Laurent Baucheron de Boissoudy: la solitude, un mal qui mène à la dépression

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Laurent Baucheron de Boissoudy, psychologue.

Laurent Baucheron de Boissoudy, psychologue.

Aujourd'hui on commémore la Journée mondiale des solitudes. Sans nous en rendre compte, plusieurs personnes dans notre entourage sont seules. Cet état peut avoir des conséquences désastreuses. Pour mieux comprendre la solitude, le psychologue Laurent Baucheron de Boissoudy répond à nos questions.

Qu’entendez-vous par le terme «solitude» ?
Dans l’inconscient collectif, le terme «solitude» renvoie à un concept chargé négativement d’un point de vue émotionnel. C’est une représentation mobilisant des affects et des sentiments, qui rendent mal à l’aise. La solitude est une contre-valeur dans notre univers prônant l’épanouissement et la réussite sociale. Notons tout de même que la solitude a aussi une dimension fascinante dans la mesure où elle renvoie à l’émancipation de la dépendance affective. Je pense, par exemple, au mythe du cow-boy solitaire ou à l’ermite qui vit seul dans une montagne.

Existe-t-il plusieurs types de solitudes ?
Nous pouvons distinguer des solitudes choisies volontairement, des solitudes de circonstances et des solitudes subies, involontaires. Certaines personnes peuvent faire le choix de la solitude en décidant d’être gardiennes de phare au large des côtes, en entreprenant un voyage d’exploration dans une région reculée du monde telle que l’Arctique ou l’Antarctique ou en décidant d’écrire un roman en s’isolant pendant un an dans une maison de campagne. Ce sont des solitudes volontaires et de circonstances qui peuvent s’interrompre si la personne le souhaite. La solitude de circonstances correspond à une situation de vie de courte durée, nécessaire à la réalisation d’un projet. Partir étudier ou travailler à l’étranger par exemple. La solitude prend une dimension tout à fait différente lorsqu’elle est subie, non désirée. C’est alors qu’elle est la plus pénible, la plus difficile à vivre. Elle pourra entraîner des troubles psychologiques tels que l’angoisse ou la dépression. Elle fait partie des éléments pouvant générer des pensées suicidaires. Certains sociologues n’hésitent pas à dire qu’elle est le mal du siècle.

Quelles sont les personnes qui peuvent être plus affectées par la solitude ?
Les êtres humains sont des êtres grégaires, faits pour vivre ensemble, en relation avec d’autres êtres humains. L’affectivité, les signes de reconnaissance, correspondent à des besoins essentiels. La solitude prive l’homme de ces «nourritures psychologiques». Nous portons en nous un programme génétique qui nous pousse à chercher à avoir des relations sociales. Certaines personnes ont plus de ressources intérieures, qui leur permettent de faire face à des périodes de solitude. Les personnes ayant plus de dépendance affective et ayant besoin des autres pour les nourrir, les animer, donner du sens à leur vie, auront plus de mal à vivre la solitude.

À quel moment de notre vie peut-elle survenir ?
Si la solitude peut se rencontrer à toutes les étapes de la vie, elle est plus fréquente chez des adultes se trouvant séparés de leur famille et bien sûr chez les personnes âgées. Ilarrive qu’en raison de l’éloignement géographique ou à cause de problèmes relationnels, certains ‘coupent les ponts’ avec leurs proches, leur propre famille. C’est la raison pour laquelle certains adultes se retrouvent dans la solitude.

La solitude peut-elle être positive ? Si oui comment ?
Lorsque des circonstances de la vie nous obligent à être confrontés à la solitude, nous pouvons considérer que cela représente une opportunité psychologique pour expérimenter et prendre conscience de nos propres ressources intérieures pour y faire face. La solitude est recherchée depuis toujours par les personnes qui ont besoin de se recueillir, de réfléchir, de penser, de prier. La méditation peut se faire en groupe, mais c’est toujours une expérience de contact avec soi-même, qui demande d’être seul afin de ressentir le lien entre soi et l’univers, entre soi et le monde, entre soi et Dieu.

Quand savons-nous que la solitude devient un problème et qu’il faut l’aide d’un professionnel ?
Comme pour de nombreux symptômes psychologiques, le seuil critique est toujours l’affaire de trois paramètres : l’intensité, la durée dans le temps et le degré de souffrance associée. Lorsque la solitude est passagère et qu’elle n’occasionne pas de souffrance trop vive, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. C’est donc lorsque la solitude dure dans le temps et devient trop douloureuse qu’il y a lieu de prendre des mesures de soin.

Comment venir en aide à une personne souffrant de solitude ?
Bien sûr en offrant sa présence, sa disponibilité, son écoute et son soutien. Si une personne semble souffrir profondément d’un sentiment de solitude, si elle est excessivement timide ou bien a un complexe pénalisant, il est possible qu’en s’adressant à un professionnel de la psychologie, elle puisse trouver l’origine de son problème. Elle pourra alors, en travaillant sur son blocage, se libérer de cette solitude qui semblait jusqu’alors inévitable. Les services sociaux et les associations telles que certaines ONG ont pour vocation de repérer les personnes seules et de leur proposer des solutions d’aide.

Est-ce que ce mal devient plus récurrent de nos jours et pourquoi ?
La Journée mondiale des solitudes permet d’alerter la population à propos d’un véritable risque qui concerne les générations à venir, c’est l’isolement des personnes âgées. Autrefois, les parents vieillissants continuaient à faire partie de la vie familiale sans discontinuité. La famille était composée de plusieurs générations vivant ensemble sous un même toit. Aujourd’hui, une tendance pousse les jeunes couples à vivre dans leurs propres maisons avec leurs enfants. Les grands-parents se retrouvent alors confrontés à vivre seuls. De nos jours, les célibataires ayant du mal à rencontrer l’âme soeur, c'est aussi un facteur de solitude propre à notre époque.

Comment faire pour y remédier ?
Nous devons redécouvrir de nouvelles façons de maintenir un ‘tissu social’ permettant de concilier l’épanouissement individuel et celui des couples voulant ‘vivre leur vie’ sans pour autant que certains se retrouvent ‘sur la touche’ , les célibataires et les personnes âgées notamment, qui sont les plus vulnérables.

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