Secteur en crise: comment sauver le textile…

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Au jardin de la Compagnie hier, des ouvriers sont venus rechercher des réponses à leurs nombreuses questions.

Au jardin de la Compagnie hier, des ouvriers sont venus rechercher des réponses à leurs nombreuses questions.

À ce jour, une entreprise, Palmar Ltée, a été liquidée et une deuxième, Future Textiles, de Ram Mardemootoo, a été mise en «receivership». Une troisième, Tex Wash, dont les associés sont Ram Mardemootoo et Bernard Maigrot, pourrait mettre la clé sous le paillasson dans les jours à venir. À plus brève échéance, quatre entreprises de textile enregistrées auprès de la Mauritius Export Association (MEXA) pourraient leur emboîter le pas si l’on se base sur un test de solvabilité à un moment précis de leur vie comptable. Résultat des courses : quelque 3 000 travailleurs pourraient potentiellement se retrouver sur le pavé si le gouvernement reste inactif face à ce drame industriel dont les effets collatéraux pourraient atteindre de nombreuses familles.

Bien qu’il ne connaisse pas de manière détaillée les problèmes auxquels font face les entreprises en difficulté actuellement, Amédée Darga, directeur de StraConsult et ancien président d’Enterprise Mauritius, rappelle que la crise dans le secteur est cyclique. «Ce n’est pas la première fois que le secteur fait face à des crises. Des crises, il y en a eu dans les années 70, 80 et en 2008», explique-t-il.

Le textile est confronté à deux principaux défis tant à l’international qu’au niveau local, poursuit-il. Sur le plan international, les opérateurs mauriciens assistent à une «évolution dans le caractère» de leurs principaux marchés alors qu’au niveau interne, les entreprises font face à des problèmes relatifs à la productivité ainsi qu’à une hausse des coûts de production, entre autres. Les crises étant cycliques, il est donc possible d’en déceler les signes précurseurs en amont, avance Amédée Darga.

Or, il se dit «fortement étonné» que les autorités concernées n’aient pas eu vent de la situation afin d’agir le plus tôt possible pour endiguer la crise. De souligner que lorsqu’il était chez Enterprise Mauritius, des membres du personnel suivaient régulièrement la situation dans l’industrie à travers des rencontres avec les entreprises, les ministères ainsi que les autres parties prenantes,ce qui permettait d’anticiper les crises. «Je suis très étonné qu’il n’y ait pas eu un seul mot de la part du ministère de l’Industrie sur le sujet. Il aurait dû y avoir une réaction à ce jour», soutient Amédée Darga.

Dans les milieux proches du ministère, l’on fait ressortir que des fonctionnaires font des suivis auprès des entreprises de manière continue. De faire ressortir qu’il faut analyser la situation au cas par cas et ne pas attribuer les problèmes actuels à l’ensemble de l’industrie.

L’AXE Mada-Maurice

Contactée, la MEXA ne souhaite pas faire de commentaire pour l’heure. L’association souligne qu’elle travaille en étroite collaboration avec le gouvernement sur ce dossier.

La MEXA a soumis une série de recommandations pour relancer le secteur à Maurice dans son dernier mémoire budgétaire en 2018. Sa vision : faire de Maurice un «Fast-Fashion, Regionally Integrated Textile & Apparel Hub». L’objectif étant de transformer la tendance vers la délocalisation en opportunité pour le secteur du textile et de l’habillement au niveau local.

«Les exportations du textile et de l’habillement ainsi que le nombre d’opérateurs ont considérablement chuté en 2016», observe la MEXA. La principale raison de ce déclin est la délocalisation de certaines entreprises textiles vers Madagascar. À 2018, les entreprises textiles mauriciennes contribuaient à 80 % de la valeur totale des exportations de l’habillement de Madagascar. «Les exportations textiles de Maurice et Madagascar combinées donnent un chiffre d’affaires de Rs 60 milliards par an», souligne l’association.

Raison pour laquelle la MEXA y voit une réelle opportunité pour le secteur à Maurice. «Combinée aux atouts de l’industrie à Madagascar, notre région est devenue une option d’approvisionnement viable qui offre une réponse rapide, qualitative et conforme aux normes sociales que requièrent de nombreux clients sophistiqués du monde entier.»

Par la suite, décision a été prise de se rendre devant le PMO.

Test de solvabilité

Maurice possède donc toutes les caractéristiques pour devenir un hub régional pour le secteur textile dans l’océan Indien, selon la MEXA. Pour ce faire, elle recommande que le volet des services soit domicilié à Maurice, soit les tests en laboratoire, l’expertise technique ou encore le marketing, entre autres. De plus, l’association est d’avis que la confection d’habillement de gamme plus basse devrait être effectuée sur la Grande île, alors que les produits de gamme moyenne ou haut de gamme devraient être fabriqués à Maurice, exploitant ainsi l’axe Maurice-Madagascar. La liste des entreprises de l’industrie du textile en danger risque potentiellement de s’allonger si l’on se base uniquement et spécifiquement sur leur bilan financier. L’initiative de cette analyse revient au bureau du Registrar of Companies. Un test de solvabilité réalisé auprès de 32 entreprises enregistrées auprès de la MEXA démontre ainsi que quatre d’entre elles se trouvent en posture embarrassante. Ce qui signifie qu’à un moment donné, elles ont eu du mal à honorer leurs obligations à partir des moyens disponibles au niveau de leur trésorerie. Ces entreprises sont Jack Tellor International Ltd, Nouvelle Lingerie Mauricienne Ltée, le Tricot Ltée et Tara Knitwear.

Il faut toutefois préciser que l’analyse du bureau du Registrar of Companies concerne les comptes pour des périodes spécifiques. Pour Jack Tellor International Ltd et la Nouvelle Lingerie Mauricienne Ltée, cette analyse concernait l’exercice financier se terminant au 31 mars 2018 et 31 décembre de 2016, respectivement. L’exercice financier pour Tricot Ltée et Tara Knitwear se terminait au 31 mars 2016 et 31 décembre 2017, respectivement.

Leur caractéristique commune est que la valeur totale de leurs passifs, c’est-à-dire les obligations envers les actionnaires et les créanciers à court et moyen termes, est bien au-dessus de la valeur de leurs actifs. Ceux-ci se rapportent aux actifs convertibles pouvant être convertis en liquide dont dispose une entreprise. Parmi, la valeur du stock, le montant des dettes non réglées de la clientèle et le montant des biens immobilisés. Si l’actif net est négatif, il est clair que l’entreprise n’a pas les ressources propres pour financer ses besoins.

Un test de solvabilité négatif à un moment donné ne veut pas nécessairement dire que l’entreprise va fermer ses portes. Elle a certes des difficultés mais celles-ci ne sont pas irréversibles. Les actionnaires peuvent décider de faire un effort et augmenter le capital de l’entreprise. Ayant reconnu le potentiel d’une entreprise à réaliser des bénéfices, une banque peut décider de lui consentir des emprunts. La preuve est que dans le répertoire du bureau du Registrar, Jack Tellor International Ltd, Nouvelle Lingerie Mauricienne Ltée et Tara Knitwear sont bel et bien en place. Seul le nom de Tricot Ltée est introuvable.

De la même façon, un certificat de solvabilité positif n’est pas une garantie que tout est pour le mieux. L’analyse du bureau du Registrar, par exemple, sert un certificat de solvabilité à Future Textiles en se basant sur le bilan pour la période se terminant au 30 juin 2018. Un peu plus de six mois après, Future Textiles fait l’objet d’une procédure de mise en liquidation judiciaire.

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