Le Parlement débat la motion de censure contre May après sa déroute sur l’accord de Brexit

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La Première ministre britannique Theresa May devant les députés, le 16 janvier 2019 à la Chambre des Communes à Londres.

La Première ministre britannique Theresa May devant les députés, le 16 janvier 2019 à la Chambre des Communes à Londres.

Le chef de l’opposition travailliste, Jeremy Corbyn, a fustigé le gouvernement «zombie» de la Première ministre britannique Theresa May, à l’ouverture mercredi du débat au parlement sur une motion de censure contre elle, après sa déroute sur l’accord de Brexit.

Estimant que la dirigeante conservatrice a perdu «la confiance et le soutien» du Parlement, au lendemain du rejet massif de son accord de Brexit par les députés britanniques, il l’a appelée à «faire ce qui est juste et démissionner», à moins de trois mois de la sortie de l’UE prévue le 29 mars.

La motion de censure déposée par le Labour sera soumise au vote autour de 19H00 GMT, mais elle a peu de chance d’aboutir, le Parti conservateur de Mme May et son allié le petit parti unioniste nord-irlandais DUP serrant les rangs derrière elle. Ils disposent ensemble de la majorité absolue.

Cette motion a été déposée à la suite du rejet, à une écrasante majorité, de l’accord de Brexit négocié par Mme May avec Bruxelles, qui ne satisfait ni les europhobes, ni les europhiles. Le texte a été écarté mardi soir par 432 voix contre 202, du jamais vu dans l’histoire parlementaire britannique. Pire, 118 députés de la majorité conservatrice ont voté contre.

La presse britannique y voyait mercredi «Une humiliation complète», selon le Daily Telegraph, tandis que le tabloïd The Daily Mail juge que Theresa May «lutte pour sa survie». Aux États-Unis, le Washington Post estime que le Royaume-Uni se «dirige vers un désastre».

Selon l’éditorialiste du Times Matthew Parris, il est temps que des parlementaires chevronnés prennent en main le dossier Brexit. «Il n’y a aucun leadership, ni au sein du gouvernement ni dans l’opposition, qui soit capable de nous aider à sortir de ce bourbier», déplore-t-il.

«Poison de l’accord»

Si Theresa May survit à la motion de censure, elle aura jusqu’à lundi pour présenter un «plan B». Plusieurs options s’offrent à elle: s’engager à retourner négocier à Bruxelles, ou demander un report de la date du Brexit. Le rejet du texte accroit aussi la possibilité d’un divorce sans accord, le pire scénario pour les milieux économiques.

Une autre hypothèse, celle d’un deuxième référendum, a été défendue par 71 députés travaillistes dans une lettre publiée mercredi. Cette option, rejetée par Theresa May, est «la seule crédible», a jugé la Première ministre écossaise, l’indépendantiste et europhile Nicola Sturgeon.

Pour tenter de débloquer la situation, Theresa May a annoncé qu’elle voulait désormais s’entretenir avec des députés de tous les partis «pour identifier les éléments nécessaires en vue d’obtenir le soutien de la Chambre des communes».

Nigel Dodds, député du DUP, a une nouvelle fois réclamé de revoir les dispositions relatives au «filet de sécurité» («backstop» en anglais) sur lesquelles se cristallise le mécontentement. «La Première ministre doit réaliser que le backstop est (...) le poison de l’accord de retrait», a-t-il déclaré sur la BBC.

Cette option de dernier recours prévoit la mise en place d’une union douanière entre le Royaume-Uni et l’UE pour éviter le rétablissement d’une frontière physique entre l’Irlande et la province britannique d’Irlande du Nord, si aucune autre solution n’est trouvée à l’issue de la période de transition, prévue pour durer jusqu’à fin 2020. De nombreux députés britanniques craignent que cela contraigne leur pays à maintenir les liens avec l’UE pour une période indéfinie.

«Si rien ne change, alors tout le monde aura un gros problème, y compris les Irlandais, l’Europe et la Commission européenne», a mis en garde M. Dodds.

«Encore le temps»

Côté européen, l’inquiétude d’une sortie sans accord s’est accrue. Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a exhorté le Royaume-Uni à «clarifier ses intentions aussi vite que possible», estimant que «le risque d’un Brexit sans accord s’est accru».

Le négociateur en chef des Européens, Michel Barnier, a exprimé ses «regrets», rappelant que le texte avait été négocié «sur la base des lignes rouges du gouvernement britannique». Il a annoncé une intensification des préparatifs relatifs au scénario d’un «no deal». L’Irlande et la France ont également pris des dispositions en ce sens.

Il ne s’agit plus d’hypothèses de travail, a prévenu le Premier ministre irlandais, Leo Varadkar. Ces préparatifs «sont désormais mis en œuvre par le gouvernement. Les entreprises et autres organisations doivent faire de même».

La chancelière allemande Angela Merkel a elle souligné qu’il y avait «encore le temps de négocier» tout en demandant à Theresa May ce qu’elle «propose».

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