Judikaël Mistrin, des cheveux aux Jeux

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Judikaël Mistrin, samedi 16 février, à Mahébourg, pour la deuxième étape de Mobilizasyon Moris 19,  à côté des ministres Mahen Jhugroo et Stephan Toussaint.

Judikaël Mistrin, samedi 16 février, à Mahébourg, pour la deuxième étape de Mobilizasyon Moris 19,  à côté des ministres Mahen Jhugroo et Stephan Toussaint. 

Il y a des gens comme ça, anonymes au départ et qu’on finit par voir partout. Des étrangers bien connectés. C’est le cas de Judikaël Mistrin, qui s’est retrouvé sous les feux des projecteurs après une émission de M6, et les révélations sur son passé qui ont suivi. Dorénavant, il évolue dans le giron sportif et les événements autour des Jeux des îles.

Il a été aperçu samedi dernier, dansant sur l’estrade du Mahébourg Waterfront, lors de la deuxième étape de «Mobilizasyon Moris 19» en marge des Jeux des îles de l’océan Indien (JIOI). Judikaël Mistrin est repassé sous les feux des projecteurs après l’émission Zone Interdite diffusée par M6, le 10 février. À La Réunion, où il a opéré en tant que coiffeur professionnel durant de nombreuses années, sa réputation a toutefois pris un sérieux coup, alors qu’il allègue avoir été poussé vers la faillite. Depuis qu’il a fait venir Mikaël Pouvin à Maurice, on le voit partout. Mais la question qui se pose est de savoir comment ce magnat de la coiffure est devenu l’ami de certains dirigeants évoluant dans le giron sportif mauricien.

Il est le lien entre l’organisation évènementielle et le ministère de la Jeunesse et des sports (MJS). Samedi 16 février, lors de la «Mobilizasyon Moris 19» à Mahébourg, Judikaël Mistrin, qui est monté sur scène, micro en main, a produit les chanteurs Dominique Barret et Manu Kdé. Une coïncidence que ces deux chanteurs soient de passage à Maurice justement à cette période. En janvier, c’est Mickaël Pouvin qui a fait une apparition éclair lors de la première mobilisation des JIOI. Ces artistes réunionnais sont des connaissances de l’ancien directeur d’Exo FM.

Pouvin, un cadeau

«La femme du ministre Toussaint est une fan de Pouvin. Et ce jour, comme on était en visite au Caudan Arts Centre et que je connais le directeur de Hello Events, je suis passé le voir. Il a accepté que le chanteur fasse une apparition. Il a chanté Eternel et nous sommes partis. C’est un cadeau que je leur ai fait.» À savoir que le directeur en question est un habitué du giron sportif, étant le patron d’un magasin équipementier et ancien directeur technique national de handball.

Suite à cette apparition, la compagnie Hello Events a demandé à Judikaël Mistrin de faire venir un autre artiste réunionnais pour la manifestation sportive suivante. «Cela coïncidait avec la tournée de Dominique Barret à Maurice lors de la fête de la Saint Valentin. En aucun cas, je n’ai eu affaire avec le ministère de la Jeunesse et des sports. C’est son partenaire officiel, Hello Events qui m’a contacté pour un artiste réunionnais, que je lui ai vendu.» Autre personne que Judikaël Mistrin connaît du monde sportif, l’ancien conseiller de Stephan Toussaint, Jean Mée Sandian. «Je l’ai connu avec Miss Eco International. C’est lui qui m’a proposé d’aider pour le shooting.»

Jean Mée Sandian n’a pas renouvelé sa collaboration avec le ministère en tant que conseiller responsable du volet jeunesse, le mardi 15 mai 2018. L’ancien conseiller, qui n’a pas un casier judiciaire vierge, s’affiche pourtant dans presque toutes les fonctions organisées par le MJS. Nous avons vainement essayé d’entrer en contact avec l’ancien conseiller, mais nos tentatives sont restées vaines.

Hello Events

Par ailleurs, le MJS se dissocie de la participation de Judikaël Mistrin à ces évènements. «Nous avons été approchés par Hello Events. Dans notre partenariat, elle prend en charge la sonorisation et la performance des artistes», confie un officier au ministère. Ce dernier souligne que le coût du spectacle est aussi pris en considération. «Nous ne pouvons nous permettre un large budget pour ces évènements. Nous essayons de ne pas dépasser la barre des Rs 250 000.» En ce qui concerne le prochain spectacle, le 16 mars, à Flacq, le comité d’organisation des Jeux des îles, en collaboration avec le ministère, compte s’associer avec le conseil de district et pas avec Hello Events.

L’une des responsables de cette société souligne, au sujet de la présence de Judikaël Mistrin aux événements qu’elle organise, que ce n’est pas la première fois qu’ils collaborent. «En 2018, nous avons travaillé sur la compétition de Miss Eco International. Cette année, nous avons organisé le spectacle à Mahébourg avec Dominique Barret alors que Mickaël Pouvin a assuré celui de Port-Louis.» Elle ajoute que Judikaël Mistrin est le lien entre les artistes réunionnais et Hello Events. «Nous payons pour les services et c’est tout.»

 En tout cas, il reste encore cinq évènements pré-JIOI à travers le pays, et les choix du Comité des jeux et du MJS seront étudiés… avec une attention particulière.

Recherche sportifs pour JO 2024

 Judikaël Mistrin s’est mis à la recherche de sportifs mauriciens en vue de Jeux Olympiques (JO) de 2024 à Paris. Il a proposé au ministère de la Jeunesse et des sports la création d’un comité de soutien qui prendra en charge tous les frais des sportifs qui représenteront le pays lors de cet évènement. «Pour le moment, je suis à la recherche de ces meilleurs sportifs que nous allons pouvoir aider et suivre jusqu’à leur participation aux JO. Nous faisons un travail apolitique. Nous allons rechercher des sponsors et aider ces jeunes.» Le Français dit tenir à cœur le suivi des sportifs locaux.

«Victime de mon succès»

Judikaël Mistrin explique qu’il a été «victime de [son] succès», d’où les articles «fake» à son sujet dans la presse réunionnaise. Il raconte que pendant plusieurs années, son épouse Aurélie et lui ont créé l’une des plus grandes sociétés de coiffure de l’île sœur. Si le succès lui a souri, la chute a été rude. «J’ai eu affaire à un haut cadre régional. Je lui ai fait confiance. Il m’a déclaré qu’il allait m’aider dans la paperasse pour la formation de coiffeurs à La Réunion. Le gouvernement rémunérait une fois les cours prodigués. Mais, j’ai découvert que jamais les dossiers n’ont été soumis. Donc, impossible de récupérer mon dû.» À sec, il quitte La Réunion pour se relancer à Maurice. «Je n’ai pas fui mon pays. Les gens ont voulu salir ma réputation et celle de ma famille.»

Judikaël Mistrin soutient qu’il a dû tout reprendre à zéro. Avec le soutien de Gaëlle Glover, fille de Michael Glover, ancien ministre des sports, les Mistrin lancent le salon de coiffure Ciseaux 3D à Grand-Baie. Avec des coupes coûtant de Rs 2 000 à Rs 3 000, sa clientèle commence à se démarquer. La chaîne française M6 lui propose une émission pour montrer qu’il a réussi à s’imposer hors de son pays. «Les journalistes de M6 étaient au courant de mes déboires» à La Réunion.

«D’autres articles sont apparus contre moi. Jusqu’à l’animateur Cyril Hanouna qui m’a traité de menteur.» Il compte saisir la justice. «J’ai contacté mon avocat, Dick Ng Sui Wa. Il va entamer les procédures contre la chaîne d’Hanouna. On demande au moins 2 millions d’euros. On poursuit aussi la presse réunionnaise.»

Le réunionnais ne peut être jugé à Maurice

Judikaël Mistrin avait émis le souhait, sur une radio privée, d’être jugé à Maurice dans l’affaire qui l’oppose à d’anciens employés. Or, une source proche de ce dossier à l’île sœur nous fait comprendre que le vœu de l’homme d’affaires ne pourra pas se réaliser car le litige a été enregistré à La Réunion, la société a été domiciliée là-bas et l’employeur lui-même ainsi que ses employés sont des Réunionnais. L’affaire a été rapportée à la gendarmerie, mais c’est le conseil de prud’hommes qui gère ce genre de litige. Une procédure avait été lancée devant ce tribunal. Contacté, le conseil de prud’hommes confirme que sept dossiers contre Judikaël Mistrin sont bien déposés chez lui. Mais il ne peut pas fournir davantage d’information.

L’histoire de ce Français dont le grand-père est Mauricien est revenue sur le tapis après la diffusion du reportage de «Zone interdite», vantant sa «success story» en tant qu’expatrié. Il est venu à Maurice en juillet 2015, après avoir abandonné sa trentaine d’employés. Ce dernier, qui s’est présenté en tant qu’ancien directeur d’une radio à La Réunion, était aussi le propriétaire de trois instituts de beauté ainsi qu’une école de coiffure, sous la société Bô institut.

Dettes de Rs 11,6 millions

Seul le salon qui se trouvait à Saint-Denis, en face du Jardin de l’État, avait tenu plus longtemps que les autres, ainsi que l’école de coiffure qui portait le nom de Vintage Academy. Ceux qui avaient suivi une formation n’ont pas reçu de diplôme. Les commerces de Judikaël et de son épouse, Aurélie, qui avaient pourtant une clientèle de renom, avaient été vendus plus tôt, en 2014. Deux employés de l’institut de Saint-Denis avaient été rapportés pour vol en septembre 2015.

Lors d’une conférence de presse, les employés avaient signalé que le couple les avait laissés avec des dettes qui s’élevaient à 300 000 euros (Rs 11,6 millions). Mais ce qu’ils reprochaient aux Mistrin était surtout qu’ils étaient partis sans faire les démarches pour fermer la société. La trentaine d’employés étaient coincés et ne pouvaient réclamer les allocations-chômage auxquelles ils avaient droit.

Max Banon était le représentant syndical des employés à l’époque. Interrogé, il nous a dit qu’il n’a plus de nouvelles des salariés qui l’avaient contacté. «Ils ont peut-être repris le cours de leur vie.» Il confirme que les salons n’existent plus. Lui aussi partage l’avis que Judikaël Mistrin ne peut pas demander à être jugé à Maurice alors que c’est à La Réunion qu’il a laissé ses salariés. Max Banon confirme également que les journalistes de M6 avaient pris contact avec lui.

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