Délinquance juvénile: la détresse des parents

Avec le soutien de
(Photo d’illustration) Un bon encadrement est vital afin de gérer les enfants difficiles.

(Photo d’illustration) Un bon encadrement est vital afin de gérer les enfants difficiles.

Face aux fugues à répétition, vols, agressions ou encore à la dépendance aux drogues, l’adolescence est des plus torturées. Comment ces fléaux brisent-ils les parents ? Quel encadrement est nécessaire pour aider ces jeunes à s’en sortir ? Reportage.

Fugueuse à 11 ans, toxicomane à 13 ans, maman de 17 ans qui s’enfuit de l’hôpital avec son bébé… Les jeunes en font voir de toutes les couleurs aux adultes. D’autant qu’en ce moment, on assiste à un rajeunissement et à une féminisation de la délinquance juvénile, constatent des travailleurs sociaux, couplés à la détresse des parents. «Plusieurs filles fuguent très tôt. Certaines se retrouvent avec des grossesses non désirées alors qu’elles sont encore des enfants. Et d’autres fuient pour retrouver des ‘amis’ et se droguer», constate une travailleuse sociale.

Désarmée, leur famille tâche d’y faire face. Chaque matin, Madeline, 49 ans, vit avec la peur au ventre. «Dieu merci, j’ai pu me lever aujourd’hui. Mes garçons, qui consommaient auparavant des drogues dures, se droguent aujourd’hui au synthétique. Je leur dis sans cesse d’arrêter, mais ils continuent», déplore-t-elle. Ce calvaire, cette mère de famille le vit depuis que ses fils sont adolescents. À 13 et 17 ans respectivement, ces derniers sont devenus accros à la drogue.

«L’un se shootait à l’héroïne, puis il est passé à des stupéfiants plus forts. Mon autre fils s’y est aussi mis après un séjour à l’hôpital psychiatrique. J’avais énormément de problèmes avec eux», se rappelle Madeline. Leur père, qui était déjà toxicomane, les frappait, lâche-t-elle.

Absentéisme à l’école et désobéissances ont afflué. Quittant les bancs de l’école alors qu’ils sont en Form 2 (NdlR, dorénavant Grade 8), les fils de Madeline ont sombré dans la délinquance. Leurs larcins at autres délits les ont conduits à la Child Development Unit (CDU) et au Rehabilitation Youth Centre (RYC). Puis, ils ont fini en prison. «Je fais mes prières chaque jour. Même s’ils ont été libérés en 2018, je ne sais pas quand cela va cesser. D’autant qu’ils prennent maintenant du synthétique. Mo touzour dan traka, mo’nn tom malad», renchéritelle. Infection pulmonaire, asthme, artères obstruées, diabète, cholestérol : le poids est lourd pour Madeline.

Comme elle, bien d’autres parents sont dépassés. «Une maman en est même sortie paralysée. Maintenant, ses trois enfants ont atterri chez la grandmère, qui est également malade», confie Patricia, une travailleuse sociale. Selon elle, les adolescents dont il est question sont âgés de 14, 15 et 17 ans et sujets à une multitude de problèmes. «À 14 ans, la jeune fille a fugué plusieurs fois. Elle habitait chez des garçons, partait à l’école en uniforme, puis se changeait en chemin et faisait l’école buissonnière. Quant aux garçons, ils ont délaissé l’école et errent les rues et les rivières. La grand-mère est à bout», poursuit notre interlocutrice.

Soutien psychologique

Les autorités sont intervenues. Mais après quelque temps, les jeunes ont récidivé, indique Patricia. Heureusement, une association les suit et leur apporte un soutien psychologique. Et même si cela atténue un peu son angoisse, la grand-mère est toujours sous tension. «Face à des enfants incontrôlables, bon nombre de parents se lavent les mains. D’autres remuent ciel et terre… Mais souvent, ils s’enlisent davantage dans les problèmes», fait ressortir la travailleuse sociale.

Jean-Claude, 57 ans, ne cache pas son désarroi. Jonathan, son fils de 15 ans, affiche un comportement des plus violents. «Il cherche toujours de l’argent. On lui donne Rs 500 par semaine, mais cela lui est toujours insuffisant. Il s’est mis à tout casser, à frapper sa petite soeur, à faire du chantage. Il a même volé des choses à la maison, y compris des aliments au frigo. Tout est bon à échanger contre de la drogue», avance le père de famille.

Comment gérer ces enfants difficiles et en proie à la délinquance ? «Un bon encadrement est vital. Maintenant, je travaille davantage. Mes deux autres enfants de 17 et 15 ans sont à la garderie depuis leur jeune âge et ont vite intégré l’école. Ils sont disciplinés. Avec mes aînés, le soutien n’a pu être le même», fait valoir Madeline. Pour Patricia, les organisations peuvent aussi y contribuer : «Il faut donner des facilités de prévention aux enfants comme aux parents qui subissent la délinquance, les effets de la drogue, le manque de contrôle, entre autres.»

Edley Maurer, manager de l’association Safire, abonde dans le même sens. Selon lui, c’est entre l’âge critique situé entre 11 et 15 ans qu’il faut agir. Il suggère un encadrement solide contre les fléaux sociaux avant 16 ans. «Dans un environnement difficile, les jeunes s’exposent aux risques. Mais on doit les prendre en main au plus vite et leur apprendre à éviter la drogue et d’autres délits», précise-t-il.

En effet, souligne un autre travailleur social, de nombreux risques happent les jeunes sur le terrain. Il énumère, entre autres, l’exploitation sexuelle, le travail infantile, les mules pour le trafic de drogue. D’où l’importance d’un encadrement précoce. D’après Edley Maurer, il ne faut pas s’arrêter là. Une formation professionnelle doit suivre pour mieux les orienter professionnellement.

«On emploie beaucoup de travailleurs étrangers car les Mauriciens ne sont pas formés. Si on démarre dès l’adolescence, les jeunes auront plus d’opportunités», conclut-il.

Témoignage

Jayson, ancien pensionnaire du RYC: «J’ai trouvé ma voie de sortie à travers la musique»

«J’étais tout petit. Un membre de l’entourage familial a abusé de moi. Quand j’ai brisé le silence, ma mère a quitté la maison. Ma tante a contacté les autorités. La CDU nous a envoyé ma soeur aînée et moi dans un foyer», raconte Jayson, 20 ans. Alors adolescent, il est ballotté entre les centres d’accueil. L’encadrement qui y prévaut l’aide à trouver un peu ses repères, mais il avoue que son tempérament de «mauvais garçon» prenait parallèlement le dessus.

«J’avais un caractère chaud, je m’énervais, j’aimais me bagarrer avec d’autres enfants, les gens en dehors, etc. Je faisais les activités, mais je ne voulais pas qu’on me donne des ordres. Je n’arrivais pas à me contrôler.» Face à son comportement parfois violent, les responsables des foyers le référaient à l’hôpital de Brown-Séquard. Pendant un an, il fait le va-et-vient. «Cela ne s’est pas bien passé. Je n’étais pas fou, mais c’est comme si la folie me ravageait intérieurement.»

Après ce passage, Jayson est placé au RYC, étant hors de contrôle. Il y demeure jusqu’à ses 18 ans. C’est au sein de cette «prizon zanfan» qu’il retrouve le droit chemin. «C’est bien que j’y sois allé. Là-bas aussi, j’étais un peu brigand. Mais il y avait un programme de scolarité et un programme d’encadrement. » À sa sortie, il parvient à retrouver sa maman, à qui il a pardonné pour l’avoir abandonné. Jayson a exercé plusieurs emplois, notamment dans des magasins et restaurants. Mais désormais, il semble avoir trouvé son créneau : la musique. Se produisant lors des spectacles de foyers, il est de plainpied dans ce domaine. Auteur et compositeur, il figure sur des compilations et compte des prestations dans des événements nationaux. Il joue également dans les soirées. «J’ai enfin trouvé ma voie de sortie. Je travaille en ce moment sur un projet artistique. J’espère qu’il aboutira d’ici la fin de cette année…»


En chiffres

600 jeunes ont commis des délits en 2017. Selon Statistics Mauritius, ce taux est à la baisse comparé à celui de 2016, qui était de 743. Une réduction de 19 % est ainsi recensée. Ces chiffres incluent respectivement 73 délits sexuels, 32 délits de drogue et 216 cas d’agressions en 2017.

Durant cette même période, 680 contraventions ont été émises. 94 % d’entre elles concernaient des infractions routières. Quant aux adolescents placés au Correctional Youth Centre, ils étaient au nombre de 172 en 2017 contre 154 en 2016. Ce qui marque une hausse de 12 %.

Pour ceux admis au RYC, le taux est resté à 188 en 2016 et 2017. Les raisons de leur placement dans ces établissements étaient, notamment, des vols et des cas de «child beyond control».

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