à ce qui dépasse l’imagination, il faut de la créativité. La connaissance et la créativité, c’est ça un artiste. Un artiste porte une énorme responsabilité. L’art a le pouvoir d’apporter des changements positifs ou négatifs dans la société.

L’un des volets de l’action de l’Inde est d’envoyer des celebrity artists dans les centres culturels à travers le monde. Pour traiter des questions culturelles, si vous avez un cadre administratif qui est lui-même un artiste, c’est la cerise sur le gâteau. Vous savez quels sont les problèmes auxquels font face les artistes quand ils voyagent, quand ils doivent se produire. Cela aide à établir des liens.

Le centre culturel s’inscrit dans le cadre du «soft power» de l’Inde. Comment exercez-vous ce pouvoir dans un pays comme Maurice ?
À Maurice, c’est le plus grand centre culturel indien dans le monde. Nous sommes présents dans plus de 35 pays, il y a plus de 37 centres culturels dans le monde. Pourquoi le plus grand centre culturel indien est-il à Maurice ? La réponse est très claire. C’est grâce à l’amour et aux liens très forts qui unissent Maurice et l’Inde.

C’est le plus grand centre culturel indien dans le monde en termes de superficie – il est construit sur un terrain de deux hectares et demi-et en termes de nombre d’élèves. Nous avons une bibliothèque avec plus de 40 000 volumes. Le nombre d’élèves est en hausse. Les professeurs donnent des cours de 9h du matin à 19h. Toutes les places sont prises.

Il y a une liste d’attente ?
Kind of, pour le yoga.

Vous êtes également yogacharya. Avez-vous donné une impulsion nouvelle aux cours de yoga proposés par le centre ?
En effet. Je viens d’une famille de yogis, j’ai vu le parcours du yoga. «Yog», signifie rassembler, mais par ignorance, des gens ont commencé à dire «yoga et méditation», yoga et pranayama (NdlR: exercices de respiration). Mais une fois que vous enlevez la méditation et les exercices de respiration, qu’est-ce qui reste ? On réduit le yoga à une série d’exercices physiques. Mais le yoga, ce n’est pas ça du tout.

Yog is a lifestyle. Il faut d’abord comprendre ce mode de vie. À l’IGCIC, nous enseignons la forme classique du yoga, qui ne se limite pas qu’au corps. Quand nous sommes malades, nous croyons que c’est le corps qui ne va pas bien, mais c’est l’esprit qui souffre et qui agit sur le corps. Je précise, ce n’est pas la forme traditionnelle que nous enseignons mais la forme réelle du yoga, qui s’intéresse au bien-être physique, mental, social, spirituel, émotionnel, intellectuel. Le yoga concerne tous les aspects de la vie. Nous n’enseignons pas seulement la pratique, il y a aussi le cours théorique.

L’année dernière, nous avons aussi lancé le cours de sanskrit.

Y a-t-il une demande ?
Cela a été lancé en vitesse, avant le World Hindi Conference. Sans même publier des avis dans la presse et sur les réseaux sociaux, en une semaine, les 40 places étaient prises. Nous ne proposons pas de cours de niveau avancé. Après six mois, quand les admissions ont été ouvertes pour le second groupe, encore une fois, c’était plein après une semaine. Nous avons aussi organisé un atelier de travail sur le sanskrit à l’oral, avec un éminent professeur. Le feedback a été incroyable.

À la sortie de Kesari (NdlR : film sorti le mois dernier, qui raconte la bataille de Saragarhi entre 21 soldats sikh de l’armée britannique contre environ 10 000 hommes issus de tribus en 1897), vous avez tweeté : «instead of distorted history such stories should be a part of our curriculum». C’est la direction vers laquelle se dirige le cinéclub de l’IGCIC ?

Tous les mois, nous montrons un film de Bollywood. Ces films sont choisis par notre ministère de tutelle, celui des Affaires étrangères. Les deux derniers mois, nous avons eu une œuvre légendaire, Mughal E Azam (NdlR: film de 1960 avec Madhubala et Dilip Kumar) et puis un film comique, Andaz Apna Apna (NdlR : sorti en 1994 avec Aamir Khan, Salman Khan), ou encore un film pour enfants, Bhoothnath avec Amitabh Bachchan.

À Maurice, de toute façon les gens ont déjà vu tous ces films. J’ai même vu des gens dans la salle qui récitaient les dialogues par coeur pendant la séance, comme pour Bang Bang avec Hritik Roshan. Pourtant, ils sont venus voir le film une nouvelle fois.

Parcours

Acharya Pratishtha est originaire de la ville de Saharanpur, dans l’État d’Uttar Pradesh. Son père est le swami Bharat Bhushan, récipiendaire du prestigieux Padma Shri pour sa contribution au yoga. Elle a déjà tweeté que ses deux sources d’inspiration sont Narendra Modi, le Premier ministre et son père. Une phrase qui accompagnait la photo d’une poignée de main entre les deux hommes. Danseuse de kathak et chorégraphe, elle est également professeur de yoga. Elle a animé de nombreuses émissions télévisées consacrées au yoga et publié des ouvrages sur le sujet. Avant de venir à Maurice, elle a été en poste à Johannesburg en Afrique du Sud et à Jakarta en Indonésie.

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