Septicémie: le manque d’hygiène dans les hôpitaux décrié

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Les hôpitaux peuvent aussi entraîner une complication de santé pour les patients en raison des microbes qui s’y propagent.

Les hôpitaux peuvent aussi entraîner une complication de santé pour les patients en raison des microbes qui s’y propagent.

Victimes d’accidents de la route, d’incendie ou de douleurs, plusieurs Mauriciens ont perdu la vie en contractant une septicémie. Pourtant, ils étaient admis à l’hôpital pour d’autres raisons. Depuis janvier dernier, ces cas interpellent.

«La septicémie est un problème de santé national. Surtout avec la quantité de microbes qui traîne dans les salles d’hôpital. L’hygiène laisse vraiment à désirer. La situation ne fait que se détériorer.», Ram Nowzadick, président de la Nursing Association, n’y va pas par quatre chemins pour expliquer les nombreux cas de septicémie dans les hôpitaux.

Les décès liés à cette maladie ne cessent en effet de grimper. Les derniers exemples en date : celui de Rajen Marday, 71 ans, victime de brûlures à son domicile à Sainte-Croix le 12 février, et décédé deux semaines plus tard. Ou encore en janvier, une adolescente enceinte de quatre mois et demi, qui a rendu l’âme après une admission aux soins intensifs à l’hôpital du Nord pour des douleurs au ventre. Idem pour Jean Ruberto Begue, un motocycliste de 39 ans, grièvement blessé lors d’un accident le 3 janvier. Le 27 janvier, il a succombé à une septicémie à l’hôpital Jeetoo…

Qu’est-ce donc cette maladie ? Selon Mithu Sooknundun, chirurgien orthopédiste de la Clinique du Nord, il s’agit d’une infection grave qui se propage dans le corps à travers le sang à partir d’un foyer infectieux. «Cela peut être notamment les poumons, le cerveau, un abcès, une sonde urinaire… » Très souvent, une bactérie en est à l’origine. Mais des virus, champignons et parasites peuvent également y contribuer. «Quelle que soit la source, la septicémie est une urgence grave», affirme le médecin.

Face à cette situation, la précarité des conditions de soins est largement critiquée par le personnel. «Avant, nous avions des salles spécifiques pour des patients de la chirurgie pour chaque spécialisation. On stérilisait chaque pièce, selon ses besoins. Maintenant, tous les cas sont mélangés faute de place. Voilà donc comment se faufile la septicémie», scande une infirmière du secteur public. Au bout de ses 20 ans d’expérience, elle s’insurge contre plusieurs pratiques : «Lors de notre formation à la School of Nursing, on nous a inculqué des normes précises pour des soins aux patients. Par exemple, il faut bien espacer les lits. Mais, dans la réalité, ils sont presque empilés les uns sur les autres.» D’après Ram Nowzadick, président de la Nursing Association, ce protocole n’est pas respecté alors qu’environ un à deux mètres devraient séparer les lits.

Viennent également d’autres facteurs tels que le manque de personnel et d’équipement pour des soins de qualité, la désinfection inappropriée des hôpitaux et d’autres facteurs. «On a confié le nettoyage à une société externe, mais souvent les mêmes serpillières sont utilisées pour toutes salles confondues et les toilettes. De plus, la solution utilisée sur les sols ne me semble pas adaptée surtout pour l’hôpital», soutient cette infirmière. Ramesh Purrunsingh, du Comité amélioration de la santé (CAS), abonde dans ce sens. «Il est vrai qu’il y a le manque d’hygiène. Mais il faut aussi que l’État ait des médecins dispensant immédiatement les soins appropriés

Nous avons sollicité le ministère de la Santé pour des explications. En vain.

Ram Nowzadick, pour sa part, ajoute que les infections nosocomiales, contractées lors d’une admission à l’hôpital, contribuent également à la septicémie. «Par exemple, lorsqu’un patient a subi des brûlures, son mécanisme de défense immunitaire est affaibli. Il est alors plus vulnérable aux infections comme la septicémie.» Parallèlement, les divers patients qui campent dans les salles d’attente jusqu’à ce que les lits soient libérés pour les admissions s’exposent également aux infections.

Comment éviter le décès par septicémie ? La prise en charge doit être rapide et agressive, avec un traitement par antibiotique immédiat, souligne le Dr Mithu Sooknundun. Pour Ram Nowzadick, en cas d’infection nosocomiale, il faut immédiatement protéger les patients et veiller à ce que les infirmiers et visiteurs ne leur transmettent pas davantage d’infections ou ne les contractent pas à leur tour. «Des origines nosocomiales, les infections de la peau, la méningite, la pneumonie, les traitements sous cortisone entre autres, doivent être traités rapidement», conseille le Dr Mithu Sookunundun.

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