Gilles Castagno, le Grand Archiviste de l’Olympique de Marseille

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Il a retrouvé - presque - toutes les feuilles de matches de l’Olympique de Marseille depuis 1900: archiviste fou, Gilles Castagno publie à compte d’auteur une gigantesque encyclopédie sur son club, dont le IVe tome (1972-1984) vient de sortir.

Accroupi dans son bureau, à l’étage de sa petite maison d’un des vieux quartiers de Marseille, Gilles Castagno, 54 ans, ressort du bas de sa grande armoire les cahiers de son adolescence. Il a commencé à y griffonner tout ce qu’il trouvait sur l’histoire de «l’Ohème».

En 1980, il a 15 ans, et son club vient de descendre. «Je me suis dit: la D2, ça ne va pas être beau, je vais m’intéresser à l’histoire de l’OM, les moments glorieux m’aideront à passer les moments difficiles».

Et il contracte la fièvre aigüe du collectionneur, capable d’éplucher les pages sportives des quotidiens des années 1920 aux archives départementales pour retrouver la composition exacte d’un amical OM-Péra Club Constantinople du 1er janvier 1922.

Les Phocéens ont remporté 4-2 cette rencontre, avec «un tir de 30 m dans la lucarne de Jean Cabassu» pour le 3-1, écrit Castagno.

- «D’une grande rigueur» -

«Bien que supporter et passionné, il est d’une grande rigueur journalistique», salue Mario Albano, qui suit depuis 40 ans l’OM pour La Provence. «Il cherche toujours l’exactitude du détail à travers plusieurs sources, plusieurs journaux d’époque.»

«Gilles est adorable, un père tranquille qui assouvit sa passion d’adolescence», poursuit Albano, qui s’est appuyé sur ses travaux pour son livre «Grands buteurs de Marseille» (Gaussen).

La chasse à la fiche technique manquante ou à la photo rare devient la grande passion de cet employé dans la robinetterie. Il y consacre «2 heures par jour et plus les week-ends», confie-t-il, sous le sourire indulgent de sa femme, Valérie.

Son travail de copiste bénédictin s’informatise progressivement, et en 2011, il se jette à l’eau et réalise son rêve, publiant un premier pavé de quelque 700 pages: «Olympique de Marseille, histoire encyclopédique (1900-1939)».

Il voit trop grand avec ses 1000 exemplaires et laisse quelques milliers d’euros dans l’affaire. Il n’en a vendu que 270 à ce jour et réduit la voilure pour les tomes suivants, 250 de chaque jusqu’à ce Tome IV (1972-1984).

Il compte s’arrêter au V (1984-1993), prévu pour 2022, avec l’apothéose de la victoire en Ligue des champions. «Après, ces données sont plus faciles à trouver un peu partout, c’est moins un travail d’archiviste», explique Gilles Castagno.

- Il n’a raté que 5 matches en 38 ans -

Depuis, le titre à changé, devenu «Marseille. Un club de légende», car l’OM lui a interdit d’utiliser son nom, bien que l’amateur ne soit pas vraiment un redoutable concurrent commercial.

Une petite mesquinerie vite oubliée car le club reconnaît aussi son immense travail: Gilles Castagno appartient au comité scientifique du futur musée de l’OM.

De toute façon, il aime trop son OM pour rester fâché. Depuis le 1er janvier 1980, il a seulement raté 5 matches au Vélodrome, dont «un OM-Saint-Étienne en 1999 parce qu’on était en voyage de noces à Las Vegas», avoue-t-il.

«C’est l’encyclopédie vivante de l’OM, il n’y en a pas deux comme Gilles en Europe pour un club de cette dimension», souligne Christopher Longé, dessinateur de «L’histoire illustrée de l’Olympique de Marseille» (Hugo Sport), avec le journaliste Jean-François Pérès.

Longé souligne aussi «la modestie et la candeur de ce puits de science footballistique».

Dans sa chasse au trésor, Castagno n’a connu que très peu d’échecs. Il a des trous pour les matches de l’OM entre 1914 et 1918, et il lui manque un Marseillais dans la compo d’un Clermont-OM du 16 juin 1945. «Sinon j’ai toutes les fiches techniques depuis 1922», assure-t-il.

Il compile aussi des statistiques et rédige des biographies pour chaque joueur, avec un faible pour Jean Boyer (1923-1935) et ses 165 buts «le plus grand joueur de l’ère amateur», pour Castagno, héros et capitaine olympien de la première victoire en Coupe de France (1924).

Mais qui lit de tels pavés? Quelques amoureux de l’OM, qui l’achètent par correspondance (site: encyclom.com), 99 euros pour le Tome IV, aussi «fadas» que Castagno.

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