Andreas Habermeyer: «La critique, qu’elle soit positive ou négative, booste un film»

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Andreas Habermeyer, producteur de films et Managing director d’Identical Pictures.

Andreas Habermeyer, producteur de films et Managing director d’Identical Pictures.

Les critiques médiatiques ont été mitigés par rapport au film «Serenity», projeté en avant-première le 23 janvier au Museum of Arts à New York. En tant que coproducteur avec les britanniques Steven Knight, Guy Heeley et l’Américain Greg Shapiro, comment réagissez-vous à cela ? 
C’est bon qu’un film ait de bonnes et de mauvaises critiques. C’est sain que les gens aient des opinions différentes. Je suis sûr que ceux qui ont été déçus par la critique adoreront le film quand ils iront le voir et inversement, ceux qui ne s’en tiennent pas à la critique, pourraient être déçus en voyant le film.

Lorsque j’ai démarré dans l’industrie du cinéma, c’était toujours bon signe d’avoir de mauvaises et de bonnes critiques. La pire des choses est de n’avoir que de bonnes critiques ou pas de critiques du tout. Par expérience, je peux vous dire que la critique, qu’elle soit positive ou négative, booste un film. Il y a eu des critiques de presse qui n’ont pas aimé le film, comme le Washington Post ou The Guardian, alors que d’autres, à l’instar du Chicago Sun-Times ou Instyle.com l’ont adoré.

Je ne crois pas que les spectateurs se fient à la critique. Prenez le film Independence Day de Roland Emmerich, sorti en 1996. Ce film a été démoli par bon nombre de critiques de presse. Le Washington Post a trouvé des scènes «particulièrement décevantes», l’Austin Chronicle en a fait état comme un «tired and empty two hours of feel-good patriotism and oddly cast caracters», ReelViews en a parlé comme d’un «extremely dull and lifeless affair» et j’en passe. Or, ce film, qui a coûté 75 millions de dollars américains, a engrangé au box-office 817,4 millions de dollars américains. Il a été un des meilleurs films dans l’histoire du cinéma.

Prenons l’exemple d’un film plus récent, la comédie musicale The Greatest Showman avec l’acteur Hugh Jackman, sorti en 2017. Cette superproduction, qui a coûté 84 millions de dollars américains, n’a pas eu bonne presse. Malgré cela, ce film a réalisé des recettes de l’ordre de 174 millions de dollars américains. Les spectateurs ne se sont pas contentés d’aller au cinéma. Ils ont acheté le CD de la bande originale du film, qui est resté en tête des meilleures ventes pendant 21 semaines. Aux Etats-Unis, ils ont vendu 1 350 000 CD et en Grande-Bretagne, la vente a été de 1 200 000 CD, du jamais vu depuis la comédie musicale Saturday Night Fever.

Dans les 2 600 salles où Serenity a été projeté aux Etats-Unis, en trois jours, il avait engrangé 5 millions de dollars américains. J’étais présent à l’avant-première et ce film est si dense que je voulais le revoir le lendemain et sans pression. J’ai essayé d’aller le voir dans une salle de Times Square. Les billets étaient sold out. Finalement, j’ai obtenu les deux derniers billets pour une séance à 18 heures. Le producteur exécutif Carsten Lorenz a essayé de revoir Serenity dans une salle à Los Angeles et il ne restait que deux à trois places. Je considère que c’est un bon début. Parmi les 400 invités à l’avant-première à New York, beaucoup ont dit que ce film d’une heure 40 minutes fait énormément réfléchir et que sa trame est si dense que le film doit être visionné deux fois.

Quand sera-t-il projeté à Maurice ?
Il devrait être projeté dans les salles mauriciennes le 1er mars, si la presse ne le démolit pas. Mais ce n’est pas les journalistes qui posent problème. Ils font leur travail. Comme je l’ai dit, avoir bonne ou mauvaise presse est bon pour le film. Et ce qu’il y a de bien, c’est que même dans toutes les critiques négatives qui sont sorties, on a fait l’éloge de l’île Maurice.

Ce qui me rend triste, c’est d’entendre les membres de l’équipe de tournage dire qu’ils ont été déçus par le film sur lequel ils ont pourtant travaillé. Je ne comprends pas une telle attitude. Si un producteur m’appelle et me propose de coproduire un film d’horreur, même si je n’aime pas ce genre de films, je sais que c’est un genre qui remporte du succès de par le monde. Je ne peux pas lui dire que je ne coproduirai pas ce film. Je ne peux être discriminatoire. Nous devrions être ouverts à tout type de film. Nous ne pouvons être sélectifs.

Les Mauriciens ne sont pas responsables du contenu d’un film. Notre objectif principal est de faire grandir et de professionnaliser l’industrie cinématographique mauricienne, de créer de l’emploi pour les Mauriciens et d’injecter de l’argent dans l’économie mauricienne.

Combien «Serenity» a-t-il rapporté à l’économie mauricienne ?
Le film Serenity a coûté 25,7 millions de dollars, soit environ Rs 860 millions, avec un Film Rebate équivalent à Rs 210 millions. Toutes les études ont prouvé que pour un dollar investi par le système, au final le système perçoit 1,6 dollar. Ce qui fait que Maurice a reçu Rs 1,6 milliard que l’on peut décomposer en termes de billets d’avion, d’hébergement dans les hôtels, de taxes payées par les acteurs (15 % pour les producteurs, directeurs, cameramen, l’équipe et 10 % pour les acteurs), de différents déplacements, de dépenses aux restaurants, en location de véhicules, dans tous les services proposés par les Mauriciens. C’est ce qu’on appelle l’effet yo-yo.

Il sera projeté dans toutes les salles à Maurice ?
Je suis en pourparlers avec Mciné et les cinémas Star par rapport à la projection et je serai fixé bientôt. Nous devrions montrer au monde entier comment ça marche lorsque nous faisons un film mauricien.  

Les producteurs et les acteurs seront-ils présents au lancement à Maurice comme ils l’ont été à New York ?
Ce n’est pas toute la distribution qui était présente à New York. Matthew McConaughey, Anne Hathaway, Diane Lane, le jeune mauricien Rafaël Sayegh, étaient présents, de même que les producteurs Guy Heeley, Steven Knight et Greg Shapiro. Mais les acteurs Djimon Hounsou, Jason Clark et Jeremy Strong n’ont pu être là car ils tournent d’autres films. Le nom de Maurice a été prononcé des milliers de fois au cours de la fête après la projection et l’île a eu énormément de visibilité à New York. Nous avons lancé les invitations hier à la distribution et aux producteurs (NdlR : mercredi) et nous attendons les réponses.

Pendant combien de temps, le film se maintiendra-t-il sous les feux de la rampe ?
Le 1er mars, le film sera projeté à Maurice mais aussi en Europe, excepté en Allemagne où il le sera trois à quatre mois après. Mais après les projections en salles, il y a toute la distribution de DVD, de plateformes fournisseurs de films comme les Pay TV’s, les stations de télévision privées et publiques. Sa promotion s’étalera sur un an au moins.

Sur la page Facebook de Nanda Narrainen, Head of Film Industry à l’Economic Development Board, qui était présent à l’avant-première à New York, on vous voit avec un acteur célèbre, Robert de Niro. Avez-vous un projet de film avec lui ?
Nous avons effectivement rencontré Robert de Niro qui est un parfait gentilhomme. Il a séjourné à Maurice il y a sept à huit ans, alors qu’il était venu faire la promotion de sa chaîne de restaurants en Afrique du Sud. A Maurice, il est descendu au One and Only St Géran et dit avoir adoré l’hospitalité mauricienne, la gentillesse des gens et la beauté du pays. Il disait avoir trouvé dommage qu’à l’époque, Maurice n’avait pas d’industrie du cinéma et qu’il aurait préféré tourner un film à Maurice plutôt que dans une ville fade et glaciale d’Europe ou d’ailleurs.

Aujourd’hui, nous avons une industrie du film et un projet de film avec lui. C’est une comédie où Hollywood rencontre Bollywood. Le scénariste et directeur de cette comédie est Kirk Jones. En sus de Robert De Niro, nous pensons aussi à l’acteur allemand-autrichien Christoph Waltz, qui a remporté deux Oscars pour ses rôles dans Inglorious Basterds et Django Unchaîned, pour ne citer que ceux-là. Il est très intéressé. Pour la partie Bollywood, nous avons contacté Amitabh Bachchan mais il est malheureusement pris. Nous avons demandé à Anil Kapoor et à Amir Khan s’ils étaient intéressés et nous attendons leur réponse.

De Niro aime beaucoup le scénariste Kurt Jones et un des films dans lesquels il a joués et qu’il préfère est Everybody’s Fine, sorti en 2009 et dont le scénario est justement de Kurt Jones. Nous avons déjà un investisseur chinois et une compagnie de distribution américaine disposés à participer à ce projet de film et, bien, entendu l’Economic Development Board. Dans ce film, Maurice ne sera pas Plymouth island mais bien l’île Maurice. Si tout se met en place rapidement, nous devrions être en mesure de commencer à tourner cette comédie en juin.

D’autres projets cinématographiques pour Identical Pictures ?
Le 1er avril, nous accueillerons l’actrice et productrice française Nicole Garcia qui vient tourner une partie de son film Lisa Redler, pendant deux semaines à Maurice. Il s’agit d’un drame qui se déroule à Paris, Genève et Maurice. Nicole Garcia y est la productrice et directrice. A Maurice, le tournage se déroulera en partie à l’hôtel Prince Maurice, en partie à Constance Belle Mare et aussi dans une case sur la plage de la Cambuse.

Qu’est-il arrivé du projet de film «Maya Lord» de Roland Emmerich ?
Comme Maurice prend du temps à donner une réponse, les producteurs se sont tournés vers le Mexique qui leur a fait une belle offre. C’est aussi le cas pour la République Dominicaine. Mais Roland Emmerich aimerait que le film soit tourné à Maurice. Tout n’est donc pas encore perdu mais il ne faut pas dormir sur cette proposition car Roland Emmerich est un des meilleurs réalisateurs et producteurs au monde.

Nous avons proposé au gouvernement une win-win situation et un avocat épluche actuellement cette proposition. Nous espérons obtenir une réponse positive. Avec ce film, nous pourrions montrer au monde que nous pouvons produire des films en studio au même titre que la Metro Goldwyn Meyer par exemple. Ce sera une énorme opportunité pour Maurice car ses films, bien que très critiqués, ont connu un succès phénoménal. Nous espérons que le gouvernement mauricien acceptera la proposition. Nous devons donner une réponse à Roland Emmerich d’ici la fin de février. Le temps presse.

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