En Afrique du Sud, des petits épargnants anéantis par la faillite d’une banque

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Des papiers de la banque VBS appartenant à un épargnant, Aubrey Mulaudzi, photographiés le 12 décembre 2018 à Thohoyandou, dans le nord de l'Afrique du Sud.

Des papiers de la banque VBS appartenant à un épargnant, Aubrey Mulaudzi, photographiés le 12 décembre 2018 à Thohoyandou, dans le nord de l'Afrique du Sud.

«J’allais à la banque presque tous les jours pour savoir ce qui se passait», raconte Annah Muambadzi, une Sud-Africaine de 65 ans, se rappelant la panique provoquée par la faillite de sa banque, un établissement prisé des petits porteurs.

La banqueroute de VBS, l’an dernier, ne pouvait pas plus mal tomber pour cette mère de famille de la province du Limpopo, dans le nord de l’Afrique du Sud.

Son fils devait se marier et elle devait s’acquitter des frais universitaires d’un de ses enfants.

Annah Muambadzi officiait alors comme trésorière d’un «stockvel», un portefeuille commun entre épargnants qui y contribuent mensuellement.

«Les femmes (du stockvel) ont commencé à me regarder avec suspicion, pensant que j’avais volé leur argent», se rappelle-t-elle, «ça a cassé la confiance entre nous».

L’effondrement de VBS, résultat d’un pillage organisé par 53 personnes et sociétés à hauteur de 117 millions d’euros, a provoqué une véritable onde de choc en Afrique du Sud.

VBS, c’était la banque de nombreux épargnants modestes, ce qui lui valait le surnom de «banque des pauvres».

Devant l’ampleur du scandale, la Banque centrale sud-africaine a été contrainte d’intervenir et de garantir jusqu’à 6.100 euros à chacun des 23.000 clients de VBS.

Annah Muambadzi, qui avait très peu d’économies, a récupéré sa mise. Mais ceux qui avaient une épargne plus importante ont laissé pas mal de plumes dans l’affaire.

«J’attends toujours mon argent», se lamente Elwani Khuba, professeur d’université à la retraite qui avait épargné pour ses enfants et petits-enfants. «C’est tellement déchirant.»

VBS avait été lancée en 1982 aux heures sombres de l’apartheid, au moment où la majorité noire avait peu ou pas accès aux banques.

Mais l’an dernier, l’établissement s’est retrouvé à court de liquidités, provoquant l’un des plus gros scandales de corruption en Afrique du Sud depuis la fin du régime de l’apartheid, il y a vingt-cinq ans.

«Braqueurs de banque»

VBS est «corrompue et pourrie jusqu’à la moelle», a expliqué sans détour la Banque centrale dans un rapport explosif intitulé «L’immense casse de la banque».

Selon des journalistes d’investigation locaux, certains de ses responsables ont puisé dans les caisses de la banque pour s’offrir des voitures de luxe et des voyages en hélicoptère.

«C’était des criminels comparables à des braqueurs de banque, la seule différence est qu’ils portaient des mallettes et de beaux costumes Armani», a estimé Anoosh Rooplal, l’administrateur de VBS, dont la justice a ordonné la fermeture.

Cette fraude a coûté cher, très cher à Aubrey Mulaudzi, un mécanicien installé à Thohoyandou (nord).

Pendant deux décennies, son garage à la devanture rose était incontournable pour les automobilistes de cette ville du Limpopo aux routes criblées de nids de poule. Plus maintenant.

La banqueroute de VBS «a ralenti notre activité, fait chuter nos revenus», raconte-t-il, expliquant n’avoir pas eu d’autre choix que de licencier la moitié de ses 26 employés.

Aubrey Mulaudzi avait commencé à économiser chez VBS en 1987. «Mon père, ma mère étaient aussi à la banque», explique le quinquagénaire en essuyant, sur un chiffon, ses mains pleines d’huile.

Avec la faillite de VBS, les économies d’une vie se sont envolées. Il a perdu 124.000 euros.

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa, arrivé au pouvoir début 2018 avec la promesse d’éradiquer la corruption, a bien promis de «poursuivre les responsables» du fiasco VBS mais, à ce jour, personne n’a été arrêté.

Le parti au pouvoir, le Congrès national africain (ANC), éclaboussé par de nombreux scandales lors de la présidence de Jacob Zuma (2009-2018), a pour sa part suspendu 14 maires soupçonnés d’être mêlés à l’affaire VBS.

Pas suffisant, juge Aubrey Mulaudzi, qui fait un lien direct entre le scandale et le manque criant de services publics dans son village d’Hamutsha. Ici, rares sont les habitants qui ont accès à l’eau courante et à l’électricité.

«Les gens vont à la rivière pour trouver de l’eau», dénonce-t-il, avant d’asséner: «L’argent était là, mais les responsables politiques font joujou avec la vie des gens.»

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