Sondage: le climat des affaires dans le vert, l’industrie locale en berne

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Barlen Pillay (à g.) et Azeem Salehmohammed, respectivement secrétaire général et analyste à la Chambre de commerce et d’industrie, jeudi 21 février.

Barlen Pillay (à g.) et Azeem Salehmohammed, respectivement secrétaire général et analyste à la Chambre de commerce et d’industrie, jeudi 21 février.

L’indicateur du climat des affaires est resté en territoire positif au cours du quatrième trimestre 2018 selon la Chambre de commerce et d’industrie de Maurice (CCIM). La présentation de cette 35e enquête trimestrielle menée par la Chambre a eu lieu jeudi 21 février, à son siège, à Port-Louis. 

L’indicateur a tout de même chuté comparé à la même période en 2017, sortant de 14,2 points au quatrième trimestre 2017 pour descendre à 11,2 points au quatrième trimestre de l’année dernière. Une tendance qui se distingue du dynamisme observé au cours des trois derniers mois de 2017. La CCIM souligne que ce «momentum» a atteint un point d’équilibre, les entrepreneurs se montrant plus prudents, notamment face aux perspectives économiques pour le premier trimestre 2019.

L’Industrie locale «traditionnelle» en berne

Palmar Limitée en est une illustration. L’industrie locale traditionnelle, qui comprend, entre autres, le textile et le sucre, est le segment à avoir enregistré la plus faible progression au niveau de l’indice au cours du quatrième trimestre 2018, soit seulement 4 % durant cette période, comparée à 9,3 % au trimestre correspondant en 2017. Quant aux chiffres d’affaires des opérateurs, ils n’ont progressé que de 2,4 % par rapport au quatrième trimestre de 2017. Ces résultats plutôt mitigés s’expliquent par les différentes perturbations auxquelles font face les exportateurs qui luttent contre un ralentissement sur les principaux marchés d’exportation ainsi que des incertitudes relatives aux perturbations qui règnent sur le marché international. Les industriels centrés sur le marché local doivent, pour leur part, faire face à la pression des importations.

Le secteur manufacturier devrait continuer à enregistrer un faible taux de croissance compte tenu de la situation actuelle. «Il est impératif pour l’industrie de se tourner vers des activités à haute valeur ajoutée, basées sur les compétences, la recherche et le développement ainsi que l’innovation», soutient la MCCI.

Prudence de la part des opérateurs

Selon le sondage de la CCIM, 37 % des entreprises ont observé une amélioration de leur chiffre d’affaires au cours du quatrième trimestre 2018, alors que 50 % ont enregistré une stagnation. 13 % ont connu, elles, un recul de leur chiffre d’affaires au cours de cette période généralement marquée par une hausse de la consommation. En ce qui concerne les perspectives futures, 27 % des sondés prévoient une amélioration de leurs affaires au cours des trois premiers mois de l’année 2019 alors que 58 % anticipent une stabilisation de leurs ventes. Les 16 % restants prévoient, pour leur part, une détérioration de leur chiffre d’affaires. De plus, les petites entreprises ont observé une stagnation de leur chiffre d’affaires alors que les moyennes et grandes structures relèvent une progression.

Le commerce enregistre la plus forte progression

D’un point de vue sectoriel, le segment commercial est celui à avoir enregistré la plus forte progression au quatrième trimestre de 2018. Cela confirme, selon la CCIM, une hausse des dépenses des ménages qui s’explique à la fois par une progression du pouvoir d’achat couplée à un taux d’inflation plutôt modeste durant cette période. Les commerçants soutiennent que leurs ventes ont été dopées par les bonis de fin d’année et les dépenses relatives aux fêtes. Ils se montrent d’ailleurs optimistes quant à une augmentation de leur chiffre d’affaires dans le futur.

La CCIM anticipe, par ailleurs, une hausse continue des dépenses des ménages grâce à l’introduction de la récente compensation salariale, d’une hausse de la pension de vieillesse et des taux d’intérêt plutôt faibles. «Nous pensons tout de même que l’économie mauricienne demeure en dessous de sa croissance potentielle, ce qui indique la présence de goulots d’étranglement qui freinent un élan soutenu de la demande et de la consommation au niveau local», observe la CCIM.

Modeste avancée des services

Le secteur des services n’a grimpé que de 3 % durant le dernier trimestre de 2018. Les entrepreneurs de ce segment ont affronté plusieurs perturbations durant cette période, parmi des interruptions au niveau des activités portuaires en raison de problèmes climatiques, et une baisse des arrivées touristiques en provenance de l’île soeur, avec plusieurs vols annulés à cause du mouvement des «gilets jaunes». Le secteur financier se trouve, pour sa part, dans une période de transition, notamment avec la réforme du Global Business, entre autres.


Taux de croissance à 3,9 % en 2019

Si la Chambre prévoyait un taux de croissance «avoisinant les 4 %» en 2018, celui-ci s’est finalement arrêté à 3,9 %. Le taux de croissance devrait rester à 3,9 % en 2019 également, selon la CCIM.


Les mesures incitatives gouvernementales sous-utilisées

Outre le sondage relatif au climat des affaires, le dernier rapport de la CCIM contient également un sondage sur les mesures budgétaires prises par le gouvernement pour aider les opérateurs. «L’objectif était de savoir si les entreprises connaissent l’existence de ces mesures et si elles les utilisent» a expliqué Azeem Salehmohammed, analyste au sein de la division de recherche économique de la CCIM. Pour ce faire, la Chambre a identifié six grandes catégories d’incitations disponibles pour les entreprises regroupées sous l’export, la formation, la recherche et l’innovation, l’investissement ou encore l’environnement. entre autres. Ces catégories regroupent au total 28 mesures.

Le «scheme» le plus utilisé par les entreprises est celui du remboursement de 70 % sur la formation des employés. Quelque 56 % des entreprises sondées l’utilisent. En revanche, la double déduction fiscale pour la recherche et le développement, le «CEB Scheme for Solar PV by Small Commercial Business» ou encore le «Work at Home Scheme», entre autres, demeurent sous-utilisés voire inconnus des entreprises. De plus «un certain nombre de restrictions et de contraintes administratives dissuadent les entreprises de recourir à ces mesures», explique Azeem Salehmohammed. Ce qui fait dire à la CCIM qu’une campagne d’information ciblée est impérative pour éviter une sous-utilisation des mesures incitatives annoncées dans les budgets gouvernementaux.

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