Enseignement supérieur: ces pays difficiles d’accès

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Un job fair organisé par l’Overseas Education Centre, en 2016.

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En 2017, 9 157 Mauriciens poursuivaient des études à l’étranger. Si l’Australie et le Canada attirent le plus en raison des avantages qu’ils offrent, d’autres pays peinent à trouver preneurs. Pourquoi ? Quelles sont ces destinations qui se heurtent à ces difficultés ? Tour d’horizon.

La France et La Réunion

Jusqu’à présent, la France et l’île sœur constituent la deuxième destination favorite des Mauriciens pour des études supérieures. Néanmoins, depuis l’an dernier, une nouvelle mesure pourrait avoir une forte incidence sur leur décision et ainsi décourager les Mauriciens à s’y rendre. Il s’agit de la majoration des frais de scolarité pour les étudiants non-européens.

Ainsi, comme annoncé en novembre dernier par les autorités françaises, à la rentrée 2019 les étudiants non-européens devront s’acquitter d’une somme de 2 770 euros pour une inscription en licence. Ces frais étaient de 170 euros jusqu’à tout récemment. Et pour un mastère ou un doctorat, la note est encore plus salée, passant de 243 euros à 3 770 euros. Ce qui revient à 16 fois plus cher. Une difficulté décriée par plusieurs parents. À l’instar de Joseph, âgé de 45 ans. «Ma fille rêve depuis toujours d’étudier en France. D’ailleurs, elle a suivi plein de cours à l’Alliance Française. Et avec ces nouveaux frais, je ne sais quoi faire. Je ne suis pas en mesure de lui payer ses études», déplore le père de famille. De son côté, une mère de famille interrogée songe à contracter un emprunt : «C’est vraiment une grosse augmentation. Mais comme ma soeur vit en France, elle pourra héberger mon fils, ce qui fera des dépenses en moins.» Pour cette destination, les nouveaux coûts pourraient bien porter un coup au portefeuille des parents et des étudiants.

Le Pakistan, la Roumanie et le Singapour

Parmi les pays qui peinent à conquérir les Mauriciens, on trouve un étonnant trio. Le Pakistan, classé 11e sur la liste de la TEC, accueillait 18 Mauriciens en 2017, soit dix en médecine, cinq en soins dentaires et trois en ingénierie. La Roumanie, de son côté, n’affiche sur la liste de la TEC que neuf étudiants mauriciens. Et l’intégralité est inscrite  en médecine. Enfin, Singapour, pourtant une destination développée et renommée, ne détient que six inscriptions. À savoir, quatre en ingénierie, une en science et une en administration et marketing.

L’Angleterre

C’est un pays très prisé par les Mauriciens pour les études de droit. Selon le rapport intitulé Participation in Tertiary Education de la Tertiary Education Commission (TEC), en 2017, 1 500 Mauriciens poursuivaient des études en Angleterre. Mais 270 seulement étaient inscrits en droit alors que 310 pour des formations administratives et 185 en Health Sciences. Dorish Chitson, fondatrice et Managing Director de l’Overseas Education Centre (OVEC), constate une «grande diminution» dans le nombre de Mauriciens qui y font leurs études supérieures. «À l’époque où l’on évoquait l’arrivée du Brexit, les décideurs ne voulaient pas qu’il y ait beaucoup d’étrangers en Angleterre. Mais là, je pense qu’ils vont être plus flexibles car ces étudiants rapportent beaucoup à l’économie.»

Toutefois, certaines conditions découragent sérieusement les Mauriciens. À commencer par le coût. D’après Jessica Balloo, Senior Student Consellor de PTC Education Consultants, «étudier dans une université britannique et avoir un British Degree est le rêve de bon nombre de Mauriciens. Cependant, en raison de la situation financière des parents, certains étudiants n’y parviennent pas. Ils optent alors pour un Undergraduate Degree dans un pays où le coût est moins élevé».

Selon le professeur Sid Nair, directeur exécutif de la TEC, tout pays développé peut être sujet à des frais de scolarité élevés. Et pas uniquement le Royaume-Uni mais aussi les États-Unis, le Canada et l’Australie, cite-t-il à titre d’exemple. «En Malaisie, avec le taux de change, les étudiants peuvent avoir de meilleurs coûts pour les frais de vie», ajoute-t-il.

Outre les frais de scolarité en Angleterre, l’impossibilité de s’y installer après les études constitue une entrave. En effet, les étudiants peuvent travailler à raison de 20 heures par semaine. Mais une fois le programme terminé, ils doivent rentrer au pays car le Royaume-Uni n’alloue pas de permis post-diplôme, précise Dorish Chitson. Cette contrainte joue alors en faveur d’autres pays comme l’Australie et le Canada, qui autorisent l’étudiant à travailler après ses études. De plus, les diplômés peuvent également y faire une demande de résidence permanente, fait ressortir la fondatrice de l’OVEC.

L’Allemagne

Bien qu’elle ne soit pas encore listée parmi les pays favorisés par les Mauriciens, l’Allemagne gagne du terrain. Actuellement, plusieurs campagnes sont menées par Study Ways. Israil Noor, le responsable, avance que l’une des raisons pour lesquelles ce pays est convoité est que les «universités allemandes ne prélèvent pas de frais de scolarité aussi bien pour les étudiants allemands que pour les étrangers, ce qui favorise l’accès pour les familles à moyens revenus».

Cependant, un des défis est la maîtrise de l’allemand d’abord. «Le cours basique en allemand peut être suivi à Maurice au préalable. Il existe plusieurs instituts de formation accrédités par la Mauritius Qualifications Autority. Les niveaux supérieurs de maîtrise de la langue peuvent ensuite être entamés en Allemagne», indique-t-il. 

Selon Israil Noor, il s’agit d’un défi que la plupart des étudiants acceptent de relever afin de pouvoir étudier dans le pays qui allie l’excellence éducative et l’accessibilité financière. Au terme de son programme, l’étudiant peut également y travailler et s’y installer par la suite, avance-t-il. L’Allemagne est cotée pour des études en ingénierie mécanique et électrique, les mécatroniques, les sciences informatiques, entre autres.

La Russie

Au classement de la liste de la TEC, sur 14, la Russie était la 12e destination choisie par les Mauriciens. En 2017, seuls 13 étudiants y poursuivaient des études, dont six en médecine et 3 en architecture. Pourquoi ce faible taux ? «Actuellement, le gouvernement mauricien ne reconnaît pas les universités médicales en Russie. Une liste a été publiée il y a deux ans par le ministre de la Santé d’alors», affirme Ranjit Radhay, représentant du Russian African Centre for University Services. Également président de la Mauritian Russian Friendship and Cultural Organisation, il soutient que cette mesure décourage les Mauriciens à s’y rendre pour leurs études, surtout ceux voulant se spécialiser en médecine. De plus, le climat constitue une autre difficulté.

Selon Ranjit Radhay, en hiver, la température peut chuter jusqu’à -30 degrés. Mais habituellement, la variation oscille entre -7 et -12 degrés. Qu’en est-il de la langue ? La maîtrise du russe est requise. Mais les étudiants disposent d’une année pour leur apprentissage, assure-t-il. D’ailleurs, la formation pour une licence est de quatre ans plus une année pour la langue, ce qui ramène à une durée de cinq ans au total. Et pour le travail ? Durant les deux premières années, l’étudiant ne peut travailler n’étant pas encore à l’aise, linguistiquement parlant. Mais après avoir terminé son programme, il pourra le faire, affirme le représentant du Russian African Centre for University Services. 

Un autre facteur, encourageant cette fois-ci, serait le coût. «Les frais de scolarité annuels varient entre 3 600 et 5 600 dollars américains selon la spécialisation. Tandis que les frais de vie tournent autour de 250 à 300 dollars américains, ce qui est raisonnable», lâche Ranjit Radhay.

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