Météo: un radar pour des prévisions plus exactes

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Bâtie sur des piliers enfoncés à 34 m sous terre, la tour abritant le radar peut résister à un tremblement de terre.

Bâtie sur des piliers enfoncés à 34 m sous terre, la tour abritant le radar peut résister à un tremblement de terre.

Voilà des années que la station météo de Vacoas attendait la mise en opération du radar Doppler. C’est désormais une réalité : il est officiellement en service à Trou-aux-Cerfs depuis hier, suivant l’inauguration faite par le Premier ministre Pravind Jugnauth et le ministre de l’Environnement, Etienne Sinatambou. Un nouvel équipement en service après 17 ans car le radar de 1977 était en panne depuis 2002… 

Mais quels sont les avantages de ce radar ? Il met à la disposition des météorologues des données leur permettant d’être plus précis dans leurs prévisions, explique Ram Dhurmeea, directeur général adjoint par intérim. La météo de Vacoas pourra ainsi faire du «nowcasting», c’est-à-dire donner des précisions par exemple trois heures avant l’arrivée de la pluie ou des orages. 

Jusqu’ici, en l’absence de ce radar, les météorologues comptaient uniquement sur les images satellitaires pour identifier les pluies intenses, par exemple. Cependant, ces photos n’indiquaient nullement avec exactitude les régions qui allaient être inondées. Ce sera désormais le cas avec les images en trois dimensions que le radar émettra, note Ram Dhumeea. «C’est pour cette raison que, quelquefois, malgré l’annonce de la pluie, le temps s’avère sec. Désormais, nous pourrons savoir quelle partie d’un nuage comporte plus d’eau et dans quelle direction et à quelle vitesse il se déplace. Il sera plus facile d’émettre des communiqués avec exactitude.» 

 
 

Ram Dhurmeea confie également que même lorsque des orages se forment localement, la météo de Vacoas pourra avertir les habitants de la région concernée. D’ailleurs, ce type de radar pourra également mesurer la vitesse du vent dans les nuages. Et prévenir en cas de tornade.

«On aurait pu prévenir la catastrophe du 30 mars 2013 si on avait alors eu ce type d’équipement.»

Il en est de même pour un cyclone. Le champ d’action du radar est de 450 kilomètres autour de Trou-aux-Cerfs. Il sera plus facile de suivre le déplacement du cyclone et la force des vents qui y sont associés. À titre d’exemple, lors du passage de Gelena à l’est de Maurice le 8 février, le radar, en période d’essai, avait indiqué que ce n’était pas un cyclone porteur de pluies. Ram Dhurmeea affirme que d’ici une année, quand la météo aura suffisamment de références fournies par le radar, les prévisions seront encore plus précises. 

Du reste, dans un proche avenir, le public aura accès aux images du radar postées sur le site de la météo, de manière quasi instantanée, pour suivre l’évolution des nuages orageux ou l’approche des tempêtes. «On aurait pu prévenir la catastrophe du 30 mars 2013 si on avait alors eu ce type d’équipement. Il nous aurait permis de savoir où exactement la masse nuageuse allait déverser toute son eau», réagit pour sa part l’ancien directeur général de la météo, Suresh Boodhoo. Et à Sok Appadu, qui a également dirigé la météo de Vacoas, de renchérir : «Les données pourront même sauver des vies dans les îles de l’océan Indien quand un cyclone passera dans son rayon d’action.»

Maurice, St-Brandon et La Réunion couverts

L’intérieur du radar, qui pourra fonctionner même lors du passage d’un cyclone.

Le S-Band Doppler a un rayon d’action de 450 km. Il couvre donc toute l’île Maurice, St-Brandon, La Réunion voire un peu plus du mi-chemin entre Maurice et Rodrigues. Il peut mesurer la quantité de pluie et la vitesse de vent au sein d’un nuage aussi bien que la distance d’un orage et la vitesse de son déplacement tout comme sa direction. 

Bâtie sur des piliers enfoncés à 34 mètres sous terre, la tour abritant le radar peut résister à un tremblement de terre. «Il est doté de deux générateurs et d’une unité de stockage qui lui permettront de fonctionner. De plus, le radar peut fonctionner automatiquement sans la présence d’un personnel à Vacoas», relève Prem Goolaup, directeur de la météo. Les données sont envoyées instantanément à Vacoas. Et d’ajouter que le radar pourra fonctionner même lors d’un passage d’un cyclone ou pendant une coupure d’électricité.

Ruisseau Du Pouce: des détecteurs mis à contribution lors des averses 

Les inondations meurtrières du 30 mars 2013 surtout au ruisseau du Pouce, qui est sorti de son lit après des pluies diluviennes, restent gravées dans les mémoires. Depuis fin 2018, un système de surveillance du niveau d’eau a été installé par le National Disaster Risk Reduction and Management Centre. Puis, les données sont étudiées à l’université de Maurice. 

Cet appareil placé à proximité du cours d’eau compte nombre de capteurs, une caméra et d’autres gadgets pour prévenir en cas du nivellement du cours d’eau. Le Wireless Sensor Network est placé à des points stratégiques pour donner l’alerte en cas d’inondations. Le projet devrait par la suite être étendu aux endroits sujets à des inondations. Il est aussi question d’équiper les berges des autres rivières.

La météo sans radar depuis 2002

L’ancien radar de Trou-aux-Cerfs construit en 1977 est tombé en panne en 2002. C’est en 2009 que la station météorologique de Vacoas a sollicité la Japan International Cooperation Agency (JICA) pour une étude de faisabilité et le financement du projet. La France a également conseillé la météo sur le type de radar approprié pour le climat et la topographie de l’île. 

Ainsi, en 2013, les Japonais signent un accord pour ce projet avec le gouvernement mauricien tout lui faisant un don d’environ Rs 300 millions. Toutefois, quand la JICA a lancé un appel d’offres pour l’achat du radar, le coût des équipements sur le marché avait évolué. Il a fallu entamer de nouvelles négociations, ce qui a retardé le projet. 

Finalement, l’aide japonaise est passée à Rs 437 M et le gouvernement a investi Rs 100 M. Finalement, l’accord avec le constructeur japonais, le consortium Marubeni Corporation/ Shimizu Corporation a été signé en 2016 et les travaux ont pris fin en octobre 2018. 

Dans une réponse parlementaire, le ministre Etienne Sinatambou avait annoncé que le radar allait être mis en service avant la saison cyclonique de 2018-2019. Cela n’a pas été possible. Il a fallu calibrer l’appareil tout en formant le personnel. «Un exercice qui prend beaucoup de temps», expliquent des sources dans ce milieu.

Mieux prévenir… 

Un radar seul ne pourra pas aider la météo à mieux prévenir les calamités. C’est du moins ce que pense Vassen Kaupaymootoo, ingénieur en environnement et océanographe. «Le radar était attendu depuis des années. Il permet d’avoir une vue de l’atmosphère environnante. Il faut l’utiliser pour que les prévisions soient plus précises et aussi en temps réel», concède-t-il. Mais il ajoute qu’il faut davantage de formations aux météorologues, sans compter l’acquisition d’autres équipements. Il faudra par exemple penser à l’aménagement de stations de météo automatiques, souligne-t-il. Une trentaine à travers l’île fourniront les résultats escomptés, propose-t-il. «Il faut aussi développer rapidement un système d’alerte pour informer les Mauriciens de l’éminence du mauvais temps. (…) Un système d’alerte par SMS ou sur les smartphones est une priorité.»

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