Dr Jacques Lim Ah Tock: «L’hygiène buccodentaire s’est améliorée à Maurice»

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Le point avec le dentiste Jacques Lim Ah Tock.

Le point avec le dentiste Jacques Lim Ah Tock.

Dr Lim Ah Tock, comment se porte la santé buccodentaire à Maurice ? 
Quand je compare les débuts de ma pratique à aujourd’hui, je dirai qu’elle s’est améliorée. Pour preuve, je fais très peu d’extractions dentaires de nos jours, signe que les Mauriciens sont plus conscients de l’hygiène buccodentaire et de l’importance de conserver leurs dents. Et pour cela, il n’y a pas de secret, il faut se brosser les dents deux à trois fois par jour et utiliser le fil dentaire, surtout le soir. Ces deux démarches vont de pair. C’est obligatoire. Il y a aussi des brossettes interdentaires qu’on peut utiliser quand les dents sont bien espacées et pour nettoyer sous des bridges. Et il faut aussi consulter son dentiste une à deux fois l’an.

La brosse à dents électrique ne remplace-telle pas le brossage normal et le fil dentaire ? 
Rien ne remplace l’usage d’une brosse à dents souple et de fil dentaire. Le rôle de la brosse à dents et du fil dentaire est de retirer la plaque dentaire après les repas. Celle-ci est molle et peut être enlevée facilement avec la brosse à dents souple. Par contre, si la plaque dentaire n’est pas bien retirée, elle se calcifie et devient le tartre, qui est dur. Dans ce caslà, que ce soit une brosse à dents à poils durs, une brosse à dents électrique, l’utilisation des brossettes ne servira à rien. Seul le détartrage fera l’affaire. En passant, je trouve dommage que le détartrage ne soit pas remboursé par certaines compagnies d’assurances car un bon détartrage évite les ca- ries et d’autres complications, qui amènent à des dépenses dentaires beaucoup plus élevées et donc à des remboursements d’assurance beaucoup plus importants.

Si je vous ai bien suivi, vous ne recommandez pas l’usage de la brosse à dents électrique ? 
Le problème avec la brosse à dents électrique c’est que sou- vent les poils sont trop durs. Elle est plus agressive et on a plus tendance à surbrosser. Et tout ceci est traumatisant pour les dents et la gencive. Je vois pas mal de cas d’usure tout près de la gencive, des déchaussements de dents et des récessions de gencive. Et puis la brosse électrique revient à plus cher par rapport à la brosse manuelle. Par contre, pour une personne handicapée moteur ou pour les personnes âgées, la brosse à dents électrique rendra service. 

Les bains de bouche sont-ils efficaces pour l’hygiène dentaire ? C’est au cas par cas. Ces solutions sont des adjuvants au brossage mais ne peuvent le remplacer.

Quelles sont les évolutions en matière de dentisterie ? 
Il y a eu bon nombre d’évolutions technologiques comme la radiographie numérique, les empreintes optiques, le laser ou les caméras dentaires intra-orales, qui permettent au patient de voir ce que le dentiste fait dans sa bouche. L’informatique commence à jouer un rôle de plus en plus important dans notre métier. Mais en termes de dentisterie pure, il y a eu une évolution en matière d’implants.

Qu’est-ce qu’un implant ?
Un implant est une sorte de vis en titane que l’on met dans l’os de la mâchoire pour remplacer la racine d’une dent et sur lequel on va ensuite placer une couronne. Lorsqu’un patient à qui l’on a extrait une dent vous de- mande une solution pour combler le trou dans sa bouche, le dentiste a le devoir légal de lui proposer un implant pour remplacer cette dent, qui n’a pu être sauvée. Si le patient est partant, le dentiste doit d’abord faire un examen clinique de sa bouche, faire un examen sur moulage pour évaluer l’espace qui doit être comblé et procéder à un scan pour déterminer la hauteur, l’épaisseur et la densité de l’os, facteurs déterminants sur la dimension de l’implant à être posé. 

Quand il n’y a pas assez d’os, il faut envisager une greffe. Mais actuellement, on a à notre disposition des implants plus courts et toujours aussi performants et ceci nous permet de poser nos implants dans un plus grand nombre de cas sans avoir besoin de chirurgie lourde. 

Comment procède-t-on avec l’implant ? 
Après avoir pratiqué une anesthésie locale, on incise la gencive et on fore l’os avec un foret de la même dimension que l’implant. On va ensuite visser notre implant en titane. C’est une procédure très précise que l’on fait avec des clés spéciales et avec une force calculée et contrôlée. L’implant sera recouvert par la gencive. On renvoie le patient chez lui et on laisse le temps faire les choses, c’est-à-dire qu’on laisse repousser l’os sur l’implant (c’est ce qu’on appelle l’ostéointégration en terme médical). Lorsque c’est fait, on ouvre à nouveau la gencive et l’on met une vis de cicatrisation sur l’implant afin que la cicatrisation de la gencive se fasse autour de la vis. Et c’est la fin de la phase chirurgicale. 

On va ensuite aborder la phase prothétique où l’on va prendre une empreinte de l’implant qu’on va envoyer au laboratoire. Celui-ci va nous fabriquer une couronne adaptée sur un pivot. On va ensuite visser le pivot sur l’implant et la couronne sera fixée sur le pivot. C’est une procédure qui va prendre environ six mois au total. Le protocole est aussi en train d’évoluer et on a tendance à aller de plus en plus vite. Ce qui fait que le temps entre la pose de l’implant et la fixation de la couronne est en train de diminuer drastiquement. 

Quel est l’intérêt de l’implant par rapport au bridge par exemple ? 
Avec l’implant, on n’a pas l’inconvénient du bridge, qui consiste à tailler les dents qui bordent l’édentation. Le bridge est quand même bien mutilant. De plus, l’implant est plus solide que le bridge. 

Dans quels cas conseillez-vous un bridge et dans lequel préconisez-vous l’implant ? Chaque cas est un cas. S’il y a de bonnes dents, des dents saines, qui bordent l’édentation, j’opterai sans hésiter pour l’implant. Par contre, si les dents à côté de l’édentation sont très fragiles, voire dévitalisées, et qui demandent des couronnes, dans ce cas-là, je pense que le bridge est plus approprié.

Y a-t-il des contre-indications médicales à l’implant ? 
La procédure pour l’implant est contre-indiquée pour les personnes ayant des problèmes de valve cardiaque, des maladies immunodépressives, certains types de cancer ou certaines maladies affectant les os. 

Qui de l’implant ou du bridge est plus coûteux ? 
L’implant est légèrement plus cher en raison des matériaux utilisés mais sa durée de vie est plus longue. Je tiens à préciser une chose : même si on a bien évolué dans le domaine de l’implantologie (on peut à l’heure actuelle remplacer une dent manquante, tout en se rapprochant le plus possible d’une dent naturelle et ce, avec un faible taux d’échec), on a le devoir de tout tenter pour sauver une dent. L’implantologie ne doit intervenir qu’en dernier recours. Le maître mot reste la prévention. Et une bonne hygiène buccodentaire est à la base d’une bonne santé globale. 

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