Pakistan: le cas d’Asia Bibi bientôt de retour devant la Cour suprême

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Des islamistes extrémistes manifestent contre l'acquittement d'Asia Bibi, le 21 novembre 2018 à Karachi, au Pakistan.

Des islamistes extrémistes manifestent contre l'acquittement d'Asia Bibi, le 21 novembre 2018 à Karachi, au Pakistan.

La Cour suprême pakistanaise décidera le 29 janvier si elle accepte d’instruire un appel contre sa propre décision d’acquitter Asia Bibi, une chrétienne au coeur d’une affaire de blasphème, a annoncé jeudi un avocat impliqué dans ce dossier.

Si la plus haute instance judiciaire du pays invalide cette procédure, plus rien n’empêchera Asia Bibi de quitter le Pakistan, où elle vit sous haute protection, étant de longue date une cible pour les extrémistes dans ce pays musulman très conservateur.

«Le 29 janvier, la Cour déterminera si notre appel contre son acquittement est recevable», a déclaré à l’AFP Ghulam Mustafa Chaudhry, l’avocat qui a lancé le recours contre son acquittement.

«Normalement, la Cour décide le même jour si l’appel est recevable ou pas», a-t-il ajouté.

D’après plusieurs experts en droit, il paraît très peu probable que la Cour suprême se déjuge, tout particulièrement dans une affaire aussi incendiaire que celle d’Asia Bibi. «C’est très rare», a déclaré l’avocat Saad Rasool à l’AFP.

La décision d’acquittement avait en outre été rédigée de manière très détaillée par le juge Asif Saeed Khosa, un expert en justice criminelle, qui entretemps est devenu lui-même le président de la Cour suprême. Le juge Khosa sera l’un des trois juges qui se prononceront mardi prochain.

En lieu sûr

Asia Bibi, condamnée à mort en 2010 pour blasphème, a été acquittée le 31 octobre par la Cour suprême, puis libérée le 8 novembre de la prison de Multan (centre), où elle était détenue. Elle réside depuis lors dans un lieu sûr au Pakistan, ont affirmé à de multiples reprises les autorités.

Alors que la France a déclaré accepter de l’accueillir, le Premier ministre canadien Justin Trudeau avait affirmé en novembre à l’AFP que son pays était «en discussions» avec Islamabad à ce sujet.

Mme Bibi, ouvrière agricole chrétienne âgée d’une cinquantaine d’années, avait été condamnée à mort en 2010 pour blasphème à la suite d’une dispute avec des villageoises musulmanes au sujet d’un verre d’eau.

Son cas a eu un retentissement international, attirant l’attention des papes Benoît XVI et François. L’une de ses filles a rencontré ce dernier à deux reprises.

L’affaire Asia Bibi divise le Pakistan, pays musulman très conservateur où le blasphème est un sujet extrêmement sensible. Des accusations suffisent à provoquer des lynchages mortels.

Les défenseurs des droits de l’homme voient en Asia Bibi un symbole des dérives de la loi réprimant le blasphème au Pakistan, souvent instrumentalisée, selon ses détracteurs, pour régler des conflits personnels.

Une quarantaine de personnes condamnées pour blasphème se trouvent actuellement dans le couloir de la mort au Pakistan, selon une estimation de la Commission internationale pour la liberté religieuse des Etats-Unis datant de 2018.

Après l’acquittement de Mme Bibi, des milliers d’islamistes avaient bloqué trois jours durant les principaux axes du pays pour exiger sa pendaison, poussant le gouvernement du Premier ministre Imran Khan à signer un accord controversé avec eux.

L’exécutif s’était engagé à lancer une procédure visant à interdire à Asia Bibi de quitter le territoire et à ne pas bloquer la requête en révision du jugement d’acquittement par la Cour Suprême. L’accord a été critiqué par de nombreux Pakistanais, furieux que l’Etat ait cédé face aux extrémistes.

Fin novembre, des centaines de sympathisants du parti islamiste Tehreek-e-Labaik Pakistan (TLP), qui avait fomenté les violents blocages, ont toutefois été arrêtés. Khadim Hussain Rizvi, le bouillonnant chef du TLP, est accusé de rébellion et de terrorisme, selon l’exécutif. De telles accusations sont passibles de la prison à vie.

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