Brexit: les exportations vers la Grande-Bretagne en chute libre

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Le secteur textile a subi l’impact du Brexit, les exportations ayant chuté de 8 % en 2016.

Le secteur textile a subi l’impact du Brexit, les exportations ayant chuté de 8 % en 2016.

L’échec du vote de l’accord du Brexit mardi relance les spéculations sur l’avenir de la Grande-Bretagne. Les exportations locales vers ce marché, déjà affectées par le référendum de 2016, en ressentiront l’effet, observent des spécialistes.

De l’incertitude à n’en plus finir. Après l’échec du vote par le Parlement britannique, mardi, de l’accord du Brexit avec l’Union européenne, piloté par la Première ministre britannique, Theresa May, les opérateurs économiques mauriciens craignent le pire. Ils prévoient que cette longue période d’incertitude continuera d’entraîner des baisses significatives de nos exportations vis-à-vis de l’ancienne métropole.

D’ores et déjà, depuis le référendum sur le Brexit en juin 2016, et ce jusqu’en décembre 2017, nos exportations vers la Grande-Bretagne, hormis le sucre, ont chuté de 5 %, représentant une baisse de Rs 400 millions. «Nous sommes aujourd’hui face à une situation qui nous ramène à la case départ. Après plus de deux ans d’incertitude quant au positionnement de ce pays au sein de l’Union européenne, il me semble que l’échec du vote perpétue un environnement économique qui n’est pas propice à la conduite des affaires entre Maurice et la Grande-Bretagne », souligne Lilowtee Rajmun-Jooseery, directrice de la Mauritius Exports Association. Et d’ajouter que la baisse des exportations, soit moins 8 % en 2016 et de moins de 2 % en 2017, est liée directement aux effets du Brexit sur les secteurs d’exportation, dont les produits textiles et le thon. Sans compter, insiste-telle, ses effets multiplicateurs sur le marché européen.

Certes, la Grande-Bretagne représente un marché non négligeable pour Maurice avec des exportations d’une valeur de Rs 11 milliards en moyenne, avec le textile et le thon représentant Rs 9 milliards. Pour le moment, la directrice de la Mauritius Exports Association ne prévoit pas de gros changements dans la stratégie d’exportation des opérateurs avec l’ancienne métropole de Maurice. Toutefois, elle estime que ces nouveaux développements dans le dossier du Brexit viennent compliquer une situation déjà stressante pour les exportateurs locaux.

Ahmed Parkar, un des directeurs de Star Knitwear, entreprise de textile, tente de relativiser la situation. Il trouve prématuré de préjuger les différentes options qui sont devant Theresa May et son gouvernement et celle qui aura éventuellement la faveur du Parlement. «Tout se joue en Grande-Bretagne et qu’on le veuille ou non, on n’a aucune emprise sur le cours de ces événements. Je ne suis pas tellement inquiet car à ce jour on connaît le type de Brexit souhaité par les 52 millions d’habitants. En revanche, il y a les risques que la situation domestique de la Grande-Bretagne se dégrade économiquement, vu l’incertitude suivant les spéculations qui vont se relancer après l’échec de cet accord. Une situation qui pourrait éventuellement influer négativement sur nos exportations vers ce pays.»

L’économiste Swadicq Nuthay abonde dans le même sens. Il prévoit que si la situation ne se décante pas assez vite, la Grande-Bretagne court le risque de se retrouver dans une récession économique avec la livre sterling s’enfonçant, perdant la confiance des investisseurs et condamnée à la dépréciation. Selon les spécialistes, les choses pourraient évoluer très vite, tant positivement que négativement.


Les trois options de Theresa May

La chef du gouvernement britannique a trois options pour sortir de cette impasse. Premièrement, elle peut essayer de persuader l’Union européenne (UE) de revoir l’accord de retrait, mais il reste à savoir si les 27 Étatsmembres vont accepter ce point. Deuxièmement, elle peut négocier avec les députés de l’opposition pour dégager une approche consensuelle, d’autant plus que certains ministres lui conseillent d’accepter une union douanière permanente avec l’UE. Une initiative soutenue par le Parti travailliste afin de mettre fin à l’impasse au Parlement. Toutefois, cette démarche forcerait le Royaume-Uni à conclure des accords commerciaux avec des pays extérieurs à l’UE. Enfin, Theresa May peut essayer de convaincre les conservateurs eurosceptiques qu’elle quitterait 10 Downing Street dès que le Royaume-Uni aura quitté l’UE, laissant l’opportunité à l’un des leurs de «façonner les relations futures avec l’UE».


En chiffres

Le Royaume-Uni a été notre principal marché d’exportation sur l’Europe au cours des dix dernières années. Toutefois, selon les données compilées par la Chambre de commerce et d’industrie de Maurice dans l’Export Insights-Market Trends 2008-2017, la part de nos exportations en termes de quantité et de valeur tend à diminuer sur le marché britannique. Pour cause, si le Royaume-Uni représentait 34 % de nos exportations en 2008, ce marché n’en englobait que 12 % en 2017. S’agissant de la valeur de nos exportations, celle-ci a chuté de 57 % durant ces 10 dernières années, passant de Rs 20 milliards à Rs 8,5 milliards.

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