Ouverture de la pêche à Rodrigues: les mulets et les malins pêcheurs

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«Tac ! tac ! tac !» Les tolets tambourinant contre la coque des pirogues font un bruit à faire paniquer les poissons. Une vingtaine de bateaux en demi-cercle se déplacent côte à côte vers une longue senne, qui dépasse la surface de l’eau vert émeraude. L’un des pêcheurs fait de grands signes de la main : il ordonne aux bateaux de touristes et aux curieux de ne pas observer uniquement. «Rant dan bataz!» crie-t-il. Les plaisanciers se joignent aux pêcheurs pour rabattre les poissons vers le filet.

Tout commence ce vendredi 1er mars. Le coup d’envoi de la saison de la pêche à la senne est donné à Camp-Pintade, à quelques kilomètres de Plaine-Corail. Le soleil vient à peine de se lever. Toutes voiles dehors, les pirogues glissent sur l’eau pour prendre le large. Sur le bateau de tête, un homme arborant un gilet jaune se distingue des autres pêcheurs, qui font des blagues entre eux. Lui est très concentré. Son visage ridé et son âge avancé laissent deviner que c’est le chef, une responsabilité qui se transmet de père en fils. D’ailleurs, il choisit où placer le filet.

En un rien de temps, une senne faisant plusieurs mètres de long est jetée dans l’eau par quatre bateaux, tandis que les autres se dispersent. Elle est également soutenue par des perches pour être tenue en l’air. Étrange ? Non, pas du tout, il ne faut pas négliger l’intelligence des mulets.

Dans un mouvement coordonné, les autres bateaux font leur part de travail. Au fur et à mesure que le temps passe, le piège se referme et les «tac» «tac» « tac» deviennent encore plus forts. Les mulets cèdent à la panique. Ces pois- sons, reconnaissables par leurs écailles argentées sont aussi des experts en haute voltige. Ils croient pouvoir échapper aux mailles tendues au fond l’eau en les sautant, mais malins sont les hommes de la mer. Le piège est également dans l’air.

Des malins, il y en a également de l’autre côté des filets. Quelques bateaux, avec des touristes ou des curieux, s’alignent le long de la senne, espérant qu’un poisson malheureux tombe dans leur barque en faisant le saut. Ils repartiront bredouilles. Mais pas les pêcheurs. Ils hissent le filet à bord de deux pirogues. La pêche est plutôt moyenne. Du mulet, de la carangue et du capitaine seront au menu ce soir.

Debout sur la proue de sa pirogue, le chef pêcheur regarde la prise. Qu’en pense-t-il ? Il ne répondra pas aux questions des journalistes. Comme un vrai chef de tribu, il est occupé à veiller à ce que ses «hommes» aient de quoi nourrir leur famille. Cependant, un pêcheur répond à sa place. «Lamer pa kouma avan», commente-t-il tout en gardant le sourire.

Il n’est pas encore 9 heures. Ce n’est que le premier «bataz». D’autres suivront. Il ne faut pas faire attendre ceux qui patientent depuis six heures du matin. Un bateau à moteur livrera les premières prises à Camp-Pintade aussitôt que chacun pourra avoir au moins un mulet pour le fameux «bouyon blan».

Patrick St Pierre de Rodrigues

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