Post-AGOA: Maurice prépare un accord de libre-échange avec les Etats-Unis

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Le secteur du textile représente 59 % des exportations vers les États-Unis.

Le secteur du textile représente 59 % des exportations vers les États-Unis.

Avec l’éventuel non renouvellement de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) à l’échéance de 2025, Maurice ne peut se permettre d’attendre. Le gouvernement semble l’avoir compris, puisque le ministère des Affaires étrangères y travaille déjà. Si les chiffres tendent à démontrer que le marché américain occupe une place importante pour nos exportations, force est de constater que certains produits exportés vers le pays de l’Oncle Sam restent plus ou moins les mêmes.

Qu’est-ce que l’AGOA ?

Il s’agit d’un accès préférentiel octroyé par le gouvernement américain à 38 pays de l’Afrique subsaharienne, dont Maurice, pour la première fois en mai 2000 sous le gouvernement Clinton. Il a été renouvelé une nouvelle fois en 2010 et ce jusqu’en 2025. À travers l’AGOA, les pays bénéficiaires ont la possibilité d’exporter vers les États-Unis sans payer de droit d’entrée et sans quota. La liste de produits éligibles sous l’AGOA s’étend à 7 000 environ, allant du textile, des dispositifs médicaux à certains produits agroalimentaires pour n’en citer que quelques-uns.

Si l’AGOA devrait rester en vigueur jusqu’en 2025, il y a de fortes chances qu’elle ne soit pas renouvelée en raison de la nouvelle politique économique adoptée sous l’administration Trump, qui privilégie la réciprocité commerciale et le protectionnisme. Raison pour laquelle, Maurice se positionne déjà pour négocier un accord de libre-échange avec les États-Unis.

L’AGOA : levier de croissance des exportations pour Maurice

Parmi les différents accords commerciaux dont Maurice est signataire, que ce soit sur le continent africain ou l’Europe, l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) figure sans conteste parmi les plus prolifiques. Et pour cause, alors que la balance commerciale du pays tend à être déficitaire, celle vers les États-Unis est pour sa part positive.

Selon l’Export Insights-Market Trends 2008-2017, publiée par la Chambre de Commerce et d’Industrie de Maurice (CCIM) l’année dernière, nos exportations vers les États-Unis ont presque doublé au cours des dix dernières années, passant de Rs 3,9 milliards en 2008 à Rs 8 milliards en 2017. «Le pourcentage de nos exportations vers les États-Unis était de Rs 6 % en 2008 avant d’atteindre 11 % en 2011», souligne le rapport. Tendance haussière qui a perduré avant de légèrement chuter en 2016. Baisse également enregistrée en 2018. Les importations s’élevaient pour leur part à Rs 2,1 milliards en 2017. La balance commerciale demeure tout de même positive.

L’AGOA a joué un rôle déterminant dans le développement du secteur de l’exportation à Maurice, notamment pour le textile, le principal produit exporté par le pays vers les USA. Maurice Vigier de Latour, président de la Mauritius US Business Association, rappelait d’ailleurs dans nos colonnes le 9 janvier dernier, que l’AGOA avait été l’un des principaux leviers de développement pour le secteur textile. «Maurice se classe en quatrième position parmi les pays exportateurs du textile vers les États-Unis derrière le Kenya, le Lesotho et Madagascar», soulignait-il. À savoir que Maurice bénéficie des dérogations relatives au Third Country Fabric sous le régime de l’AGOA.

L’usine textile Wensum fait partie des entreprises qui exportent vers les États-Unis à travers l’AGOA. Spécialisée dans la confection de costumes haut de gamme, dont les produits sont principalement exportés vers le marché britannique, l’usine a entamé une diversification de marché aux alentours de 2016, notamment vers l’Asie et les États-Unis. «Nos exportations vers les États-Unis ont bien démarré. Elles ont grimpé de 15 % l’année dernière», explique Avinash Goburdhun, directeur de l’usine.

Fait intéressant : depuis que les États-Unis livrent une guerre commerciale avec la Chine, l’entreprise a noté une hausse de ses demandes des States. Une situation qu’elle compte bien continuer d’en profiter. Toutefois, pénétrer le marché américain n’a pas été une mince affaire, raconte notre interlocuteur. «Cela nous a pris au moins une année au préalable pour négocier les commandes et échantillonner», explique-t-il. Mais avec la progression des ventes vers ce marché, le pari semble réussi pour Wensum.

Sous-utilisation

Toutefois, force est de constater que Maurice n’a pas beaucoup capitalisé sur la longue liste de produits éligibles à l’export sous l’accord commercial. Comme en témoigne le Top 15 des marchandises les plus exportés vers les USA publié par la CCIM dans son rapport. Parmi eux, l’on retrouve principalement le textile, le «seafood» et des instruments médicaux. Le textile constituait à lui seul 59 % des exports vers les États- Unis en 2017 souligne la CCIM. Pour le directeur de Wensum, vu la diversité de produits éligibles à l’export sous l’AGOA, Maurice devrait identifier des créneaux porteurs autres que ceux existants. Selon lui, le pays a un réel potentiel dans le marché haut de gamme. Pour preuve, malgré une forte compétition avec l’Italie, le Portugal et la Turquie sur le marché des costumes haut de gamme, Wensum parvient tout de même à se positionner.

Autre produit local qui marche bien sur le marché américain : le sucre. Bien qu’il ne soit pas exporté sous l’AGOA, nos exports sucriers vers les États-Unis se portent plutôt bien selon le rapport de la CCIM. «En 2017, la valeur de nos exportations de sucre vers le marché américain s’élevait à Rs 430 millions alors qu’elle était quasi inexistante en 2008», révèle la CCIM dans son rapport.

Devesh Dukhira, Chief Executive Offier du Syndicat des sucres, révèle à cet effet que le sucre mauricien bénéficie du Tariff Rate Quota, un contingent dont tire avantage une quarantaine de pays à travers le monde pour l’exportation de sucre roux à fin d’affinage vers les USA. Le volume de ce quota se chiffre à 1,2 million de tonnes au total, parmi lequel Maurice peut exporter 12 000 tonnes hors taxe. «Nous exportons surtout des sucres spéciaux vers les USA», explique-t-il.

Le pays pourrait augmenter la quantité de sucre exportée en raison de la demande. Mais comme le pays doit s’acquitter de frais douaniers pour un volume dépassant les 12 000 tonnes, cela constitue un frein à notre expansion sur ce marché. Ce qui fait dire à notre interlocuteur que dans l’éventuelle négociation d’un accord commercial bilatéral avec les États-Unis, il serait bien d’enlever ce quota sur le sucre.

Pour Maurice Vigier de La Tour, il est impératif que Maurice se prépare dès aujourd’hui au non-renouvellement de l’AGOA en 2025. «Sept ans ne représentent pas une longue période. Il faut du lobbying aux États-Unis même et une utilisation totale de toute la capacité dont on dispose dans le cadre de notre diplomatie économique. L’idéal serait que la réputation dont Maurice jouit aux yeux des Américains par rapport à sa performance sur le plan économique et le respect des obligations d’un pays attaché à la démocratie permettent à Maurice d’être parmi les premiers pays que les États-Unis inviteront à la table de négociation », fait-il ressortir.

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