Relations MSM–ML: quand l’ICAC de Beekarry divise le gouvernement

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Pravind Jugnauth (à g.) accorderait toujours sa pleine confiance à Navin Beekarry, malgré certains remous causés par le directeur de l’ICAC dans les rangs du MSM et du ML.

Pravind Jugnauth (à g.) accorderait toujours sa pleine confiance à Navin Beekarry, malgré certains remous causés par le directeur de l’ICAC dans les rangs du MSM et du ML.

C’est officiellement un secret protégé par la confidentialité des déroulements du Cabinet. En 2016, deux ministres se seraient opposés à la nomination de Navin Beekarry à la tête de l’Independent Commission against Corruption (ICAC) : Ivan Collendavelloo et Roshi Bhadain. Que ce dernier n’aime pas le patron de l’ICAC est une histoire connue de tous. Idem pour le leader du Muvman Liberater (ML), considéré comme le père de la Prevention of Corruption Act. Ivan Collendavelloo, lors du premier mandat de Navin Beekarry à la commission anti-corruption, est allé jusqu’à même réclamer sa tête (en 2005). Une chose est sûre : que ce soit au Mouvement socialiste militant (MSM) ou au ML, l’ICAC de Beekarry irrite.

Les différends entre Roshi Bhadain et Navin Beekarry remontent à la période 2003-2005, quand l’un était directeur des enquêtes et l’autre commissaire à l’ICAC. L’affaire a fini en Cour suprême, conclue par un jugement sévère envers Navin Beekarry émis par les juges Sik Yuen et Domah. Aujourd’hui, Roshi Bhadain, ancien ministre de la Bonne gouvernance, joue (encore) avec les nerfs de Beekarry et veut l’obliger à enquêter sur le Premier ministre pour des interventions alléguées visant à faire recruter trois proches du MSM à ce ministère.

L’affaire agace certains cadres du MSM. «À trop vouloir en faire, Navin Beekarry se ridiculise dans l’affaire MedPoint avec sa plaidoirie, se rend à Londres pour suivre le procès et doit se cacher le visage. Cette fois, il ouvre la voie à des allégations publiques et formelles, certes infondées, de Roshi Bhadain contre Pravind Jugnauth», observe un membre du bureau politique orange. «Pourquoi même au départ s’intéresser à Roshi Bhadain, qui a perdu son siège de député à la partielle de Quatre-Bornes ? L’ICAC, si la défense de Deerpalsingh tient la route, est en train de lui donner un second souffle», s’insurge-t-il.

Outil politique

Au Réduit Triangle cependant, on croit pouvoir convaincre le Directeur des poursuites publiques que l’affaire des 24 contractuels recrutés à la Bonne gouvernance repose sur des éléments concrets et ce, même si la ligne de défense d’Akilesh Deerpalsing (ancien conseiller de Roshi Bhadain) – ce sont des postes à titre «advisory» avalisés par sir Anerood Jugnauth (Premier ministre à l’époque) et le ministère pouvait nommer qui bon lui semblait – paraît solide. «La bande à Bhadain a toujours utilisé des méthodes spectaculaires et bruyantes. À la commission, nous parlons peu, mais nous sommes efficaces. À la fin de l’enquête, nous verrons qui avait tort et qui avait raison», nous a dit une source à l’ICAC.

S’il y a certes débat sur l’efficacité de l’ICAC, son potentiel comme outil politique reste cependant bien réel. Et c’est là la crainte du ML d’Ivan Collendavelloo. «Quand le Parti travailliste voulait se débarrasser du MSM en 2011, c’est une enquête de l’ICAC et l’arrestation de Maya Hanoomanjee qui avaient tout déclenché», observe un membre du ML que nous avons rencontré. «Aujourd’hui, l’enquête sur Vijaya Sumputh peut être utilisée à des mêmes fins, si le MSM veut changer d’allié.»

Cette enquête, rappelons-le, vise l’ex-directrice du Trust Fund For Specialised Medical Care, avec certaines sources citant une éventuelle implication du ministre Anil Gayan, membre du ML. Historiquement, Ivan Collendavelloo et Navin Beekarry n’ont jamais été les meilleurs amis du monde. Quand Navin Beekarry se faisait critiquer lors de son premier passage à l’ICAC, entre 2002 et 2005, Ivan Collendavelloo, à l’époque membre du Mouvement militant mauricien, avait lui-même demandé la révocation de Navin Beekarry. Ce qui n’augure rien de bon pour le ML.

«Nous avons vu jusqu’où peut aller l’ICAC pour défendre Pravind Jugnauth dans l’affaire MedPoint. Ajoutez-y aussi le fait que Pravind Jugnauth n’ait pas permis à Ivan Collendavelloo de présider le Conseil des ministres en son absence. Les signaux ne sont guère rassurants», observe le membre du ML.

Pris entre deux feux, celui du ML et celui de certains au MSM, Navin Beekarry n’a pourtant aucun souci à se faire. Pravind Jugnauth n’a, d’un point de vue personnel et politique, aucune raison de l’inquiéter par une éventuelle révocation.

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