Bidianand Jhurry: «Je serai toujours reconnaissant envers Mgr Ernest»

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Bidianand Jhurry, ancien syndicaliste.

Bidianand Jhurry, ancien syndicaliste.

À l’approche de ses 70 ans, l’ancien syndicaliste se dit toujours marqué par son emprisonnement en 2015. Il remercie encore l’évêque de Maurice de son soutien dans ces moments difficiles.

Bidianand Jhurry affiche la sérénité. Cet ancien syndicaliste a cependant vécu des moments éprouvants, en particulier quand il a été condamné à la prison. À cette époque, l’évêque de Maurice l’a soutenu. «Je serai toujours reconnaissant envers Mgr Ernest», confie celui qui habite toujours Beaux-Songes, le village de son enfance.

Bientôt 70 ans, Bidianand Jhurry est aujourd’hui à la retraite. «Je suis un homme libre, je fais un petit part time, dans une firme, à l’ouest du pays et je consacre le reste de mon temps à mes cinq petits-enfants», dit-il. «Souvent, des amis syndicalistes me sollicitent pour un point de vue sur un sujet précis. C’est avec plaisir que je discute de ces questions.»

Le vieux routier dit apprécier la rigueur de ses camarades qui préparent méthodiquement leurs dossiers. «Auparavant, les tripartites avaient lieu en avril ou mai. Toutefois, nous commencions à préparer nos dossiers depuis janvier», se remémore l’ancien président de la General Workers Federation. Le retraité précise qu’il en était de même pour des débats devant le National Remuneration Board (NRB) ou la défense d’un travailleur à un comité disciplinaire.

C’est par hasard que Bidianand Jhurry est arrivé au syndicalisme. Il raconte : «En septembre 1969, je vois une affiche disant “Alexandra Go home” et conviant le public au rondpoint de Saint-Jean. Avec quelques collègues ouvriers agricoles, on s’y rend.» Mais les jeunes sont chassés au gaz lacrymogène. Et mot d’ordre immédiat : réunion au Rio Building, pas très loin.

Là, on cherche des volontaires pour assurer le contact avec les travailleurs des établissements sucriers. «Quand on a appelé Médine, j’ai levé la main spontanément», se souvient le syndicaliste. C’était l’acte d’engagement politique et syndical de Bidianand Jhurry.

Le militant puise son inspiration dans la dure expérience de sa vie d’adolescent. «Après dix mois, j’ai quitté le Collège du Saint-Esprit. Car après le décès de mon père, il m’était impossible de trouver chaque mois les Rs 19,50 représentant les frais de scolarité.»

«J’ai retrouvé la liberté et la sérénité»

Le jeune Jhurry se fait alors admettre au Collège Tennyson, une institution moins prestigieuse de la ville des fleurs. Mais c’est une chance pour lui. Quand le directeur du collège apprend que le petit villageois est orphelin et qu’il travaille dans les champs l’après-midi et le week-end, il se montre généreux. «Le principal du collège m’a exempté des frais de scolarité et me donnait une roupie en cadeau chaque semaine.» Ce souvenir n’est, sans doute, pas étranger à l’esprit de solidarité qui anime le syndicaliste. L’ouvrier de Médine a été le premier président de la Sugar Industry Labourers Union. En 1980, il participe, avec d’autres militants, à la plus longue grève de la faim entreprise par des syndicalistes.

Après les élections de 1991, le syndicaliste est nommé au NRB. Puis, il se reconvertit dans la consultance en relations industrielles. Sa maîtrise du portugais aidant, Jhurry est, pendant cinq ans, au service d’un groupe mauricien au Mozambique.

En 2000, sir Anerood Jugnauth sollicite l’ex-syndicaliste, qui est envoyé à Air Mauritius. En même temps, il est nommé président du Sugar Industry Labour Welfare Fund (SILWF). L’homme en garde un mauvais souvenir. En effet, en 2004, le président du SILWF est accusé d’avoir favorisé ses proches pour l’obtention d’un emploi. Dix ans après, il est condamné à un an de prison. Le syndicaliste ne bénéficiera pas de la grâce présidentielle, même si l’évêque de Maurice entreprend de multiples démarches en sa faveur. «Je lui serai toujours reconnaissant. Il m’a apporté son soutien dans des moments pénibles.»

Même s’il est marqué par cet épisode de sa vie, Bidianand Jhurry a passé l’éponge. «J’ai retrouvé la liberté et la sérénité. C’est le plus important.»

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