Perspectives économiques: ce qu’attend le secteur privé de cette nouvelle année

Avec le soutien de
Bruno Dubarry, Lilowtee Rajmun-Joosery et Jacques Li Wan Po s’attendent à un nouveau souffle sur le secteur privé cette année.

Bruno Dubarry, Lilowtee Rajmun-Joosery et Jacques Li Wan Po s’attendent à un nouveau souffle sur le secteur privé cette année.

Le souhait d’atteindre 7 % à 8 % de croissance au niveau des exportations, la nécessité d’envisager la production locale sous un angle nouveau et le manque d’éclat de cette année … Les attentes du secteur privé demeurent modestes et dans l’expectative d’un nouveau souffle, 2019 étant l’année préélectorale. Tour d’horizon.

Bruno Dubarry, CEO de l’Association of Mauritian Manufacturers: «Repenser la production locale»

Si l’industrie manufacturière dans son ensemble a su maintenir la tête hors de l’eau pour 2018, avec une modeste croissance de 0,8 % l’année précédente, l’heure n’est pas aux jubilations. Car la résilience a ses limites, souligne Bruno Dubarry, Chief Executive Officer (CEO) de l’Association of Mauritian Manufacturers. Avec l’ambition du pays d’augmenter la part du secteur manufacturier à 25 % du PIB, il devient plus qu’urgent de développer une nouvelle stratégie pour apporter un nouveau souffle à l’industrie locale. Parlant des enjeux de ce secteur, Bruno Dubarry estime qu’il y a des compétences à renouveler avec l’accompagnement de la technologie.

«Il faut avoir une autre manière de penser la production locale, sans uniquement se focaliser sur les gros investissements.» Il n’est pas nécessaire de mesurer la santé du secteur en se fondant uniquement sur les volumes d’investissement, poursuit-il. Car le développement dans l’industrie se fait également à travers l’apport de la technologie dans ses opérations ou encore la diversification des ressources. «Il faut penser l’industrie locale dans le sens le plus large.»

Lilowtee Rajmun-Joosery, directrice, MEXA: «Viser une croissance de 7 à 8 % des exportations»

La directrice de la Mauritius Exports Association (MEXA), Lilowtee Rajmun-Jooseery s’attend à une reprise du secteur manufacturier en 2019 avec, à la clé, une croissance durable des exportations. Pour cela, une équipe d’experts mauriciens se livre depuis août 2018 à un diagnostic de ce secteur, analysant les raisons entraînant une baisse des exportations en 2016 et 2017, avec une décroissance de 10 % et 8 % respectivement. «En 2018, nous avons eu droit à une croissance de 2 %. Notre objectif est de l’augmenter de 7 à 8 %. Parallèlement, notre ambition est de porter plus haut la contribution du secteur manufacturier au produit intérieur brut (NdlR, PIB), au-delà des 5,7 % à 6 % ces cinq dernières années. Ce qui est sans doute loin de l’objectif de 25 % de la vision économique de 2030.»

La patronne de la MEXA soutient que la réalisation de ces ambitions passe par un «reengineering» du secteur manufacturier pour pérenniser son avenir dans une conjoncture économique mondiale marquée par l’absence de visibilité et la crainte d’une nouvelle crise internationale.

«Notre principal défi est d’offrir à ce secteur des opportunités d’emploi aux jeunes face à une main-d’oeuvre vieillissante qui sera appelée à se retirer. Il faut faire comprendre aux jeunes que le secteur manufacturier et, accessoirement, sa composante textile et habillement ne se résume pas à des emplois manuels .Il y a des compétences à tous les niveaux», insiste Lilowtee Rajmun-Jooseery.

À l’approche des élections générales en 2019, la directrice de la MEXA appréhende par ailleurs un ralentissement économique, vu que la machinerie de «policy making» ne roulera pas à plein régime. «Il faut s’attendre à une attitude de wait & see de la part des investisseurs, principalement des étrangers.». Et d’ajouter que le plus vite on passera cette période, le mieux ce sera pour le pays.

Jacques Li Wan Po, CEO du groupe Li Wan Po: «D’où viendra la croissance en 2019 ?»

Jacques Li Wan Po s’interroge sur la problématique de la croissance en 2019 et se demande d’où viendra- t-elle ? S’il est évident, dit-il, que le secteur de la construction restera très dynamique, avec la poursuite et l’exécution des travaux d’infrastructures, il est moins sûr que les autres secteurs économiques se porteront aussi bien. «Il n’y a aucun signe que l’investissement anémique venant du privé sera plus important qu’en 2018. Sauf l’hôtellerie, encore que si les permis sont délivrés à temps. Du coup, je ne vois rien de significatif à l’horizon.»

D’une manière générale, Jacques Li Wan Po estime qu’il n’y a pas de souci à se faire au niveau du secteur touristique car la nouvelle baisse du prix des carburants ne rendra pas la destination Maurice plus chère, ce qui aurait influé négativement sur les arrivées touristiques. Toutefois, avec l’incertitude à laquelle est exposée l’économie européenne, une explosion du nombre de visiteurs n’est pas non plus à l’ordre du jour.

Avec le salaire minimum introduit l’année dernière, couplé avec la nouvelle augmentation salariale de Rs 400 par mois «across the board» à partir de ce mois, lequel montant compensera plus que l’érosion du pouvoir d’achat par l’inflation qui reste quand même sous contrôle, la consommation demeurera incontestablement un moteur important de l’économie, voire de la croissance.

Par ailleurs, 2019 étant une année électorale, le patron du groupe Li Wan Po s’attend à une injection massive d’argent par les partis politiques. Ce sont les électeurs, dit-il, qui en sortiront gagnants avec un «feel good factor» et un impact positif sur la consommation.

En revanche, les secteurs traditionnels, comme la manufacture et le sucre, continueront à faire face à des défis importants sans la possibilité de voir la lumière au bout du tunnel.

Reste cependant le secteur financier. «Nous ne savons dans quelle mesure il sera affecté en 2019, compte tenu du renforcement des règles internationales et de la perte des avantages dans le nouvel accord avec l’ Inde. Les opérateurs sont plutôt inquiets. Ce qui est sûr c’est qu’on ne pourra pas s’attendre à une croissance, à moins que l’Afrique nous apporte quelques surprises. Notre planche de salut est que nous prenions avantage de la faiblesse économique et politique actuelle de l’Afrique du Sud.»

Et quid des investissements directs étrangers ? Pour Jacques Li Wan Po, avec l’environnement économique incertain en Europe et accessoirement en Grande-Bretagne avec le Brexit, couplé d’un resserrement de la politique monétaire entamée par les États-Unis, qui sont en plein cycle d’un relèvement du taux d’intérêt, on peut se demander jusqu’à quel point suivra le reste du monde. D’autant plus que l’Europe a déjà mis fin à son programme de «quantitative easing». Conséquemment, cela risque de réduire la liquidité et la disponibilité des fonds pour l’investissement en 2019.

Si la stratégie économique, avance Jacques Li Wan Po, va dans la bonne direction, en identifiant le secteur d’avenir dans l’innovation, la technologie et l’intelligence artificielle, il s’empresse toutefois de souligner que rien n’est créé par une baguette magique. Le pays a un long chemin à parcourir avant d’en tirer les bénéfices.

Certes, l’Afrique reste une opportunité mais elle représente également de gros risques pour les investissements. Le potentiel est énorme mais la principale contrainte est qu’on n’a pas encore trouvé de «business model» susceptible de tirer des avantages économiques sûrs et stables.

Tout compte fait et en prenant en considération toutes les opportunités et les risques qui se profilent à l’horizon, 2019 sera sans éclat et très proche de ce que le pays a vécu en 2018.

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires