Ram Nookadee: «Guerre perpétuelle au MACOSS»

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Ram Nookadee, ancien secrétaire du Mauritius Council of Social Services (MACOSS).

Ram Nookadee, ancien secrétaire du Mauritius Council of Social Services (MACOSS).

Injonction du vice-président contre le président, contestations, bulletins de vote truqués : la polémique enfle au MACOSS. Pourquoi tant de grabuge au cœur du social ? Quelles sont les solutions ? Quel est l’impact des nouveaux règlements de financement sur les ONG ? Le point avec Ram Nookadee.

Depuis l’arrivée du nouveau président, le cyclone continue à s’abattre sur le MACOSS. Cela vous choque-t-il ?
Je ne suis pas juste choqué. Depuis deux ans, je suis la situation de près. Les choses ne vont pas bien. Cela fait quatre ans que j’ai quitté l’institution. Ce qui me choque, c’est que l’organisme est censé aider les associations et agir comme leur porte-parole. Le MACOSS ne joue pas son rôle. On assiste plutôt à une guerre intestine entre les dirigeants en quête de pouvoir. D’ailleurs, l’organisation n’est pas du tout sur la même longueur d’onde que les ONG.

Où se situe le problème selon vous ?
Je pense que le MACOSS a d’autres priorités. Par exemple, l’organisation a œuvré pour un nouveau bâtiment. Mais il y avait d’autres choses qui nécessitaient l’attention. Le MACOSS est le médiateur entre les ONG et l’État. Parallèlement, c’est le tremplin entre les associations caritatives et le secteur privé. Et même celui avec des associations internationales basées à Maurice.

Il est grand temps que les dirigeants sortent de ces clivages conflictuels pour redonner de l’espoir aux ONG. Je crois que c’est la guerre du pouvoir qui domine. En 2018 déjà, pour les élections, il y a eu plusieurs problèmes. Des bulletins avaient été truqués et cela avait été relevé par la Commission électorale. Imaginez-vous : des individus décédés ont été ressuscités pour participer aux élections. Dans d’autres cas, des personnes ont usurpé des identités pour y prendre part. Irfan Raman, le commissaire électoral, devait réagir pour reporter les élections.

Le vice-président vient de porter plainte contre le président actuel. Que reproche-t-on au juste au dirigeant actuel ?
Pour le conflit entre les deux dirigeants, je leur laisse le soin d’y aller chacun de son interprétation. De manière globale, un président dispose d’un mandat de deux ans. Il lui faut deux à trois mois comme temps d’adaptation. Il n’a même pas eu le temps de chauffer son siège.

Dans une organisation comme le MACOSS, et plus particulièrement au sein d’un conseil d’administration, il n’y a ni majorité ni minorité et encore moins d’opposition. Tous les membres doivent unir leurs forces pour atteindre l’objectif commun.

Au final, n’assistons-nous pas à une guerre d’ego ?
Justement, il faut que ces jeux d’ego et de pouvoir cessent. Il est temps de mettre ce type d’intérêt personnel de côté et concentrer ses efforts pour réussir ensemble à mener le MACOSS à bon port.

Est-ce normal que la police intervienne lors de vos réunions ?
Les officiers de police peuvent être présents lors des assemblées générales et des comités par mesure de précaution. Ils sont là pour prévenir toute tentative de dérapage. C’est une mesure de dissuasion.

Après l’affaire des bulletins manipulés, puis les polémiques avec la nouvelle direction, êtes-vous rassuré voire soulagé d’avoir quitté le navire ?
Soulagé oui mais triste car je ne vois pas le MACOSS jouer son rôle comme il le faudrait. Pourtant, sa fonction est capitale pour les ONG. Beaucoup d’individus et d’institutions dont l’État comptent sur le MACOSS. Et face au travail des Nations unies, cette association qui doit pourtant nous représenter ne fait pas le poids. Je regrette une telle situation.

Quelles stratégies redoreraient-elles le blason du MACOSS ?
Sous la direction actuelle, il faudrait que tous les membres se rallient à la cause. Il faut réorienter le MACOSS. Revoyons le programme et les objectifs. Il y a énormément à faire pour le pays tant pour les enfants dans le besoin que par rapport au changement climatique, à la violence à l’école, aux crimes passionnels entre autres. Cela démontre bien le soutien nécessaire aux ONG.

Plusieurs ONG sont critiquées sur le fait qu’elles dérivent de leur mission sociale. Cela a récemment été évoqué par l’Ombudsperson for Children, qui a déclaré que certaines associations pour enfants ne font pas leur travail. Votre avis ?
Il est temps que l’on ait le véritable déclic du social. Toute ONG doit revoir son objectif. En effet, après les débuts, les choses évoluent. Rien ne reste figé. Prenons l’exemple de la Mauritius Family Planning Association. Aujourd’hui, ses services sont étendus au bien-être des habitants. Entre ce que nous voulions faire initialement et ce que l’on accomplit au fil des années, les changements sont incontournables.

Même au MACOSS, il faut déterminer ce que demandent les partenaires aussi bien que les associations caritatives. À ce sujet, l’organisme ne veut pas établir un secrétariat. Pourtant, cela contribuerait à avoir plus de professionnels. Et à ce jour, l’établissement n’accomplit pas ses tâches comme il se doit. Pourquoi ne pas payer un consultant pour collecter des informations et rédiger un rapport en bonne et due forme ? Nous sommes très faibles à Maurice sur ces aspects.

Il faut resituer les perspectives des ONG avec un bon leadership. Il y a hélas en parallèle un manque de dialogue entre les ONG et l’État. Et c’est là où le MACOSS aurait dû intervenir.

Revenons aux réalités des ONG. Certaines sont davantage associées à des business familiaux plutôt qu’à l’œuvre du social. Pourquoi ?
Il se peut que ces responsables sentent qu’il est plus sécurisant d’avoir des membres de sa famille ou de son entourage pour être à la barre. Mais vous savez s’il y avait un bon framework, il n’y aurait pas ces dérives. Les ONG doivent pouvoir répondre sur leur fonctionnement. Par exemple, qui les finance ? Quelles sont leurs dépenses ? Elles devraient publier leur rapport annuel. Il faut qu’elles puissent être transparentes…

Et les associations ne le sont pas en réalité ?
Il semblerait que beaucoup d’entre elles ne soient pas transparentes. Et encore moins ne viennentelles publier leurs rapports. D’ailleurs, si vous voyez le nombre de forces vives qui existent à Maurice. On ne peut même pas les contrôler. Qui pourrait le faire ? Et si elles ne sont pas enregistrées, elles auront encore moins de comptes à rendre à qui que ce soit.

Que pensez-vous des nouveaux règlements de la Corporate Social Responsibility (CSR) ?
J’étais un des pionniers dans ce projet. À mon avis, il faut améliorer le système car j’y décèle plusieurs problèmes. Premièrement, les ONG ont du mal à remplir les formulaires pour les appels à projets. Il faudrait recruter du personnel pour les assister.

Deuxièmement, avec la dissolution du NGO Trust Fund, tout est canalisé vers la CSR. Le secteur privé apporte également sa contribution. Il faut donc s’assurer que les ONG aient suffisamment de fonds. Et pour ce faire, il faut identifier les projets les plus fiables.

Comment ces changements ont-ils affecté les ONG ?
Si un projet coûte Rs 100 000, il se peut que l’ONG bénéficie uniquement de 25 % de la somme. Elle va se tourner vers le secteur privé pour la somme restante mais cela ne marche pas toujours. Il faut donc trouver d’autres sources de financement. Qui va faire des dons aux ONG ? D’ailleurs, nous avons beaucoup d’associations. S’il y en a 80 et que nous avons 52 semaines, vous imaginez bien que toutes ces organisations ne pourront pas faire des quêtes chaque jour.

Devant la mauvaise presse et gestion qu’affichent un bon nombre d’ONG, ne craignezvous pas que le gouvernement et le secteur privé décident de ne plus les soutenir ?
Je ne crois pas que l’État et le secteur privé laisseront tomber les associations caritatives. En revanche, ces deux partis chercheront une instance pour les rendre plus fonctionnelles et performantes. Il faut les encadrer pour atteindre les objectifs.

Le MACOSS pourrait créer une section ou une autre instance pour assurer le monitorage des ONG. À ce jour, 14 000 associations sont enregistrées au Registrar. Mais elles ne sont pas toutes des ONG. Trois cents font du service public, notamment le planning familial, le soutien aux enfants, etc. Puis, vous avez des forces vives. Environ 800 sont des organismes pour des personnes âgées. On y organise des pique-niques, etc. Ce ne sont pas des ONG. Il faut bien faire la distinction entre le vrai du faux.

La professionnalisation des travailleurs sociaux est aussi décriée. N’est-il pas temps de le faire pour ces postes ?
Cela devrait être une réalité. Nous l’avons évoqué au MACOSS. Auparavant, il y avait des formations de Recognition of Prior Learning mais cela a cessé. Au sein des ONG, il y a beaucoup de bénévoles mais sans qualifications. Avec un tel système, le métier de travailleur social serait professionnalisé.

Bio express

Enseignant au secondaire pendant 7 ans, Ram Nookadee a effectué des études en géographie en Inde de 1977 à 1980. Ensuite, il a exercé comme secrétaire exécutif de l’association Save the Children Mauritius. De 1994 à 1998, il a été Project Officer au MACOSS. Puis, de 1998 à 2003, il a été secrétaire général de cette organisation. Parallèlement, Ram Nookadee a présidé la SADC Council of NGO de 1999 à 2003. Il est actuellement président du Development Practitionners Network.

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