Un ancien général français dénonce les «fautes» de Paris au Rwanda

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Recueillement au mémorial du génocide à Kigali, en avril 2018.

Recueillement au mémorial du génocide à Kigali, en avril 2018.

Un général de division français en retraite dénonce les «fautes» de Paris au Rwanda avant et pendant le génocide de 1994, dans un entretien à Mediapart et Radio France diffusé jeudi.

Aujourd’hui âgé de 84 ans, Jean Varret est nommé fin 1990 chef de la Mission militaire de Coopération (MMC). A Kigali, le colonel rwandais Pierre-Célestin Rwagafilita, chef d’état-major de la gendarmerie, vient lui demander des armes lourdes pour faire du maintien de l’ordre, en lui expliquant: «Je vous demande ces armes, car je vais participer avec l’armée à la liquidation du problème. Le problème, il est très simple : les Tutsi ne sont pas très nombreux, on va les liquider».

De retour à Paris, le général Varret rend compte du risque de soutenir un pouvoir obsédé par la menace d’une «cinquième colonne» tutsi, au moment où le Front patriotique rwandais (FPR, tutsi) mené par Paul Kagame tente d’entrer au Rwanda depuis l’Ouganda. Le général est lu, mais personne ne l’écoute, affirme-t-il.

Des accusations totalement réfutées par l’amiral français Jacques Lanxade, ancien chef d’état-major particulier (1989-1991) de François Mitterrand, puis chef d’état-major des armées (1991-1995).

«Notre intervention visait à éviter que le gouvernement s’effondre et ne tombe dans la guerre civile. Qu’aurions-nous dû faire? Partir ? Mais alors c’était la guerre civile tout de suite», poursuit-il.

Mais du point de vue de Jean Varret, «certains militaires à des postes-clés ont été trop loin, parce qu’ils n’ont pas voulu prendre en compte les risques de cette politique de soutien à Habyarimana (président rwandais, un Hutu, dont l’avion est abattu au-dessus de Kigali le 6 avril 1994, marquant le début des massacres à grande échelle)».

«La coopération avait pour mission d’aider à former, d’équiper, mais certainement pas à combattre. Et je pense que ce lobby militaire a été plus enclin à aider au combat», juge-t-il. «Aucun civil ou militaire n’aurait souhaité le génocide. Aucun. Par contre, certains n’ont pas pris le risque au sérieux», conclut-il.

Second épisode dénoncé par le général Varret: début 1993, une commission d’enquête recueille de nombreuses preuves des massacres de Tutsi commis les mois précédents. En réaction, le FPR lance une offensive vers Ruhengeri et Byumba, deux fiefs du président rwandais.

Les Français renforcent leur dispositif puis envoient un détachement du 1er régiment parachutiste (RPIMa) pour épauler l’armée rwandaise, qui parvient à stopper l’avancée des rebelles venus d’Ouganda.

Le général Varret apprend alors au cours d’une inspection que le 1er RPIMa s’est rendu en Ouganda, derrière les lignes ennemies, pour essayer d’avoir du renseignement sur le FPR. Or les troupes françaises ont l’interdiction absolue de s’engager directement dans le conflit. Le haut gradé assure avoir dénoncé ce manquement.

En avril 1993, Jean Varret n’est pas reconduit comme chef de la MMC pour un an, comme il le souhaitait. Il quittera par la suite l’institution militaire.

«Tout ceci s’est passé il y a 25 ans, l’état-major des armées n’a absolument aucune réaction officielle», a déclaré jeudi le porte-parole de l’état-major, le colonel Patrik Steiger.

Selon l’ONU, environ 800.000 personnes, essentiellement tutsi, ont été tuées en trois mois au Rwanda au cours de massacres déclenchés par l’attentat qui a coûté la vie au président Habyarimana en avril 1994.

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