Emploi: ces nouvelles aptitudes que recherchent les employeurs

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Un salon de l’emploi. Roland Dubois plaide pour un véritable «career guidance» afin d’aider les jeunes à s’orienter.

Un salon de l’emploi. Roland Dubois plaide pour un véritable «career guidance» afin d’aider les jeunes à s’orienter.

Flexibilité, ouverture, remise à jour des connaissances de manière ponctuelle… Autant de nouvelles aptitudes que requièrent les entreprises de nos jours. Outre les formations, l’intelligence émotionnelle est une qualité transversale, tout comme cultiver une bonne attitude professionnelle. Le point avec des professionnels du recrutement.

L’apport de la technologie

Alors que l’année 2019 est déjà bien entamée, le marché de l’emploi est en plein essor. Toutefois, fini l’époque où l’on se contentait de se former sur les bancs de l’université avant de chercher un travail. Avoir une licence ou une maîtrise n’est pas non plus une finalité en soi. Roland Dubois, ancien responsable du Youth Employment Programme, ex-directeur du Mauritius Institute of Training and Development et directeur de Roland Dubois Consulting Ltd, en sait quelque chose.

«De nos jours, les entreprises cherchent des employés avec des formations qui cut across plusieurs disciplines», explique-t-il. Un changement directement lié à l’apport de la technologie. C’est le cas pour le secteur financier par exemple. «Plus que la comptabilité traditionnelle, l’on parle aujourd’hui de FinTech», avance notre interlocuteur. Notons à cet effet l’émergence des technologies blockchain ou encore l’apport de l’intelligence artificielle dans la création de logiciels et de traitement de données financières.

Salim Peer, directeur de Castille Mauritius, filiale locale d’une société de recrutement maltaise spécialisée dans le secteur financier et les TIC, ajoute pour sa part que la comptabilité mène à des postes et secteurs encore plus pointus. «De nos jours, on parle beaucoup d’analystes financiers, des filières commerce et de la finance (trade and finance), du marché des dérivatifs, de l’investissement ou encore du marché des matières premières», fait-il ressortir.

Du côté des TIC, pas question non plus de se contenter d’un diplôme exclusivement dédié à l’informatique. «Avoir une certification ou une formation en gestion en sus des connaissances techniques de l’informatique offre de meilleures perspectives de carrière», souligne Salim Peer. La mobilité et la flexibilité sont également de mise, d’autant plus que bon nombre d’entreprises locales travaillent de plus en plus avec des marchés extérieurs.

«Soft Skills»

Par ailleurs, les employeurs recherchent de plus en plus des soft skills, des aptitudes que l’on n’apprend pas forcément sur les bancs de l’école. Parmi les soft skills les plus recherchés, l’on retrouve la capacité à être «visionnaire (aptitude principalement recherchée dans les PME en croissance qui veulent un collaborateur pouvant se projeter sur le moyen et long terme), avoir de l’audace (des employés respectueux mais qui s’expriment, affirment leurs opinions et prennent des initiatives pour soutenir les activités de l’entreprise), enfin on parle de plus en plus d’intelligence émotionnelle», explique la Communication and Recruitment Specialist de MyJob.

L’intelligence émotionnelle est une aptitude de plus en plus «indispensable» selon Aurélie Marie, étant un «gage d’une grande capacité d’écoute, de remise en question et d’empathie», des aptitudes très prisées en entreprise. Il faut ajouter à cela la capacité d’adaptation, du sens de l’organisation, à comprendre et analyser une situation et «trouver des solutions adaptées». Roland Dubois abonde dans le même sens. «Avoir une bonne attitude, démontrer de la flexibilité et le goût de l’effort font partie des bonnes attitudes que cherchent les entreprises», soutient-il. Outre l’aspect compétence et formation, ce sont pour nos interlocuteurs, les fondamentaux de l’employabilité.

Les jeunes connaissent-ils ces nouvelles tendances ? Comprennent-ils la nécessité de développer des soft skills ? Pas vraiment à en croire Aurélie Marie. «Il y a un sérieux manque d’information et certains candidats prennent à la légère les bons réflexes, attitudes et les codes de conduite en entreprise sans réaliser qu’ils se mettent eux-mêmes des bâtons dans les roues», observe la Communication and Recruitment Specialist de MyJob.mu. Attitude que déplore également Roland Dubois.

«Upskilling» et «Reskilling»

Parlant du besoin de formation en continu, Roland Dubois est d’avis que la formation en ligne est une option très intéressante et accessible pour les professionnels comme pour les étudiants. C’est la raison pour laquelle son entreprise s’est associée au géant de la formation en ligne Udemy. Celui-ci compte offrir des formations dédiées aux entreprises privées, au secteur public et aux universités.

Parmi les principales demandes du secteur privé : tout ce qui a trait à la transformation numérique, comme le marketing numérique ou encore les next generation business economics. «Auparavant, la plupart des entreprises s’appuyaient sur les diplômes comme gage de connaissances. Mais de nos jours, elles recherchent surtout des candidats avec des compétences pratiques qui les aideront à se développer. C’est pour cela qu’il faut miser au-delà des qualifications traditionnelles», a souligné Richard Qiu, vice-président et responsable de Business Development chez Udemy en déplacement à Maurice la semaine dernière. Il s’agit également pour les personnes ayant un emploi de mettre à jour leurs connaissances ou de se réorienter, ce qu’on appelle l’upskilling et le reskilling dans le jargon.

Toutefois, ils semblent être très peu à comprendre ces nouvelles dynamiques du marché de l’emploi d’après Roland Dubois. «Ceux qui sont à l’université se concentrent uniquement sur le curriculum, passant à côté des nouvelles tendances dans le monde du travail», déplore notre interlocuteur. Le directeur de Roland Dubois Consulting blâme le manque de career guidance et de recherches de la part des jeunes. «Il faudrait plus de rencontres entre les entreprises et les étudiants», pense Roland Dubois.

Pour Aurélie Marie, les jeunes devraient impérativement faire le bilan de leurs compétences, leurs qualités professionnelles et leur projet de carrière. «Évaluez vos options, informez- vous auprès des professionnels, faites des visites en entreprise, découvrez les métiers avant de faire votre choix de carrière. Une fois le métier choisi, assurez-vous qu’il y ait l’offre d’emploi pour ce métier», conseille-t-elle aux jeunes. Des conseils importants compte tenu du nombre élevé de diplômés au chômage qui se retrouvent sur le marché du travail chaque année. Ils étaient 9 700 en 2017, soit 23 % du nombre total de chômeurs.

De plus, il est important pour les jeunes de choisir des formations professionnelles qui «incluent connaissances théoriques et mise en pratique à travers des stages», d’autant plus que l’un des critères majeurs chez les entreprises reste l’expérience, en sus des qualifications. Dernier conseil, et non pas des moindres, de la part d’Aurélie Marie : «Sortez de votre zone de confort, confrontez-vous au monde du travail, n’ayez pas peur d’essuyer des échecs s’il le faut pour apprendre, comprendre et développer vos compétences.»

Les secteurs qui recrutent : BPO, TIC et hôtellerie

En ce début d’année, le plus gros demandeur d’emploi est l’hôtellerie, avance la Communication and Recruitment Specialist de MyJob.mu. L’hôtellerie et le tourisme représentent un quart des offres disponibles sur le site de recrutement en ligne. «Le secteur des TIC, celui de la restauration et de la finance également proposent de nombreuses opportunités d’emploi en ce début d’année», ajoute Aurélie Marie.

Le secteur du Business Process Outsourcing (BPO) et plus globalement celui des services ont également le vent en poupe, avec 350 postes disponibles sur le site de recrutement. Quant aux postes les plus demandés chez MyJob.mu, l’on retrouve les Accounts Assistants, conseiller client, technicien informatique, Software Engineer, développeur Web, assistant administratif ou encore cuisinier et vendeurs, énumère notre interlocutrice.

Chez Castille, l’on souligne que le secteur des TIC recrute énormément de jeunes, qu’ils soient fraîchement diplômés ou expérimentés. Toutefois, «on fait toujours face à un manque de main-d’oeuvre qualifiée sur le marché local surtout au niveau des développeurs Java, FullStack, et autres consultants Python, ERP et SAP entre autres», souligne Salim Peer. D’ajouter que cette tendance ne concerne pas uniquement Maurice. «La tendance est mondiale aujourd’hui en termes de rareté », note-t-il. Plusieurs postes sont à pourvoir sur le site de Castille, notamment ceux de General Manager, de Head of Finance, CEO-Fintech, Senior Financial Accountant, Insurance Administrator ou encore Linux System Administrator et plusieurs postes dans la filière Software Development.

Les secteurs agricole et manufacturier reculent au profit des services

Le rapport de Statistics Mauritius sur l’emploi et le chômage au cours de la décennie 2007-2017 paru en mai 2018, est très révélateur de l’évolution économique du pays qui est passé du secteur agricole vers la manufacture avant de transiter vers les services. «Le secteur tertiaire (services) a pris au fil du temps une place importante du marché de l’emploi. De 2007 à 2017, le nombre d’emplois dans ce secteur est passé de 281 800 à 372 600, englobant ainsi 68 % du marché de l’emploi à ce jour», fait ressortir Statistics Mauritius dans son rapport.

Quid du secteur agricole et manufacturier ? L’emploi dans ces secteurs est en déclin depuis ces dernières années, au profit du secteur tertiaire. Comprenant 44 100 employés en 2007, le nombre de personnes travaillant dans le secteur agricole n’était plus que 38 800 en 2017, ce qui est le résultat du déclin du secteur agricole. Même tendance au niveau du secteur secondaire (manufacturier) avec une baisse de 23 200 emplois entre 2007 et 2017.

De l’autre côté, la main-d’oeuvre locale gravit les échelons, occupant des postes de plus en plus importants, comme ceux de législateurs, directeurs, hauts cadres et techniciens de haut calibre. Selon Statistics Mauritius, s’ils n’étaient que 15,7 % des employés à occuper ces postes en 2007, ce taux a grimpé à 23,9 % en 2017. Ces postes comprennent bien évidemment les plus fortes rémunérations, avec un salaire moyen de Rs 38 200 par mois, dépassant de très loin le salaire minimum…

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