Lutte Antidrogue: pas de résultats probants pour la Task Force

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Raouf Gulbul a été le dernier à être entendu par les enquêteurs, le 30 janvier.

Raouf Gulbul a été le dernier à être entendu par les enquêteurs, le 30 janvier.

Six mois après avoir été constituée, la Task Force tourne au ralenti. Celle-ci aurait été refroidie après plusieurs revers…

Manque d’enquêteurs, de moyens et des procédures administratives et judiciaires encombrantes. La Task Force, qui s’est réunie hier pour poursuivre son enquête sur les noms mentionnés dans le rapport de la Commission d’enquête sur la drogue, peine à produire des résultats, six mois après sa mise sur pied par le Premier ministre.

Le bureau du Premier ministre, qui avait dit souhaiter que les enquêtes puissent démarrer dans les plus brefs délais, est informé régulièrement de l’avancée des investigations en cours à travers le comité ministériel présidé par Pravind Jugnauth. Même si celui-ci, composé de plusieurs ministres, ne s’est réuni qu’en deux occasions, le chef du gouvernement est tenu au courant de manière informelle, fait-on comprendre.

La Task Force, présidée par le directeur de l’Independent Commission against Corruption (ICAC), Navin Beekarry, a démarré ses travaux en septembre. Malgré les directives pour améliorer la coordination entre les différentes agences comme la police, les prisons, la Financial Intelligence Unit et la Mauritius Revenue Authority, les choses avancent lentement. Pourtant, le rapport Lam Shang Leen contient des informations, ainsi que des recommandations rédigées à partir des enquêtes préliminaires par l’inspecteur Hector Tuyau.

Plusieurs échecs

Pourquoi ça tarde ? La Task force s’enferme dans un silence gênant. Les membres, à titre personnel, refusent également de communiquer, invoquant le principe de confidentialité. En fait, lors de la première réunion, Navin Beekarry aurait donné des consignes claires aux différents représentants de ces Law Enforcement Authorities pour ne rien dévoiler, sous prétexte que toute information relayée par la presse est susceptible de compromettre les enquêtes en cours.

Si les enquêtes de la Task Force de l’ICAC et du Central Criminal Investigation Department n’ont abouti à aucune inculpation jusqu’ici, la Task Force a déjà été confrontée à plusieurs échecs. Comme par exemple l’affidavit et le droit au silence de l’avocat Anupam Khandai. Son nom a été cité dans le rapport Lam Shang Leen. Il avait été convoqué par la commission anticorruption pour s’expliquer sur la provenance de sommes importantes sur son compte bancaire.

«Depuis, craignant d’autres obstacles de ce genre, l’ICAC se serait refroidie», indique une source au Réduit Triangle. Surtout que les high profile persons épinglées par la Commission Lam Shang Leen ont eu recours à une demande de révision judiciaire en Cour suprême. Ce serait l’une des raisons pour lesquelles l’exministre Roubina Jadoo-Jaunbocus et l’ex-Deputy Speaker de l’Assemblée nationale, Sanjeev Teeluckdharry, n’auraient pas encore été convoqués.

Le seul membre du MSM à avoir été entendu demeure Raouf Gulbul. Après deux séances d’interrogatoire et les témoignages recueillis au niveau de l’ICAC et du CCID, les enquêteurs de la commission anticorruption n’ont, à ce stade, donné aucune indication sur la marche à suivre concernant ce dossier. «La Task Force, épaulée par le Deputy Solicitor General, ne peut pas se cacher derrière les demandes de Judicial review pour ne pas faire son travail», estime une source proche de l’excommission d’enquête sur la drogue.

En attendant des résultats probants, les différentes unités au niveau de la Task Force continuent à recueillir des informations. L’«assessment» commencé par la MRA il y a plusieurs mois sur les personnes mentionnées dans le rapport, «des avocats et des individus», se poursuit. Également prévu pour début 2019, l’interrogatoire des détenus Peroomal Veeren et Parwiza Jeeva à la prison, dans le cadre de l’enquête concernant le paiement des honoraires à l’avocat Gulbul et les allégations de «dévir lanket».

Ce laxisme et l’absence d’initiatives exaspèrent ceux engagés dans le combat contre la drogue, d’autant que le gouvernement n’en finit pas de répéter qu’il veut «kas lérin bann mafia ladrog».

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