Tour du monde: des geôles plus mortelles que la nicotine

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Le taux d’occupation des prisons à Madgascar est de 202%.

Le taux d’occupation des prisons à Madgascar est de 202%.

On n’a plus le droit de fumer en prison à Maurice. Est-ce si grave ? Finalement, si on compare le taux d’occupation, de 68,7 % en 2017 à celui de nombreux pays, genre 202 % à Madagascar, 165 % au Brésil, c’est presque la panacée d’être incarcéré ici. Quand le trafic de cocaïne domine le système carcéral, quand les gardiens se font une joie de torturer les internes, la cigarette peut paraître bien inoffensive.

Presque la moitié des prisonniers (40 % d’après Statistics Mauritius en 2017) n’ont pas été condamnés. C’est là le drame. Ils sont à l’école de la délinquance. Mais ils ne sont pas plus mal lotis que les Malgaches. Là-bas, sur les 129 détenus décédés en 2017, 52 se trouvaient en détention préventive, d’après Amnesty International. «Des personnes n’ayant été déclarées coupables d’aucun crime ou délit meurent dans les établissements pénitentiaires de Madagascar à cause de conditions carcérales désastreuses», écrit Amnesty International dans un rapport rendu public fin octobre 2018. Il met en évidence le recours excessif à la détention préventive par les autorités et ses répercussions dévastatrices sur les plus pauvres. Bref, la faute à un système de justice enrayé. Les poumons des détenus, qui crèvent dans la pestilence et ne peuvent se payer un avocat, on s’en fiche un peu.

En Chine, ça se passe comment ? «Dans cette prison, selon notre témoin, la surveillance est double : celle, classique, des gardiens et celle de policiers armés, la baïonnette au fusil, qui font régner l›ordre en hurlant en permanence et font irruption dans les cellules dès qu’ils aperçoivent un manquement à la discipline lors de leurs passages réguliers. Notre interlocuteur a ainsi échappé de peu à un coup de crosse d’un de ces hommes armés, pour avoir été surpris en train de fumer dans sa cellule une cigarette qui lui avait été offerte par un gardien complaisant», rapporte Libération. On vous épargne les types de torture, la «rééducation» et les raisons farfelues des incarcérations au pays de la surveillance du peuple 2.0… Bref, cigarette rime avec baïonnette.

Dans le club Med. des prisons, on retrouve le Brésil. Manaus, 2017. Une mutinerie fait 56 morts. Le Brésil est passé au troisième rang mondial des pays ayant la plus grande population carcérale, après les États-Unis et la Chine mais devant la Russie. Outre l’insalubrité, la torture par les gardiens, l’absence d’eau, la violence est aussi l’affaire des gangs qui contrôlent les prisons de l’intérieur et le trafic de drogue local. Car la drogue, en particulier la cocaïne, est au coeur de la guerre que se livrent les deux grandes organisations criminelles, le «Premier commando de la capitale » et le «Commando Rouge». Ces organisations, dirigées depuis l’intérieur des prisons, contrôlent aussi le trafic à l’extérieur. Peroumal fait pâle figure à côté. Autant vous dire que la cigarette est le cadet des soucis des autorités.

Plus au nord, aux USA, certaines prisons sont totalement non-fumeur, à l’extérieur comme à l’intérieur, d’autres juste à l’intérieur. Cela dépend des états.

De l’autre côté de l’Atlantique, en Europe, où le système carcéral est un peu plus respectueux des droits humains, la question de laisser les prisonniers fumer ou pas se pose en effet.

En Écosse, fin novembre, il a été interdit de fumer dans les prisons. Par contre, la mesure a été accompagnée de dons de kits de cigarette électronique pour compenser. En Angleterre également l’interdiction est venue, et touche 102 prisons depuis avril dernier. Au Royaume-Uni, l’interdiction a démarré progressivement en 2015. Canada, Nouvelle-Zélande et Australie ont également interdit le tabac.

En Suisse, on se pose la question de bannir la cigarette pour protéger la santé des détenus non-fumeurs, écrit Le Matin. Mais le risque de révolte est également un facteur à prendre en compte, comme en témoigne Valérie Gianoli, du Service pénitentiaire neuchâtelois: «Si on enlève la cigarette aux prisonniers, le risque de crise augmente

En France, il est possible de fumer. Dans le «guide du détenu arrivant», rapporté sur le site du Sénat, il est écrit :

«Est-ce que je peux fumer, boire de l’alcool ?Je peux - fumer des cigarettes en cellule et dans les cours de promenades ; - demander à changer de cellule, dans la mesure du possible, si, étant non-fumeur, je suis gêné par un codétenu qui fume. Je ne peux pas - boire d’alcool en prison ; - fumer dans les couloirs et les locaux collectifs.»

«Dès qu’on entre en prison, la première question, la question rémanente qu’on te pose est : ʺAs-tu une cigarette ? As-tu du tabac ?ʺ.» Témoignage sur le site de l’Obs. Bruno des Baumettes est le journal d’un détenu de Marseille.

La France ne se pose pas vraiment la question du tabac. La prison, de même que la maison de retraite, est considérée par les pouvoirs publics comme un «domicile contraint».

Donc, à la maison, fais comme il te paraît bon !

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