Kamal Taposeea: «Il nous faut quitter les sentiers battus et oser»

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Kamal Taposeea, président du Mauritius Turf Club.

Kamal Taposeea, président du Mauritius Turf Club.

Pour la deuxième année consécutive, il tient les rênes du Mauritius Turf Club. Entre ambitions et contraintes, Kamal Taposeea a su permettre à l’organisateur des courses de prendre une position sur les barres avec un bilan financier positif. Mais face aux questions de l’express, il concède, néanmoins, que l’industrie des courses reste un secteur fragile. 

Vous entamez votre deuxième mandat à la présidence du MTC cette année. Kamal Taposeea, que retenez-vous principalement de 2018 ? 
Je crois pouvoir avancer que le Mauritius Turf Club a réussi dans sa tâche sur plusieurs points, mais il a également eu des défis à relever, des obstacles à franchir et des problèmes à résoudre. Au bout du compte, en tant que président, je suis satisfait du résultat final car notre bilan est positif. Cela démontre que nous n’avons pas failli dans notre tâche et que nous avons pu justifier la confiance placée en nous par les membres. 

La passion et le dévouement des administrateurs, de la direction et du personnel ont été exemplaires. Nous avons tous travaillé en équipe en 2018. Nous avons également été aidés par de nombreux membres qui ont grandement contribué en participant aux différents comités du club. Un grand merci à tous pour leurs efforts et leur soutien continus. 

Nous sommes très fiers d’avoir pu attirer autant de sponsors en 2018 et je peux déjà vous dire que 2019 s’annonce très bien aussi. Savez-vous que 30 % de nos revenus proviennent du chiffre d’affaires non lié aux paris ? C’est pour cette raison que nous avons concentré beaucoup d’efforts sur ce que nous pouvons contrôler, le sponsoring et la location de loges aux entreprises et aux particuliers entre autres. Merci chers sponsors, entreprises et individus passionnés pour votre soutien continu. Nous avons également été très stricts et efficaces dans la gestion de nos coûts. Comme vous le savez, notre résultat net a montré une augmentation de l’EBITA de 80 %, passant de 10,4 millions de roupies en 2017 à 18,2 millions de roupies en 2018. Le bénéfice avant impôt est passé de 3,3 millions de roupies en 2017 à 8,6 millions de roupies en 2018. 

Nous avons également fait une mise à jour de nos actifs qui ont augmenté par 80 millions de roupies. Ceci n’est pas fait pour gonfler les chiffres, comme suggéré – j’ai lu ça quelque part –, c’est en fait un processus normal dans le monde des affaires.

La question des pensions dans tout ça ? 
C’était une des priorités de notre mandat 2018. Trouver une solution à l’épineux problème du régime des pensions, qui traînait depuis de nombreuses années. Nous avons récemment obtenu l’approbation du FSC et nous avons développé différentes options pour le financement de ce plan de pension dont le déficit s’élève à 67 millions de roupies. Sa mise en œuvre devrait avoir lieu en 2019. 

Permettez-moi de revenir sur 2018. La version améliorée du comité fixtures, composé de trois membres supplémentaires issus de la communauté des entraîneurs, a permis de considérablement augmenter la qualité et la compétitivité des courses. Cela a eu comme conséquences un meilleur programme de course et une augmentation du chiffre d’affaires. Au départ, si vous vous en souvenez bien, nous avons même été critiqués pour notre décision d’impliquer les entraîneurs, mais avec du recul, je suis sûr que vous conviendrez maintenant qu’il s’agissait bien d’une décision positive.

Un nombre record de 193 nouveaux chevaux ont fait leurs débuts au Champ de Mars et une moyenne de 8,8 chevaux par course ont participé aux 299 courses organisées en 2018. En fait, l’année dernière, nous avons enregistré le plus grand nombre de chevaux participants depuis 2012. Un grand merci à tous les entraîneurs et propriétaires de chevaux qui ont consenti des efforts considérables pour acheter des chevaux, ce qui a permis une concurrence féroce et a eu des répercussions directes sur le volume des paris. 

Nous avons poursuivi notre politique de subvention des écuries à hauteur de 54,6 millions de roupies en 2018, soit une augmentation de 6,2 millions de roupies par rapport à 2017. Nous avons également augmenté la valeur des prix de 10,5 millions de roupies par rapport aux chiffres de 2017 pour atteindre 98 millions de roupies. 

Ce chiffre sera encore augmenté de 4 % cette année pour atteindre près de 101 millions de roupies. Notre politique consistant à effectuer davantage de tests hors compétition, avant et après les courses, atteste des efforts continus que nous faisons pour assainir les courses hippiques à Maurice. Au total, 23,7 millions de roupies ont été dépensés pour les 3 400 tests effectués par Quantilab. Nous devons à tout moment faire preuve de vigilance à l’encontre de ceux qui souhaitent ternir la réputation de ce sport noble. Malheureusement, six positifs ont été découverts en 2018, et six de trop à mon avis ! Pour 2019, la même politique s’applique et, avec l’aide de la GRA, nous avons déjà effectué un grand nombre de tests. Sans ces tests hors compétition, la contamination des aliments n’aurait pas été détectée. Il est également regrettable qu’une même écurie accumule des résultats positifs. Je ne ferai pas de commentaire à ce sujet car l’affaire fait l’objet d’une enquête.

Si les indicateurs ne sont plus au rouge, n’empêche que la situation n’est pas flamboyante non plus. Le secteur hippique reste fragile, seriez-vous d’accord ? 
Si les indicateurs ne sont plus au rouge, c’est que nous avons travaillé très dur durant toute cette saison 2018, et cela à tous les niveaux. Chacun a apporté sa petite pierre à l’édifice. Notre travail d’équipe a porté ses fruits et je tiens à remercier tous ceux qui m’ont aidé à mener le MTC à bon port. Néanmoins, et comme je l’ai dit lors de notre assemblée générale, il nous reste beau- coup à faire pour la promotion, le développement et l’épanouissement du sport hippique mauricien. Ce secteur, vous l’avez dit, reste fragile et c’est à nous — et quand je dis «nous» je veux dire le MTC et les autorités concernées — de lui procurer une assise et une structure plus solide et plus fiable afin qu’il puisse faire face aux défis de demain. Il y a certaines décisions qui peuvent définitivement apporter instantanément un plus et une bouffée d’air frais à ce secteur, mais il nous faut de la volonté. Il nous faut quitter les sentiers battus et oser en explorant de nouvelles avenues. Je pense par exemple au commingling international sur lequel nous avons buté pendant des années et qui tarde à venir. 

C’est l’internationalisation de notre industrie qui aidera vraiment le MTC. Les 8,6 millions de roupies de profit après impôt réalisés en 2018 sont loin du chiffre nécessaire à l’industrie. N’oubliez pas que le monde des courses à Maurice contribue aux moyens de subsistance de nombreuses personnes dans le pays. Pour avoir une image plus claire et précise du nombre réel de personnes travaillant directement et indirectement dans l’industrie, ainsi que des taxes que le gouvernement tire des licences et des paris, nous avons commandité une évaluation économique indépendante qui sera réalisée par l’un des quatre plus grands cabinets de comptabilité et d’audit à Maurice. Ce type d’évaluation n’est pas une nouveau- té dans les autres juridictions, mais une fois le rapport rédigé, je suis convaincu que cela ouvrira les yeux à de nombreuses personnes et parties prenantes. Nous communiquerons évidemment les résultats du rapport à nos membres, au gouvernement et à la presse dès que celui-ci sera prêt.

“ Pour mieux contrôler et surveiller, le MTC a besoin de plus de ressources financières pour les tests, les caméras et le personnel. C’est pourquoi nous avons demandé, entre autres, à avoir 40 journées et plus de huit courses par journée lorsque la situation le permet. Je n’arrive toujours pas à comprendre le raisonnement de la GRA qui a à nouveau refusé notre demande sans explication.”

Le secteur hippique, dans sa globalité, mérite un upgrading. C’est là que le nouveau CEO devra mettre son expérience au service du MTC. Fondamentalement, qu’attendez-vous de Mike Rishworth ?
Mike Rishworth s’est déjà fait un nom dans les milieux hippiques en Afrique du Sud. Son passé parle pour lui et si le MTC a fait appel à lui, c’est qu’il pense que son expérience, son savoir-faire et sa vision peuvent donner une autre dimension non seulement au MTC mais au sport hippique en général. Cet upgrading dont vous parlez viendra de lui et déjà je peux vous dire qu’il est au four et au moulin. Il a vu l’état de la situation et les conditions dans lesquelles nous évoluons et c’est sûr qu’il a compris l’ampleur de la tâche qui l’attend. J’ai vu en lui un homme motivé, déterminé et animé de très bonnes idées. Mike Rishworth est déjà un atout pour le MTC et sans vouloir aller vite en besogne, je dirai que nous sommes entre de bonnes mains même si rien n’est gagné d’avance.

Mais vous en conviendrez, M. Taposeea, que tout nouveau départ de l’industrie des courses passerait par une helping hand du gouvernement. Et c’est là où le bât semble blesser puisqu’on assiste à une guerre de pouvoir entre ces deux parties, même si vous allez peut-être dire le contraire… 
Je ne crois pas qu’il y a une guerre de pouvoir entre le MTC et le pouvoir, représenté dans ce contexte par la GRA. D’ailleurs, le rôle de chacun est bien défini. Ce sont les régulateurs et nous devons respecter des règles qui ont du sens. Si nous sommes en désaccord, nous avons le droit de contester ces règles et règlements, soit à l’amiable, soit via nos tribunaux, si nécessaire. Mais ces derniers temps, nous avons démontré que nous pouvons travailler ensemble. Les turfistes ne le savent peut-être pas, mais tout un travail est fait conjointement par le MTC et la GRA en vue de la nouvelle saison. Nous avons un contact permanent avec le management de la GRA que nous rencontrons régulièrement. Dans l’affaire des chevaux contaminés, Mike Rishworth et Paul Beeby ont abattu un énorme travail ensemble. Tout cela démontre qu’il n’y a pas de guerre de pouvoir. Comme je l’ai toujours dit, nos objectifs sont les mêmes et il n’y a pas de problèmes au niveau exécutif. 

Mais, le MTC conteste une des directives de la GRA en justice. Preuve, s’il en faut, que les relations sont difficiles alors que le centre de préoccupation aurait dû être le bien-être des courses uniquement… 
Ce n’est pas parce que le MTC conteste une directive de la GRA qu’il nous faut parler de guerre de pouvoir. Les différends existent dans toutes les démocraties. Dans ce cas précis, il y avait deux écoles de pensée et comme chaque partie campait sur sa position, nous avons cru bon de faire appel à la justice vu que nous avions épuisé tous les autres moyens de raisonner avec la GRA. Je ne peux pas me prononcer sur cette affaire car le cas est devant les tribunaux. Toutefois, je suis d’accord avec vous que notre centre de préoccupation doit être l’avancement du sport hippique.

Tout n’est pas noir non plus puisqu’il y a l’arrivée de Paul Beeby comme Integrity Officer à la GRA et il semble, du moins à ce niveau, que le MTC compte sur son expérience pour faire avancer les choses dans la bonne direction… 
Paul Beeby est un homme d’expérience, tout comme Mike Rishworth. Au même titre que Mike Rishworth est un atout pour le MTC, Paul Beeby en est un pour la GRA. Et c’est tant mieux pour le sport hippique. 

Il y a aussi l’arrivée au MTC de la première femme-Stipe pour renforcer le panel des Racing Stewards… 
En fait, beaucoup d’efforts ont été déployés dans la salle des commissaires pour assurer une supervision plus rigoureuse et plus cohérente. En 2018, cela a été rendu possible en employant John Zucal, et nous poursuivrons la même approche en 2019 en employant Julia Keevy et Mike Jones, deux commissaires chevronnés et expérimentés qui assisteront Stéphane de Chalain. 

En revanche, la GRA aura un droit de regard sur la composition du board d’appel. Serait-ce un cas d’«empiètement» selon vous ou un move tout à fait logique car le MTC ne peut être à la fois judge and party ? 
Il ne faut pas oublier que la GRA est le régulateur, et en tant que tel, elle a un droit de regard sur pas mal de choses. Les articles publiés à cet effet dans la presse ont éclairé l’opinion publique. Donc, je ne parlerai ni d’empiètement de la part de la GRA ni de judge and party quant au rôle du MTC de nommer les membres du comité d’appel. C’est un système qui a marché et en qui les professionnels des courses ont confiance. Il faut simplement trouver la juste mesure. 

“Le MTC a son histoire et son savoir-faire et pour qu’il poursuive cette belle aventure, il nous faut travailler dans la continuité avec le soutien des autorités sans lesquelles, ce secteur de l’économie restera toujours aussi fragile.”

Un gros morceau reste aussi l’épineux problème de dopage. C’est cela qui a un peu gâché votre premier mandat comme président, n’est-ce pas ? 
Alors là non… pas du tout. C’est tout le contraire et c’est tout à l’honneur du MTC d’avoir dépisté ces cas de dopage. Comme je l’ai dit précédemment, le MTC dépense beaucoup dans les contrôles antidopage et s’il le fait, c’est justement pour protéger les turfistes et empêcher ces mains invisibles de prendre le contrôle des courses. Il y a quelque chose que je n’ai jamais compris, quand les officiers de la douane ou les policiers arrêtent quelqu’un à l’aéroport ou ailleurs avec de la drogue, la presse en général les félicite. C’est exactement ce que fait le MTC dans le domaine des courses. On essaye de démasquer ceux qui veulent jouer au plus malin, mais pour des raisons que nous ignorons, au lieu de nous féliciter — parce qu’on est en train de faire notre travail comme il se doit — on nous tire dessus. On est pris pour cible. C’est pourquoi je comprends mal votre raisonnement disant que le problème de dopage est venu gâcher ma présidence… loin de là ! C’est même un des points positifs de ma présidence, d’avoir pu protéger au maximum le public turfiste.

Dans quelle mesure la GRA peut-elle aider à ce niveau selon vous ? 
De par le monde, le régulateur ainsi que l’organisateur des courses hippiques travaillent de concert et oeuvrent pour l’épanouissement et l’assainissement du sport hippique. Dans la même mesure, la GRA et le MTC doivent s’aider mutuellement et consolider le double way traffic. Il y a beaucoup plus qu’on peut faire ensemble pour combattre les paris illégaux, le dopage et mettre en chantier le commingling. 

Pour mieux contrôler et surveiller, le MTC a besoin de plus de ressources financières pour les tests, les camé- ras et le personnel. C’est pourquoi nous avons demandé, entre autres, à avoir 40 journées et plus de huit courses par journée lorsque la situation le permet. Je n’arrive toujours pas à comprendre le raisonnement de la GRA qui a à nouveau refusé notre demande sans explication. 

Ne serait-il pas trop facile de tout mettre sur le dos des entraîneurs alors que les vrais coupables, les commanditaires, ne sont jamais démasqués ? 
Nous ne faisons qu’appliquer les règles et en signant leur contrat, les entraîneurs savent exactement ce que nous attendons d’eux et quelles sont leurs responsabilités. Il en est de même dans tous les pays du monde où les entraîneurs sont seuls responsables de leurs chevaux. Je crois qu’il est temps d’être plus clair sur ce sujet et d’imposer que chaque entraîneur s’occupe de l’intégralité de la sécurité de ses chevaux. Mais est-ce que l’unanimité se fera autour de cette question ? Pas sûr, mais quoi qu’il en soit, il nous faudra travailler dans cette direction car ce qui était valable il y a 20 ou 30 ans ne l’est malheureusement plus. Ce qui était un sport est devenu une industrie et les données ont changé à tous les niveaux. En toute sincérité, je crois que l’heure est venue de prendre de nouvelles me- sures, des mesures qui ne feront, certes, pas plaisir, mais qui sont devenues aujourd’hui indispensables car le MTC ne peut plus soutenir seul tout ce fardeau. 

Quand il traite de tels cas, le turf club est limité par ses règlements internes qu’il se doit de respecter. Le véritable pouvoir d’enquête criminelle est ailleurs, cette question doit donc être posée à la GRA et à la police des jeux. 

Quel héritage souhaiteriez-vous léguer à votre successeur en 2020 ? 
Laissons le temps faire son œuvre et n’anticipons pas. Le MTC a son histoire et son savoir-faire et pour qu’il poursuive cette belle aventure, il nous faut travailler dans la continuité avec le soutien des autorités sans lesquelles, ce secteur de l’économie restera toujours aussi fragile. 

Je tiens cependant à souligner qu’il ne s’agit pas de l’héritage du président mais bien de celui de l’ensemble du conseil d’administration. Le président peut être comparé à un chef d’orchestre, à un porte-parole. La stratégie du conseil d’administration actuel est axée sur les résultats et l’implication de toutes les parties prenantes, à savoir les acteurs et les opérateurs de l’industrie hippique, dont les sponsors et la presse qui sont nos partenaires privilégiés. J’espère que cette approche deviendra la norme.

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