Solidarité: Nani Parvati, les bénévoles et la «tchourel»

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Dans le deux-pièces de nani Parvati, où elle a accumulé des babioles et autres vieilleries au fil des années, il n’y a pas d’électricité et rien à manger.

Dans le deux-pièces de nani Parvati, où elle a accumulé des babioles et autres vieilleries au fil des années, il n’y a pas d’électricité et rien à manger.

Ses larmes ont ému les lecteurs, les internautes. Mais aussi le ministère de la Sécurité sociale. Tous, à leur façon, sont venus en aide à nani Parvati. Grâce à des bénévoles, elle s’apprête désormais à quitter son taudis, à vivre une nouvelle vie. Enfin, si elle en envie.

Paysage à couper le souffle. À Vallée-des-Prêtres, la verdure enveloppe la montagne, les arbres sont une véritable bouffée d’oxygène pour les yeux. Dans sa petite bicoque de deux pièces, nani Parvati, elle, suffoque. Affalée sur le lit brinquebalant, elle est allongée dans le noir, scrutant la tôle trouée qui lui sert de toit.

«Ayo beti, beta, mo gagn gumri (NdlR, le vertige), mo gagn faim.» Il est 17 heures en ce vendredi et elle n’a rien mangé de la journée. Dans sa cuisine, seules quelques araignées accrochées à une ampoule qui n’a pas vu la lumière depuis cinq ans, ont droit à un festin.

«Pegn inpé mo latet, mo sévé sifoné.» Elle se redresse, en essayant de se tenir sur son bras cassé, plâtré. Son kaftan multicolore est fleuri comme son langage. Au milieu de sa rivière de paroles, coulent quelques larmes et des jurons en bhojpuri et en créole. «Ena enn tchourel, enn (censuré) inn fer longanis ek mo garson, linn mor. Ek mo ousi zot fer mésansté…»

Nani Parvati, 87 ans, rencontrée la semaine dernière alors qu’elle quémandait de la nourriture du côté de l’hypermarché Jumbo, à Riche-Terre, a du mal à rester cohérente dans ses propos. Le désordre règne également dans le taudis rempli de souvenirs, qui lui sert d’abri. Mais elle y tient à son bric-à-brac, à ses savates d’un autre temps, à ses robes de chambre d’un autre âge, comme c’est souvent le cas chez les vieilles personnes, qui s’accrochent au passé à travers les objets.

Aller vivre dans un home ? Elle s’énerve, la colère lisse les rides de son visage mesquin et attendrissant. Eoula ! «Mo pou mor isi mem. Monn maryé kan mo ti éna 15 an mwa, bolom inn alé, pa rapel kan…» L’argent de sa pension, elle le garde précieusement, à la banque. Pour quoi faire ? Nous n’en saurons rien, ce n’est pas faute d’avoir essayé.

La vieille dame est-elle vraiment livrée à son sort ? N’a-t-elle personne pour s’occuper d’elle ? À deux pas de là, habitent sa belle-fille, ses petits-enfants, ses beaux arrières petits-enfants. Les traces de holi jonchent le sol, rose et rouge. Nani Parvati leur en ferait voir de toutes les couleurs.

«Depi lartik-la inn paret dan lagazet nou pa pe dormi, dimounn pe krwar vrémem nou bat li, fer li mizer…» Nani Parvati aurait, selon sa belle-fille, un caractère bien trempé, style Lalita Pawar dans les films bollywoodiens. «Mo al begn li, li zour mwa, mo al lav so linz, li donn mwa malédiksion, li dir mwa (censuré), mo al donn li manzé, li dir mo kokin so bann zafer…» Et cela fait presque 40 ans que ça dure.

Du coup, «monn fatigé», annonce la belle-fille, les lèvres tremblantes. Sur son visage, de la résignation. Son regard lance un message : «J’espère que vous comprenez la situation, j’ai bien essayé de l’aider…»

Nani Parvati a pour habitude de prendre le bus pour aller à Jumbo. La raison : «Gagn manzé Hare Rama Hare Krishna là-bas, seki bien prop, pann melanz ar laviann tousala…» L’argent de sa pension, «li ramasé pa koné ki li fer ek sa…»

Vrombissement de moteur. Les bénévoles arrivent en courant, enfin en roulant, pom, zoranz, raisins en main et l’envie d’aider au cœur. Des jeunes gens, des jeunes femmes, qui ont envie de «sauver» malgré elle, peut-être, cette petite nani, qu’importe si elle est un peu neurasthénique, enragée sur les bords.

À hier, elle était admise à l’hôpital Jeetoo, où on soigne son bras. Le plan pour les jours à venir selon les bons samaritains : la convaincre d’aller dans un home sweet home, où elle se sentira à la maison, où elle pourra manger à sa faim si elle ne balance pas le plat à la tête du personnel soignant.

Mais ça, c’est une autre paire de manches…

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