Valorisation des femmes au travail: mode d’emploi

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Le monde du travail devrait davantage s’adapter aux femmes, avance-t-on.

Le monde du travail devrait davantage s’adapter aux femmes, avance-t-on.

«Si les institutions du pays, publiques et privées, prônent et s’engagent pour la non-discrimination homme-femme à tous les niveaux, ce serait déjà un grand pas pour le pays», estime Dhanjay Jhurry, vice-chancelier de l’université de Maurice (UoM). En cette Journée internationale des femmes, leur évolution est au coeur des débats. Les statistiques de l’UoM compilées pour l’événement mettent en lumière plusieurs aspects positifs sur la question.

Dans l’emploi, par exemple, à l’UoM, 53,5 % du personnel est composé de femmes, et 46,4 % plus précisément sur le plan académique. En termes de formation, 50,5 % de la population estudiantine de premier cycle (pour des diplômes et licences universitaires) comprend des femmes. Ce taux est plus élevé pour le second cycle (maîtrise et doctorat), avec 55,8 % de femmes. Et sur 198 étudiants inscrits au doctorat, 104 sont des femmes.

Quelles sont les filières académiques qui attirent davantage les femmes à Maurice ? Selon l’UoM, la majorité, soit 2 263 femmes, adhère aux programmes de la faculté de Law and Management ; suivie de celle des Sciences sociales, avec 1 187 de femmes ; et la faculté des Sciences, avec 573 inscrites. D’après le vice-chancelier, un sondage démontre que 72,1 % de diplômées décroche un emploi en moins de six mois ; et 90,2 % y parviennent en moins d’une année.

De plus, divers secteurs s’avèrent prolifiques pour les femmes. Ainsi, durant les cinq dernières années, une concentration d’emploi est notée dans l’éducation (18,6 %), les services financiers (16,1 %), l’informatique (8,5 %) et la santé (4 %).

Concept «Work from home»

De manière plus globale, Mala Chetty, chef d’entreprise et ancienne présidente du National Women Entrepreneur Council, affirme que le Forum économique mondial classe Maurice à la 127e place pour la participation des femmes à la vie économique, à la 120e place pour l’exercice du pouvoir politique et à la 74e place pour l’accès à l’éducation.

Toutes ces données reflètent- elles la réalité ? Pour Patricia Day-Hookoomsing, Managing Director de Consultancy Company Ltd, aujourd’hui, plus de femmes évoluent dans les services financiers. Néanmoins, dans d’autres domaines tels que l’agriculture, le textile, l’entrepreneuriat ou encore les services de nettoyage, non seulement les postes sont éliminés mais ils nécessitent de basses qualifications. Paradoxalement, ces mêmes secteurs emploient beaucoup de femmes.

«Toute la question des femmes de plus de 40 ans n’ayant pas bénéficié d’un niveau d’études plus élevé est restée sur le pavé. Quelle image renvoie-t-on aux jeunes ?» lâche Patricia Day-Hookoomsing. Selon Statistics Mauritius, les femmes au chômage sont plus qualifiées que leurs homologues masculins. Quant aux salaires, un écart considérable est noté entre les deux sexes, soit à Rs 16 800 en moyenne pour la femme contre Rs 22 300 pour l’homme en 2017.

Comment y remédier ? Pour Patricia Day-Hookoomsing, une meilleure valorisation de la femme repose sur l’éducation. «Il faut qu’elle soit maintenue chez les filles pour que cela profite à tous les secteurs… Regardez les femmes en poste aujourd’hui dans ces domaines. Elles possèdent des licences en finances. Il faut continuer.» En dépit de ces progrès, «il faut rendre la femme plus autonome. Elle doit être plus indépendante financièrement», soutient Mala Chetty. Pour elle, c’est le monde du travail qui doit davantage s’adapter à la femme.

«Comme elle est au four et au moulin et occupe plusieurs rôles à la fois, le concept de work from home peut l’aider à trouver son équilibre affectif, familial et financier», soutient l’ancienne présidente du National Women Entrepreneur Council. Et cette revalorisation est une affaire de tous. Pas juste une histoire de femmes. Pour Lindsey Collen, de Ledikasyon Pu Travayer, il faut agir au niveau des hiérarchies : «C’est là où la patriarchie réside encore avec rigidité. Nous sommes faibles sur cette question de hiérarchies. Il faut briser cela.»

De son côté, Viksha Vinaaya, Customer Success Manager chez GoFluent, demeure persuadée que pour être valorisée, la femme doit avoir accès à la technologie. «Je cite l’exemple de Michelle Obama, qui n’a pas été que l’épouse de l’homme le plus puissant du monde. À travers les réseaux, elle a été active et s’est créé un nom. Aujourd’hui, on parle bien plus d’elle que de Barack Obama.» De poursuivre : si les femmes ont accès à la technologie, leur présence dans toutes les strates professionnelles de la vie sera plus visible.

D’ailleurs, parlant de la technologie, John Malepa, Managing Director d’Accenture, évoque plusieurs actions prises pour valoriser la parité homme-femme. «Notre académie vise à former 50 % de femmes aux métiers de l’informatique. Nous allons également créer un programme de perfectionnement du leadership pour les femmes et oeuvrer pour la parité au sein de notre exécutif d’ici 2022», soutient-il.

Pour Paula Lew Fai, psychosociologue, il est impératif pour la femme de se recycler constamment. Le multi-skilling est un atout pour valoriser davantage la gent féminine. «Il faut s’ouvrir aux différences et s’enrichir en connaissances. Pour les nouvelles générations, il faut apprendre au mieux des nouvelles possibilités.»

L’origine du 8 mars

Dans de nombreux pays du monde, le 8 mars est décrétée Journée internationale «de la» femme. Si les médias la dénomment ainsi, officiellement, son appellation est la Journée internationale «des femmes», selon l’Organisation des Nations unies. Et dans d’autres pays, comme la France, elle est connue comme la Journée internationale des droits des femmes. Quelle en est l’origine ? Tout d’abord, le 8 mars est issu des luttes féministes menées sur les continents européen et américain. En fait, le 28 février 1909, la «National Woman’s Day» était célébrée aux États-Unis à l’appel du Parti socialiste d’Amérique. En 1910, suivant la proposition de Clara Zetkin, députée allemande, la société féministe l’Internationale socialiste des femmes célèbre la première «Journée internationale des femmes» le 19 mars 1911. Du côté des Nations unies, la journée est officialisée en 1977.

Santé féminine: des améliorations plus que nécessaires

Un autre moyen de valorisation est l’amélioration de la santé féminine, estime Patricia Day-Hookoomsing. «Beaucoup de femmes sont touchées par le cancer. Idem pour le diabète. Il faudrait être mieux équipé. Une femme en bonne santé symbolise que la famille aussi se portera bien.» D’ailleurs, selon les données de Statistics Mauritius, en 2017, 25 % des décès liés au diabète concernaient les femmes. Ce taux était de 22 % chez les hommes. Selon notre interlocutrice, des améliorations doivent s’étendre sur la sécurité des femmes, précisément sur l’impact des fléaux tels que la drogue, la prostitution et le VIH.


Au moins Rs 18 000 pour un appareil auditif

Procédures compliquées, longues attentes et manque de finances. En cette Journée mondiale de l’audition observée aujourd’hui, Marian Sumun, qui gère l’École des sourds à Beau-Bassin, nous fait comprendre que parmi ceux qui souffrent de surdité, certains font toujours face à des difficultés.

Il y a d’abord l’aspect du financement. Selon Marian Sumun, des familles de classe moyenne dont le budget mensuel dépasse le barème imposé par le ministère de la Sécurité sociale – environ Rs 20 800 – n’obtiennent pas d’aide financière du gouvernement. «Elles n’ont pas suffisamment de moyens pour se tourner vers des institutions médicales du privé et au final, la personne malentendante de la famille ne porte pas d’appareil», déplore Marian Sumun.

Les appareils deviennent de plus en plus sophistiqués et moins visibles.

Linda François, ex-enseignante dans une école spécialisée et interprète en langue des signes, souligne que «le plus tôt qu’un enfant malentendant porte un appareil auditif, le mieux c’est». Elle précise que tout dépend des moyens financiers des parents. «Ceux qui peuvent se le permettre se tournent vers des institutions médicales privées pour l’achat d’audioprothèses.»

Elle ajoute que les appareils auditifs ne sont pas fabriqués à Maurice. Ils sont importés d’entreprises privées à l’étranger. Viennent alors les commandes. Celles-ci passent par l’École des sourds, les centres de santé privés ainsi que le ministère de la Sécurité sociale. Une procédure qui peut prendre un à trois ans. À noter que lorsque les commandes passent par le ministère, l’appareil est gratuit.

Linda François explique que les trois établissements mentionnés plus haut offrent les services d’ajustement ou des réparations mineures. Les opérations plus pointues s’effectuent à l’étranger chez les fabricants.

Les deux types d’appareils disponibles sont l’audioprothèse intra-conduit et la prothèse auditive contour d’oreille. Ils ont la même fonction et sont utilisés pour les trois types de déficience auditive : légère, moyenne ou profonde. Les ajustements sont effectués en fonction du degré de surdité.
 
Il existe aussi l’implant cochléaire qui permet au son d’être transféré vers le nerf auditif, permettant ainsi d’entendre. Néanmoins, cela nécessite une opération car il doit être implanté dans le crâne. Toujours selon Linda François, pour bénéficier d’un appareil d’auditif, «il vous faut détenir un certificat médical après avoir effectué un test auditif via un audiogramme pour déterminer le degré de surdité».

Quid du prix de ces appareils ? Il faut compter entre Rs 18 000 et Rs 90 000, dépendant du modèle car ils deviennent de plus en plus sophistiqués et moins visibles.

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