Coupe d’Asie - Dans le Golfe, la victoire du Qatar susceptible d’attiser les tensions

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L'équipe du Qatar célèbre sa victoire en finale contre le Japon en Coupe d'Asie, le 1er février 2019 à Abou Dhabi.

L'équipe du Qatar célèbre sa victoire en finale contre le Japon en Coupe d'Asie, le 1er février 2019 à Abou Dhabi.

La victoire du Qatar à la Coupe d’Asie de football est peut-être un triomphe sportif mais elle risque de coûter cher à ce petit émirat gazier du Golfe, déjà soumis à un embargo de ses voisins, affirment des analystes.

En battant le Japon 3-1 en finale le 1er février, les Qataris ont remporté un succès historique dans une épreuve qui se déroulait à Abou Dhabi, capitale des Emirats arabes unis, un des pays du Golfe les plus hostiles au Qatar avec l’Arabie saoudite.

Ce triomphe, qui a provoqué des scènes de liesse à Doha, pourrait envenimer les relations avec Ryad, le Bahreïn, l’Egypte et les Emirats, qui ont rompu leurs liens en juin 2017 avec l’émirat gazier en l’accusant de soutenir des groupes extrémistes, ce que Doha nie.

«Si (le pouvoir à) Abou Dhabi ressent de l’amertume sur la façon dont s’est déroulé le tournoi qu’il accueillait, cela pourrait se transformer en une escalade de rhétorique contre le Qatar», affirme à l’AFP Kristian Coates Ulrichsen, chercheur à l’Université Rice aux Etats-Unis.

«La réaction à la victoire du Qatar a aggravé les divisions dans le Golfe», ajoute-t-il, expliquant: «Les Omanais et les Koweïtiens se sont réjouis du succès qatari et l’ont fait de manière très visible pour souligner qu’ils rejetaient les tentatives (...) d’isoler le Qatar dans la région».

Mercredi, les Emirats arabes unis ont démenti qu’un homme de 26 ans, ayant la double nationalité soudanaise et britannique, ait été arrêté pour avoir porté un maillot de l’équipe du Qatar, affirmant qu’il était détenu pour fausses déclarations et pour avoir sollicité la police inutilement.

- Dimension géopolitique -

Au-delà du sport, la toute première victoire du Qatar en Coupe d’Asie revêt des symboles géopolitiques.

Elle a permis d’apporter une réponse sur le terrain à ceux qui dénonçaient le choix du Qatar comme pays hôte du Mondial-2022 en arguant du manque de légitimité de ce petit pays en matière de football.

En sept matches, le Qatar a marqué 19 buts, n’en encaissant qu’un seul, et a battu trois équipes qualifiées pour le dernier Mondial (2018) en Russie.

Pour cet émirat, qui a dépensé des fortunes pour faire éclore des talents qataris dans l’académie Aspire de Doha créée en 2004, c’est aussi la consécration de sa politique sportive: 13 des 23 coéquipiers étaient issus de cette école, dont le meilleur buteur du tournoi, Ali Almoez.

Mais cette victoire dépasse les simples ambitions liées au ballon rond: elle est une manière pour Doha de prendre sa revanche contre les pays lui ayant imposé un embargo diplomatique et économique.

Le petit mais richissime pays reste ostracisé par ses puissants voisins depuis 20 mois.

Or, sur le gazon, le Qatar a battu l’Arabie saoudite (2-0) puis, en demi-finale, les Emirats (4-0), malgré des jets de chaussures et de projectiles de supporteurs émiratis.

Pour certains Qataris, cette dernière victoire a été encore plus savourée que celle contre le Japon en finale.

Beaucoup l’ont célébrée à Doha en levant quatre doigts, à l’image des quatre pays leur imposant un embargo.

Ce geste avait également été utilisé par les partisans des Frères musulmans en Egypte, une confrérie soutenue par le Qatar après la destitution du président islamiste Mohamed Morsi en 2013.

- «Très naïf» -

L’équipe victorieuse, qui a dû jouer tous ses matches quasiment sans supporters --interdits d’entrée aux Emirats--, a été accueillie à son retour au pays par l’émir cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani en personne.

«Cette victoire souligne la capacité du Qatar à avancer seul, peu importe les obstacles», estime James Dorsey, analyste à la S. Rajaratnam School of International Studies de Singapour.

Pour Simon Chadwick, professeur spécialisé dans la géopolitique du sport à l’université de Salford, en Grande-Bretagne, «l’image et la réputation du Qatar en sont sorties renforcées, contrairement à celles de ses rivaux, notamment grâce au calme apparent de l’équipe du Qatar quand elle était confrontée à des adversaires parfois pleins de rancoeur».

Mais le Qatar doit rester sur ses gardes: après ce camouflet, Ryad et Abou Dhabi vont encore plus s’opposer à la tenue du Mondial-2022 dans l’émirat, assure M. Dorsey.

En mars, la Fifa doit statuer sur la question d’un tournoi élargi, avec 48 équipes au lieu de 32, ce qui signifierait que certains matches devraient être organisés hors du Qatar, éventuellement avec ses rivaux.

Il est «très naïf» de croire que les tensions régionales puissent être apaisées par un Mondial-2022 élargi comme l’affirme le patron de la Fifa Gianni Infantino, insiste M. Dorsey.

La Coupe d’Asie n’a, de facto, nullement adouci les mésententes.

«Le sport et la politique sont inextricablement mêlés», résume M. Dorsey.

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