Sing along: bor la mer, sous quels filaos ?

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L’ambiance est aux disques de l’année. Mais loin des «boom boom», d’autres rythmes nous entraînent, sans avoir l’air d’y toucher, vers des sujets d’actualité. Pour que les chansons fassent bouger les pieds mais la tête aussi. La deuxième de la série est ce sega chanté par Jean-Claude Gaspard, «Dialsa anba filao».

C’est la saison. Du Dialsa anba filao, tel que l’a immortalisé Jean-Claude Gaspard. Lui-même un immortel du sega, du haut de ses 50 ans de carrière. L’ambiance mauricienne à son comble, «mo tanga dan mo lipie, gitar kof dan mo lame». La ravanne chauffée à blanc, pour que s’exprime cet art qui aime le feu et l’improvisation, le sega tipik.

Combien de temps encore pourronsnous faire du dialsa anba filao ? Aret kokin nou laplaz, crie depuis plus de deux ans le collectif. Ironiquement, à force de faire seki pa bizin, c’est comme si la Nature elle-même reprenait ce qu’elle nous avait si généreusement donné. Vous êtes-vous promené à La Preneuse, Flic-en-Flac, Mont-Choisy ou Palmar récemment ? Les racines des filaos ont le ventre à l’air. Témoins muets des adieux déchirants du sable blanc.

Dans une île ayant servi de modèle au paradis – la phrase si mal citée de Mark Twain –, notre périmètre total de plage fait 335 kilomètres. Sauf qu’en 2018, la superficie de plage accessible au public n’est que de 46,9 kilomètres. C’est à vous calmer vos envies de dialsa.

Exemple parmi cent : Pomponette, en 2003, s’étale sur 915 mètres. Aujourd’hui, cette plage, qui ne fait que 477 mètres, n’est pas considérée comme une plage de qualité. La faute aux gravillons et aux coraux.

Yan Hookoomsing, d’Aret Kokin Nu Laplaz, dénonçait récemment «un régime de malhonnêteté». Selon lui, les Mauriciens n’ont que «des restants, des falaises, des galets». Il situe vers 2004- 2005, «l’actuelle déferlante» de béton qui a commencé, avec la réforme de l’industrie sucrière. Mais combien de campeurs du 1er et du 2 janvier y penseront avant de laisser les plages dans un état déplorable, après leur passage ?

Il y a deux ans, un ancien commandant ayant gagné ses galons de ministre avait évoqué la création éventuelle de plages artificielles. Mais comme tous les effets d’annonce, il est passé en coup de vent au ministère de l’Environnement, écrasé par des bal kouler.

C’est lui qui avait dressé le constat suivant : «Sur des plages comme Mont-Choisy ou Flic-en-Flac, le sable a reculé de dix à 15 mètres en quelques décennies. Plus de 7,5 km2 de plages ont gagné le large. Soit plus de huit fois la superficie de l’île-aux-Cerfs qui fait, elle, 0,87 km2.»

Envolé le nisa du dialsa, sur ces plages où même avec masque et tuba, il est quasi impossible de rester strictement dans les limites du high water mark. Se faire chasser parce que l’on pique-nique devant un campement n’est pas rare, pour nos compatriotes. Cela fait partie du deal, quand on paie un bail qui coûte un bras.

Dans l’idéal, ce ne sont pas les plages qui manquent dans la République de Maurice. Il y a les deux îles d’Agalega. Jetée et piste d’atterrissage sont in the pipeline. Il y a les plages réputées paradisiaques de Diego Garcia, Peros Banhos et des autres îles. Mais là-bas aussi, de grandes puissances campent. Ne reste que le refrain de Jean-Claude Gaspard : «Li al kouma li ale.»
 

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