Patrimoine: Port-Louis, la mine d’or de Tristan Bréville

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Photo de la place d’Armes prise en 1976 par Tristan Bréville.

Photo de la place d’Armes prise en 1976 par Tristan Bréville.

Ne surtout pas raconter l’histoire d’un port. «Cela a déjà été fait. Je ne vais pas me faire passer pour un historien de classe.» En passionné de la photo au sens large, Tristan Bréville, fondateur du Musée de la Photographie et auteur de «Naissance et grandeur d’un port» (2011) a donné hier soir une conférence au Labourdonnais Waterfront Hotel. L’occasion de présenter une centaine de documents et objets rares, faisant resurgir une ville, son riche passé, son avenir parfois incertain. 

Documents rares

Lettre de Louis XVI

Clou de la conférence : une lettre de Louis XVI, datée du 3 juin 1784. «Elle fait partie de six lettres qui existent à Maurice», explique Tristan Bréville. Ce document élève au rang de chevalier de l’ordre de Saint-Louis, Jean Pierre Fleuriot, citoyen de l’île de France. C’est le vicomte de Souillac, alors gouverneur général, qui est chargé de remettre l’insigne de cet ordre militaire à l’officier. «La lettre est comme une photo. Elle porte la signature du roi.» Une transcription de cette lettre a été publiée dans «Aventures d’un colon à l’Île de France 1750-1790» de Gérard de Fleuriot.

Prise de possession vue par un marin anglais

Autre document rare : une lettre de Robert Gordon, marin britannique en poste à Maurice au moment de la prise de possession de l’île en 1810. «Il écrit à ses parents à Londres et leur raconte Port-Louis. Par exemple, comment il descend acheter du pain mais n’en trouve pas.» Tristan Bréville a également montré des lettres de Philibert Marragon, un Français qui s’installe à Rodrigues en 1794. Sa tombe y est visible et son nom est associé à un trésor légendaire.

De Bardeau à «B’Art d’eau»

Je suis un créateur de mémoire», souligne Tristan Bréville. Il a demandé à des artistes de «dessiner des choses dont on a entendu parler mais qu’on ne voit pas». Résultat : les «b’art d’eau», inspirés des bardeaux de vieux bâtiments. Il nous présente deux spécimens : un morceau de bois provenant du chantier de démolition de l’imprimerie du gouvernement (auparavant située à l’emplacement actuel du quartier général de la State Bank, sur la place d’Armes). Dessus, le plasticien Khalil Muthy a peint la Boulangerie du Roy, qui se trouvait au même emplacement.

Démarche semblable dans le cas de l’Hôtel du gouvernement. Le photographe a récupéré des morceaux de bois du chantier, lors de la dernière rénovation. «J’ai récupéré du bois qu’on avait jeté alors que tout ce qui était encore en bon état est parti pour une destination inconnue.» Il existe une cinquantaine de «b’art d’eaux» illustrés par une trentaine de plasticiens dont Vaco Baissac et Moorthy Nagalingum.

Le passionné a aussi montré des pièces de sa collection de cartes postales peintes, à sa demande, par des plasticiens locaux ou des plasticiens de passage. Une opération entamée le 1er janvier 2001 pour «marquer le passage au troisième millénaire». Il s’agit d’accumuler 1 000 cartes postales. «Pour l’heure, il y en a 499.» Une collection qu’il souhaite montrer dans son éventuel Musée d’art mauricien.

C’est sur ce morceau de bois récupéré sur le chantier de l’Hôtel du Gouvernement que l’artiste s’est exprimé.

Vestiges

Boulet dans la rade

Port-Louis, c’est une histoire palpable. Tristan Bréville a montré un boulet de canon, histoire de faire resurgir le Parc-à-boulets, jadis situé à côté de l’Aapravasi Ghat. Selon la documentation disponible auprès du site classé patrimoine mondial, «durant la période française, c’est là que se trouve une cale sèche, pour la réparation de bateaux. Au début de la période britannique, les lieux sont convertis en logements pour des condamnés indiens. Au milieu du XIXe siècle, les lieux font partie du dépôt de l’immigration».

Porcelaine sauvée des eaux

Tristan Bréville a proposé à l’assistance de repartir avec un morceau de porcelaine. «Quand on a dragué le port, on n’a pas fait appel aux services d’un archéologue ni à ceux du National Heritage Fund», constate Tristan Bréville. Ces travaux ont mis à jour des canons, des boulets de canon, des ancres. Et une quantité de vaisselle de Chine bleu et blanc «de la porcelaine de la dynastie Ming. On en trouve toujours à Flic-en-Flac et Albion».

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