Miselaine Duval: pas facile d’avoir la Bénédiction

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Débrouille ne signifie pas déprime. Miselaine Duval insiste. «Bénédiction», le second film des Komiko, a été réalisé avec les moyens disponibles. En surmontant quantité d’obstacles. Alors que le film sort en salles le 16 février, Miselaine Duval, qui passe pour la première fois à la réalisation, aborde l’épineux problème de financement de la création.

«Ce n’est pas possible que l’on passe notre temps sur terre à regarder d’autres faire ce que nous aussi on aurait pu faire si on en avait les moyens», lance Miselaine Duval. Sans sponsors, pas de films. Elle a aussi bénéficié du Film Rebate Scheme, c’est-à-dire le remboursement de ses frais de tournage, à hauteur de 30 %. «Mais on n’obtient cela qu’après avoir payé tout le monde. Kan fini pran tou det ki kapav pran. Ce n’est que là que l’on présente les factures, en espérant être remboursés.»

La responsable de Karavann Production, la société qui gère les Komiko et qui produit «Bénédiction» revient aussi sur son expérience auprès d’une banque. «Aujourd’hui, pour faire un film, soit il faut emprunter, met lakaz an garanti, soit être à découvert auprès de la banque, gagn maltrété kan pa rési payé. Mais que dois-je faire pour exister dans l’art ?»

Conséquence : elle a fait ce film, «tigit tigit. Nou finn bizin pozé atan gagn enn lot ti kas, pou kontinié». Cela lui a pris plus de temps que pour «Panik» (NdlR, le précédent film sorti en novembre 2017). Entre ceux qui attendent que le film soit sorti pour être payés, ceux qui «pa zot problem sa, zot finn travay bizin pey zot», il y a de quoi s’arracher les cheveux.

Miselaine Duval appelle de tous ses vœux, «des aides qui vont booster les talents qui sont déjà là. Pa zis fer enn bann ti trik zis pou montré ki pé travay. Il y a des gens incompétents ou mal conseillés, beaucoup de mauvaise volonté pour faire avancer le secteur». L’an dernier, elle s’est rendue au marché du film Discop, à Abidjan, en Côte-d’Ivoire.

«Quand je vois le niveau qui a déjà été atteint en Afrique, comment des numéros un de l’audiovisuel se sont positionnés, pas seulement avec des films, mais aussi dans la production de telenovelas, de sitcoms, de documentaires qui se vendent à l’international, je me pose des questions sur ce que l’on fait ici.»

Sans forcer la caricature, Miselaine Duval raconte : «On m’a dit, ‘Mauritius ? Wow, beautiful beaches’. Mais j’aurais préféré être reconnue au niveau de l’art.» Miselaine Duval, qui fait tourner le Komedy Club à Bagatelle depuis un an maintenant, l’avoue, «ma passion est difficile à porter».

C’est l’histoire de…

L’intrigue de «Bénédiction», ce n’est pas qu’une fille (jouée par Sheryl Smith) qui quitte son futur mari Adam (rôle tenu par Alessandro Chiara) devant l’autel, pour partir avec quelqu’un d’autre (campé par Marvin Anthony). Dans la famille de la future mariée, il y a la tante Mimi, une bonne sœur (jouée par Miselaine Duval) et son frère, Domino, qui est prêtre (Alexandre Martin). «En revenant dans la famille pour le mariage, ils vont y découvrir une série de problèmes. Ils devront faire face aux choix des uns et des autres, surtout à la difficulté de faire  des choix.» 

Rire avec des sujets sensibles

Le film aborde aussi des «sujets sensibles», affirme Miselaine Duval. «En ce moment, à Maurice, on voit des jeunes ki pa koné kotsa zot pé alé.» Le personnage d’Olivier Sirop, par exemple, passe par des moments très difficiles. «Quand on lui demande d’expliquer son comportement, il raconte que ses camarades se sont moqués de lui en disant ‘to pa enn vré zom si to pa fer li’.»

Pressions sociales, phénomènes de mode, souffrances de la famille. «Dans ce film, on se demande si c’est mieux d’être soi-même ou d’être ce que les autres voudraient que l’on soit.»

Miselaine Duval rappelle que les Komiko fêtent leurs 24 ans d’existence cette année, alors qu’elle-même compte 25 ans de carrière. «Nous ne sommes pas des donneurs de leçon. on n’est pas là seulement pour glisser sur des peaux de banane. Notre travail c’est aussi d’aider la société à aller mieux, en provoquant des prises de conscience.»  

Miselaine Duval, la réalisatrice…

Si elle porte plusieurs casquettes, c’est parce qu’elle n’a pas eu le choix, explique Miselaine Duval. «Si je suis devenue réalisatrice, c’est aussi parce qu’on n’a pas fait confiance à d’autres pour faire le film qu’on veut faire. La réalisation, c’est de la mise en scène. Si on est entouré de bons techniciens, on peut réaliser un film», résume-t-elle. «Bénédiction», ce n’est pas que «les grosses têtes des Komiko». Parmi : Lindsay mootien ou Alessandro Chiara, «beaucoup de second rôles qui enrichissent le film». 

Rien de religieux

Si deux des personnages du film sont des religieux, Miselaine Duval précise que son film n’a rien à voir avec la religion. «Quand Fernandel a joué Don camillo, ça fait rire tout le monde.» Elle cite aussi Mimie Mathy, en ange qui parle à Dieu, dans la série «Joséphine ange gardien», ou encore le film «Sister Act» et la suite.

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