Collèges régionaux: des classes de HSC appelées à disparaître

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Dans de nombreux établissements, des élèves ont pour seule option de revoir leur combinaison de matières.

Dans de nombreux établissements, des élèves ont pour seule option de revoir leur combinaison de matières.

Combien d’élèves n’ont-ils pas réussi à obtenir 4 credits lors du School Certficate (SC) cette annéeci et, ainsi, à se qualifier pour le Higher School Certficate (HSC) ? Si après beaucoup de réticences, les statistiques sur la performance générale et la performance par matière ont été rendues publiques vendredi, le nombre d’élèves qui montent en HSC demeure jalousement gardé.

Nos recherches indiquent que ces statistiques ont été «verrouillées» par le ministère de l’Éducation et ne seraient accessibles qu’à la haute hiérarchie. Le ministère ferait donc exprès de maintenir l’opacité. Entre-temps, une des premières conséquences de cette décision est la disparition inévitable des classes de HSC dans les collèges régionaux.

Selon les professionnels de l’éducation, sur le nombre total d’élèves ayant pris part au SC, il se pourrait qu’un sur deux n’ait pas pu récolter les quatre credits nécessaires pour poursuivre sa scolarité en Grade 12 (NdlR, anciennement Lower 6). C’est l’avis de Basheer Taleb, le président de la Fédération des managers des collèges privés. «En analysant les résultats des matières individuelles et le taux de réussite par collège, il est clair qu’au moins 50 % des élèves n’ont pu avoir un nombre suffisant de credits. Je ne serais pas surpris d’apprendre que plus de la moitié est concernée», dit-il.

Il ajoute qu’à samedi soir, certains établissements régionaux privés n’ont reçu que 3 ou 4 élèves en HSC, sur un total d’environ 20 collégiens ayant pris part aux examens. Il ajoute que cette situation aura un effet boule de neige car des élèves préféreront changer d’établissement, au lieu de poursuivre leur scolarité dans une classe avec trois ou quatre élèves seulement.

Ally Yearoo, secrétaire de l’Education Officers Union, abonde dans le même sens. Selon lui, dans plusieurs collèges régionaux d’État (State Secondary Schools – SSS), de nombreux élèves sont contraints de revoir leurs options, c’est-à-dire la combinaison de matières choisies au niveau du HSC. Pour cause, n’ayant pas obtenu les 4 credits demandés, ces élèves sont obligés à passer en revue leurs choix initiaux. «Au Mapou SSS, sur les 45 % d’élèves qui ont réussi le SC, uniquement 20 % sont éligibles à prendre part au HSC», souligne-t-il.

Il affirme que le scénario serait le même dans de nombreux autres collèges régionaux d’État, dont celui de Rivière du Rempart SSS. D’autres établissements, comme Sebastopol SSS, se retrouvent avec 5 élèves qualifiés seulement, alors que La Gaulette SSS ne compte que trois élèves qui ont pu monter en HSC. «Nous avons fait une demande au ministère de l’Éducation, de laisser monter les élèves en Grade 12 exceptionnellement avec trois credits. Sinon, ce sera un véritable drame. De plus, nous avons demandé de rendre publics les chiffres sur le nombre d’élèves qui n’ont pas réussi à cumuler les 4 credits requis sur le plan national. Cela, dans le but de nous permettre de réfléchir à une stratégie. Mais aucune réponse n’a été obtenue jusqu’à présent», déplore-t-il.

Leçons particulières

Le syndicaliste dit être en contact avec de nombreux parents qui encouragent leurs enfants à abandonner l’école au profit de leçons particulières. «C’est malheureux, mais les parents sont prêts à payer plus pour des leçons particulières et optent pour le GCE A-Level. Les élèves seront déscolarisés pour ensuite compléter leur scolarité dans le privé».

Ramparsad Mungar, secrétaire de la Fédération des managers des collèges privés, a, quant à lui, une autre interprétation. Selon lui, uniquement entre 30 % et 35 % des élèves qui ont réussi le SC ont pu se qualifier pour le HSC. «Plusieurs collèges régionaux deviendront des Grade 11 schools. Et donc, une bonne partie des infrastructures deviendront obsolètes, alors que les enseignants seront eux rendundant », avance-t-il. Pour lui, le ministère ne semble pas avoir réfléchi avant d’imposer le critère de 4 credits.

«Si la logique derrière est de faire de sorte que les élèves fassent plus d’effort, c’est perdu d’avance. Pour les élèves qui ont obtenu de faibles points au Primary School Achievement Certificate, il leur sera quasiment impossible d’obtenir 5 credits, qui sera le critère de qualification pour le HSC à partir de l’année prochaine», fait valoir Ramparsad Mungar. Il ajoute qu’il aurait fallu régler le problème dès la base, au niveau du primaire, voire le préprimaire. «La disparité existe dès le préprimaire. Ni les écoles, ni les enseignants ne sont du même niveau.»

Interrogé, un ancien cadre de l’Éducation explique, pour sa part, qu’il s’agit d’un faux débat. «Le HSC est dépassé. Il n’y a qu’à Maurice qu’il existe, pour rendre possible le système des lauréats . Ailleurs, dans le monde, les élèves choisissent le GCE A-Level, où on peut opter pour deux matières principales uniquement », soutient-il. Et de poursuivre que le fait d’imposer 4 ou 5 credits ne fait pas de sens. «Cambridge ne demande pas tout ça. Qu’est ce qui dit qu’un élève ne peut pas s’améliorer par la suite ? Quid des théories sur les late developers dans tout ça ?»

Le «credit» expliqué

D’abord, qu’est-ce qu’un credit ? C’est l’équivalent d’une note supérieure à 50 points par sujet. Lorsque les élèves ayant pris part aux examens du School Certificate reçoivent leurs résultats, ils obtiennent chacun un aggregate (1-9) par matière. Les aggregate 1 et 2 représentent les meilleures notes, soit entre 80 et 100 points. Alors que le 9 est synonyme d’échec. Un credit est toutefois obtenu jusqu’à l’aggregate 6, soit une note supérieure à 50 points. Désormais, un élève devra obtenir plus de 50 points dans au moins cinq sujets s’il souhaite monter en Grade 12 à partir de l’année prochaine. Cette année, un total de 4 credits est nécessaire.

L’historique d’un système controversé

1977 : C’est l’année durant laquelle l’éducation devient gratuite. Les élèves des collèges d’État ainsi que ceux du privé doivent obtenir 4 credits pour accéder en Lower VI. La seule condition imposée était qu’un élève obtienne les credits dans les matières qu’il a choisies pour le HSC.

2011 : Le ministre de l’Éducation de l’époque, Vasant Bunwaree, décide de ramener le nombre de credits à trois pour accéder en HSC. Le Conseil des ministres approuve son choix. Dans certains cas, les repeaters en Form V pouvaient monter en Lower VI avec seulement deux credits.

2017 : Leela Devi Dookun-Luchoomun annonce que ceux qui prennent part aux examens du SC en 2019 devront obtenir cinq credits pour accéder en Lower VI. Exception est faite pour la cuvée 2018, c’est-à-dire ceux qui viennent d’obtenir leurs résultats cette année. Ils sont autorisés à faire le HSC avec un minimum de 4 credits. Malgré les protestations et interrogations multiples, la ministre de l’Éducation fait comprendre que la décision est définitive.

Quelles alternatives pour les élèves recalés ? 

Pour Vasant Bunwaree, il est clair que cette mesure fera que moins d’étudiants opteront pour des études supérieures. «Le gouvernement décide de rendre gratuites les études supérieures. Mais parallèlement, il ferme la porte pour y accéder.» L’ancien ministre de l’Éducation regrette que sa décision de ramener le nombre de credits à trois pour accéder en Lower VI ait été revue. «Parmi ceux qui avaient obtenu trois credits, des centaines étaient diplômés. On ne peut pas parler d’échec. Au contraire.» Il estime que les conséquences seront catastrophiques pour ceux qui seront «pénalisés».

Steven Obeegadoo, également ancien ministre de l’Éducation, abonde dans le même sens. Il estime que le gouvernement avait le devoir moral de prévoir une mesure parallèle pour ceux ayant moins de cinq credits. «La MITD aurait dû étendre ses offres après consultations avec les employeurs. Les offres devraient être dictées par la réalité du marché du travail. Les élèves n’auront, certes, pas la possibilité de poursuivre leurs études académiques. Mais ils ne seront pas pénalisés. C’est pour ce genre de choses que des jeunes tombent dans des fléaux. C’est révoltant», s’insurge-t-il.

Par ailleurs, Steven Obeegadoo dit ne pas comprendre pourquoi le Mauritius Examinations Syndicate refuse de publier des statistiques concernant le nombre d’élèves ayant moins de cinq credits. «Les derniers chiffres ont été publiés en 2016. Que cache le ministère, puisque les directives sont venues de là-bas ? C’est inacceptable d’autant plus que le gouvernement prône une bonne gouvernance. Comment savoir s’il s’agit d’une bonne décision si tous les éléments ne sont pas réunis ? Sé enn sistem anba-lao.»

La public service commission comme prétexte ?

 Une des raisons avancées par le ministère de l’Éducation pour justifier les 4 «credits» demandés est le recrutement dans la fonction publique. Même si enseignants et parents avancent que tous les élèves ne sont pas intéressés de se faire embaucher par le gouvernement, l’Éducation persiste et signe. Qu’en est-il réellement ? Dans les milieux proches de la Public Service Commission, on souligne que le SC compte et, en général, on demande bel et bien 5 credits. «Mais c’est le certificat final qui compte le plus. C’est-à-dire le diplôme universitaire», avance-t-on. Et d’ajouter qu’il faudrait également s’attarder sur les «Scheme of Services» des postes. Cependant, on concède que dans certains postes techniques ou «scarcity areas», le SC ne compte pas tant.

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