Jeunes et drogues: quelles actions en cours ?

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Le cursus «Get Connected» a permis une incursion dans les écoles secondaires avec le soutien du ministère de l’Éducation.

Le cursus «Get Connected» a permis une incursion dans les écoles secondaires avec le soutien du ministère de l’Éducation.

Sous l’initiative du groupe CIM, un cursus bien ficelé de prévention drogues est actuellement disséminé aux jeunes d’établissements secondaires dès le Grade 8. Dans un même élan, deux structures de prise en charge de mineurs dépendants aux drogues synthétiques ont récemment ouvert leurs portes, l’une gérée par le Centre d’Accueil de Terre-Rouge, l’autre opérant sous le ministère de la Santé et basée à l’hôpital de Montagne-Longue.

Incursion dans les institutions secondaires pour parler avec les élèves

Collège London, Port-Louis, le jeudi 14 février. Assis en cercle, un groupe d’élèves de Grade 8 s’apprête à assister à sa 5e session du programme Get connected, destiné à leur parler de drogues selon un cursus pensé par la United Nations Office on Drugs and Crime (UNODC) et disséminé vers mi-2018 à une cinquantaine de personnes du secteur étatique et associatif lors d’une formation «Train the Trainers».

Ce programme, interactif et ludique, a été dessiné pour répondre au mieux aux besoins de prévention drogues chez les jeunes de 12-16 ans selon les réalités mauriciennes. Il met de l’avant une collaboration initiée par le groupe CIM et établie avec les organisations non gouvernementales (ONG) mauriciennes et le ministère de l’Éducation sous son Health and Wellness Directorate, dans le cadre d’une action plus large lancée par le groupe CIM en mai 2018, le «Drug Use Prevention Programme».

Officiellement implémenté depuis la mi-janvier 2019, Get Connected vise 48 institutions secondaires publiques et privées à Maurice et huit à Rodrigues et les animateurs formés par la UNODC sont à ce jour déjà bien lancés dans les 24 interventions prévues dans chaque école sur une durée de 12 semaines.

Exposer des concepts visuels et exemples concrets

C’est le centre Idrice Goomany qui intervient au collège London en ce jeudi 14 février, en plus d’avoir sous sa responsabilité des interventions à l’école Labourdonnais de Vallée-des-Prêtres et le DAV de Port-Louis. «Le cursus a été défini selon les besoins des jeunes, ce qui nous pousse à entrer dans leur univers en utilisant leurs propres codes de communication», explique Samad Dulloo, du centre Idrice Goomany. Un challenge intéressant, car cela implique l’utilisation de concepts visuels et d’un langage simple et accessible, dans une limite de temps ne dépassant pas une heure, indique-t-il.

Ainsi, au début de cette 5e session axée sur la cigarette, l’embouchure d’une bouteille remplie d’eau et tenue à la verticale est bloquée par une cigarette retenue à l’aide de pâte à modeler. La cigarette est allumée et le bas de la bouteille en plastique est percée d’un coup sec avec un cutter. Pendant que l’eau se vide par le bas dans un seau et que le niveau de l’eau dans la bouteille baisse à vue d’oeil, la cigarette est rapidement consumée et l’eau dans la bouteille fait place à une épaisse fumée blanchâtre.

Rajeshri Moher, CSR Lead du groupe CIM.

Cet exemple visuel bien en main, l’intervenant illustre ainsi la place que prend la fumée de cigarette dans le corps humain. S’ensuit alors une intervention d’environ un quart d’heure mettant en avant des chiffres clés tels que les 4 000 produits chimiques présents dans la cigarette, ainsi que des infos relatives à l’industrie du tabac.

Basé sur ces informations, un jeu de rôle impliquant lesélèves eux-mêmes simule une scène dans une cour de justice en opposant, devant un jury fictif, les plaidoiries d’un représentant de l’industrie du tabac à celles d’un représentant de la lutte anti-tabac. Une manière de les aider à assimiler les enjeux clés exposés lors de la session.

Samad Dulloo et Norman Tambanivoul, du Centre Idrice Goomany, formés sous le cursus «Get connected».

Outre le Centre Idrice Goomany, les autres ONG embarquées dans ce programme sont le Centre d’Accueil de Terre-Rouge et le Centre de Solidarité pour une Nouvelle Vie.

Une réflexion débutée il y a deux ans

Rajeshri Moher, CSR Lead du groupe CIM, exprime une certaine satisfaction du déroulement des interventions jusqu’à présent. Ce travail a débuté il y a deux ans, et découle du désir du groupe de faire quelque chose en réponse aux appels des recteurs d’institutions secondaires quant à la situation des drogues synthétiques dans leurs établissements, explique-t-elle. «Avant de nous lancer, nous avons-nous-mêmes effectué un travail de recherche sur une durée de six mois afin de mieux comprendre la question des drogues synthétiques et de voir ce que nous pourrions faire sur une dimension multi-sectorielle. Nous avions compris dès le départ qu’il nous faudrait le concours des ONG et l’engagement du ministère de l’Éducation afin que toute démarche entreprise apporte des résultats positifs. De plus, nous voulions aller au-delà d’une simple campagne de sensibilisation ou de prévention. Nous souhaitions travailler sur une action structurée, porteuse d’une visée long-terme, et axée autour des compétences de vie du jeune.»

L’objectif du «Drug Use Prevention Programme» étant de solidifier le tissu social en développant au sein des jeunes citoyens un esprit de résilience. Le programme est porté par le CIM CSR Fund Ltd, véhicule de responsabilité sociale du groupe CIM.

Centre de jours pour mineurs dépendants, lancé par le CATR

Le centre frère René Guillemin, inauguré en décembre et officiellement opérationnel depuis début février, propose une prise en charge de mineurs dépendants aux drogues synthétiques (14-24 ans). Avec une approche thérapeutique centrée sur des pôles bien définis : écoute et accompagnement ; santé ; réinsertion et réhabilitation sociale (considérer le milieu d’où vient le jeune afin de le réinsérer et le garder autant que possible en connexion avec le circuit scolaire) ; et un système d’accueil de jour (non-résidentiel).

Cette antenne du Centre d’Accueil de Terre-Rouge (C.A.T.R.), qui a une capacité d’accueil de 10-15 jeunes à la fois, vise ainsi une approche émotionnelle, physique et sociale, s’inspirant de techniques thérapeutiques existantes à Madagascar et mises en place par l’Ordre Hospitalier Saint Jean de Dieu, avec notamment un gros volet consacré à l’art-thérapie ou à la thérapie occupationnelle.

L’équipe du centre frère René Guillemin lors d’une des premières rencontres avant le lancement des services.

C’est d’ailleurs avec l’aide de ce même organisme que le C.A.T.R. s’est lancé dans l’implémentation des services du centre frère René Guillemin à Rivière-Citron, Pamplemousses. Pour aider à opérer ce centre, l’Ordre Hospitalier de Saint Jean de Dieu a envoyé deux de ses frères indiens formés dans le circuit médical (dont la psychologie pour l’un des deux) auprès de l’équipe du C.A.T.R.

Si le centre ne se destine pour l’heure qu’à la prise en charge de garçons de moins de dix-huit ans, l’équipe pense à élargir ses services aux filles mineures dépendantes aux drogues synthétiques, le besoin étant tout aussi présent, note Judex Deruisseau, membre du C.A.T.R. et directeur des programmes du centre Frère René Guillemin. Plusieurs autres projets sont envisagés pour ce centre, notamment un aspect prévention qui mènera l’équipe affectée à se rendre dans des établissements scolaires pour une rencontre avec les jeunes.

D’ailleurs, le C.A.T.R. réfléchit à une prochaine révision de son plan d’action général afin de s’aligner à l’approche mise en place au Centre Frère René Guillemin. «Le profil des dépendants a beaucoup changé et nous nous devons de nous adapter à eux afin de maximiser notre impact», explique Judex Deruisseau.

L’art-thérapie est l’un des points centraux de l’approche adoptée au centre Frère René Guillemin.

À noter que dans le but d’aménager et de rendre son nouveau centre pratique et vivant, le C.A.T.R sollicite la générosité du public pour un don des items suivants : plaque à gaz, bonbonne de gaz ; ustensiles de cuisine, Rice Cooker, micro-ondes, bouilloire ; casiers de rangement (Lockers) ; placards ; ventilateurs ; réfrigérateur ; petites marquises ; tabourets ; tables pliantes ; serviettes ; tapis ; nappes ; items de décoration intérieure ; grosses poubelles.

Parmi les rapports, études, conseils et commissions

Au début de l’année, un «National Drug and HIV Council» a été mis sur pied sous le bureau du Premier ministre, avec des représentants du secteur privé, de l’État, ainsi que de la société civile et sous la présidence du Premier ministre, dans le but de concrétiser des actions préalablement discutées autour de la gestion des drogues.

Le rapport de la Commission d’enquête sur les drogues dresse un bilan de la situation sur les drogues de manière générale, en proposant des recommandations sous des volets de prévention, traitement et réhabilitation (en évoquant notamment le besoin d’un centre pour les jeunes).

Le «National Drug Control Master Plan» auquel ont participé plusieurs instances non gouvernementales et étatiques ainsi que des experts internationaux, notamment l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime, a été soumis au bureau du Premier ministre et attend d’être implémenté.

Nénuphar, autre centre pour toxicomanes en bas âge

Le Centre Nénuphar a été officiellement lancé par le ministère de la Santé et de la qualité de la vie en octobre 2018 dans l’enceinte de l’hôpital de Montagne-Longue. Cela, afin d’offrir une prise en charge pluridisciplinaire aux mineurs dépendants aux drogues synthétiques. Centre Nénuphar : 246-1192

Contacts utiles pour une prise en charge

  • Centre d’accueil de Terre-Rouge (C.A.T.R.) – accueil de jour et résidentiel pour des personnes majeures et accueil de jour pour des mineurs) : 249-5339 / 248-7041
  • Centre Idrice Goomany (accueil de jour pour les plus de 18 ans) : 242-3016
  • Centre de Solidarité pour une Nouvelle Vie (accueil de jour à Rose-Hill – et résidentiel à Solitude, pour les plus de 18 ans) : 464-9980
  • Chrysalide (accueil résidentiel pour les femmes de plus de 18 ans dépendantes aux drogues et à l’alcool) : 452-5509
  • AILES (prise en charge de personnes de plus de 18 ans) : 696-2118
  • Groupe A de Cassis - Lacaz A (accueil de personnes dépendantes aux drogues) : 212-7541
  • Groupe Renaissance Mahébourg (Accompagnement et suivi psychosocial de personnes dépendantes aux drogues) : 689-0173
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