Journée internationale des femmes: éboueuses et fières de l’être

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Pics et paniers en main, elles traquent les déchets.

Pics et paniers en main, elles traquent les déchets.

Pics et paniers en main, elles traquent les déchets. Sillonnant rues, habitations et lieux publics, elles sont éboueuses de profession. Un métier qui attire de plus en plus de femmes. Reportage à l’occasion de la Journée internationale des Femmes, célébrée le 8 mars.

Parées de leur uniforme orange, deux femmes arpentent une ruelle à Pointe-aux-Piments sous un soleil de plomb. Chapeaux vissés sur la tête, gants et panier en main, bottes aux pieds, Shyama Ramlauth et Rakhee Beeharry ne font pas de quartier aux déchets. En quelques secondes, les poubelles s’évident et les ordures sont englouties par la benne du camion de service. Ainsi s’écoule le quotidien de ces femmes éboueuses de la firme Maxi Clean.

«Chaque matin, je me réveille vers 3 heures du matin. Je prépare le repas. Puis, vers 4 h 30, je sors de la maison pour que le camion me récupère», confie Shyama Ramlauth. Âgée de 40 ans, cette habitante de Bel-Air-Rivière- Sèche est également maman de trois enfants. Ces derniers ont entre 11 et 19 ans.

Le véhicule met alors le cap sur Grand-Baie pour le transfert régional selon le cahier des charges. Ainsi, dès 6 heures, elle donne des coups de pelle, de pics et soulève les ordures. «Ce n’est pas tant un métier difficile. Il faut aimer la profession. De plus, on travaille en équipe», confie-t-elle. L’équipe est composée de cinq hommes qui leur prêtent main-forte lorsque les déchets s’avèrent plus volumineux.

«On tombe souvent sur des appareils électroniques usagés, des réfrigérateurs, des fours, des arbres et clôtures découpés, des matelas, etc. Si on n’arrive pas à les enlever, nos collègues sont là en renfort», poursuit Shyama Ramlauth. Employée depuis huit ans, elle avait débuté par le nettoyage des plages. Au terme du contrat, elle est tombée dans le service de voirie. Un domaine qu’elle semble bien maîtriser aujourd’hui. «Depuis deux ans, je ramasse des ordures. Quand j’ai commencé, nous n’étions qu’à trois. Aujourd’hui, davantage de femmes y adhèrent, ce qui est une bonne chose. C’est un travail honnête et rémunéré selon les règlements de l’État», ajoute-t-elle.

«On nous regarde différemment…»

De son côté, Rakhee Beeharry, 43 ans, compte une année de service. «Avant, je travaillais comme employée de rayon dans un supermarché. Le salaire n’était que de Rs 4 500. Je voulais trouver un emploi mieux rémunéré», explique-t-elle. C’est ainsi qu’elle a trouvé la voirie. Au départ, le «scavenging» lui paraît difficile. «Qu’il pleuve ou qu’il fasse très chaud, vous êtes dehors. Vous devez travailler en tout temps. Au supermarché, j’étais à l’intérieur. Mais je me suis vite adaptée.»

En semaine comme en week-end, ces femmes éboueuses n’hésitent pas à mettre la main aux ordures. Même si les regards d’autrui sont parfois durs. «Parfois en chemin, des gens nous disent que ce n’est pas un métier pour une femme surtout avec les déchets, les odeurs, etc. Pour nous, c’est impératif de nous assurer que les enfants ne manquent de rien. Et tant que nous pourrons, nous continuerons. C’est un bon travail», lâche Rakhee Beeharry.

Pour Gina Cassy, 53 ans, femme éboueuse d’Atics, la saleté n’a qu’à bien se tenir. Elle compte bientôt 16 ans de service dans le nettoyage. Et avant cette spécialisation, elle a été représentante de vente et marchande ambulante. Depuis cinq ans, elle ne jure que par l’enlèvement des déchets. «Comme je faisais du nettoyage industriel, je n’ai fait qu’un bond vers l’extérieur. Mais bien sûr, le type de déchets est différent. C’est ce qui était difficile au départ. Car dans les bureaux, nous ramassons surtout des papiers. Dans les maisons et en pleine rue, les ordures ménagères sont plus délicates», avoue-t-elle.

Au sein de son équipe composée de huit personnes, Gina Cassy est la seule femme. Elle se réveille également aux aurores pour attaquer ses journées. Dès 6 h 15, elle effectue le trajet de Dubreuil à Curepipe. Ensuite, elle démarre avec la collecte d’ordures à Floréal. «Parfois, il y a des réflexions. On nous regarde différemment car on est une femme. Mais cela ne m’affecte pas. Nous avons un standing et portons nos uniformes et matériel de protection», précise la quinquagénaire. Avec toutes ces années de service à son actif, elle compte bien poursuivre sur cette voie : «Ailleurs, il faudrait tout recommencer à zéro. Je veux continuer à évoluer dans le métier.»

Selon Roshun Ramdenee, Human Resource Manager chez Maxi Clean, ce secteur est plus porteur chez les femmes actuellement. «Nous avons des centaines d’employées. Nous sommes contents de voir leur intérêt pour assurer le service de voirie, de nettoyage des toilettes et des lieux publics comme les plages. Et pour le ramassage d’ordures, les femmes sont très productives. Elles ont exactement les mêmes conditions de travail que les hommes.» Cela implique donc un travail à raison de six jours, soit de 40 heures par semaine.

Ce constat est partagé par Raj Essoo, Managing Director d’Atics : «Le nombre de recrues à ces postes a augmenté. Avant, les femmes travaillaient plus à l’entretien et pour le balayage des plages. Désormais, elles n’hésitent pas à être sur le camion». Travaillant jusqu’à 15 heures, ces femmes éboueuses retrouvent ensuite la voie de leur demeure, où un repos bien mérité et des retrouvailles familiales les attendent.

En chiffres

En 2017, 3 759 personnes étaient employées dans le nettoyage des bâtiments et le nettoyage industriel. Le salaire mensuel se situait dans la fourchette de Rs 10 000. C’est ce que révèle le «Digest of Labour Statistics» de 2017.

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