Benoît Lejeune: «J’étais déjà prêt à m’attaquer aux élections villageoises»

Avec le soutien de

C’est dans une relative discrétion que Benoît Lejeune a lancé son nouvel album, «Veni Vidi Vici». Loin de la fureur et du bruit, «Ti» Benoît a fait sa mue. À 38 ans, il veut éviter les polémiques, ce qui ne l’empêche pas d’aborder la politique.

Vous sortez un nouvel album, «Veni Vidi Vici» mais vous n’en faites pas la promotion. Pourquoi cette discrétion ?
Je fais ma promotion de bouche à oreille. C’est un retour aux temps anciens. Comme à l’époque de mon premier album solo. J’étais inconnu de tous. La mo revinn parey.

C’est une quête d’authenticité ?
C’est pour me différencier des autres. Le monde a été créé sur la fréquence de Dieu. Mais il y a des manipulateurs depuis la nuit des temps. Ils sont omniprésents. Ils poussent les gens à penser d’une certaine façon, à s’habiller d’une certaine façon, à parler d’une certaine façon… vulgaire. Je n’ai pas envie de me retrouver dans ce type d’atmosphère.

Que faites-vous loin de la fureur et du bruit ?
Je suis en quête de connaissance. Je m’efforce de vivre la vie que j’avais oubliée. C’est difficile à expliquer. Le luxe, la facilité, bann dimoun ki gagn gou kass, ils vous attirent dans leur arche. J’étais en plein dans cette arche. Mais à un moment donné, je me suis rendu compte que cette arche ne mène nulle part. C’est là que j’ai compris que je devais revenir à ce que je suis vraiment. J’étais un moine, dans le Monaster (NdlR : le nom du groupe qu’il formait avec «grand» Benoît, Benzblaka).

Sortir de Monaster est la meilleure décision que vous ayez prise ?
Je n’ai pas quitté le duo, c’est moi qui ai mis fin à ça. Il y a une différence. C’est moi qui ai créé le groupe Monaster, avec des kamarad dan landrwa. (NdlR : Benoît Lejeune est de Goodlands). D’autres nous ont rejoints et ont fait évoluer le groupe. Je ne veux pas entrer dans des détails trop techniques kifer pa kifer. Mais aujourd’hui, je n’ai plus envie de travailler avec ces personnes.

Plus jamais Monaster ?
Plus jamais. C’est fini.

«Je n’ai pas su saisir ma chance au niveau matrimonial. Je ne faisais pas la différence entre la musique et une copine parce que j’aime tellement la musique.»

Quand vous dites que vous êtes venu, que vous avez vu, que vous avez vaincu (NdlR : le nouvel album s’intitule «Veni Vidi Vici») qui ou quoi avez-vous vaincu ?
 (Il hésite). Peut-être un peu mon arrogance. Quand vous suivez une autre fréquence, on vous met sur un trône, on vous met une couronne sur la tête et on vous dit que vous êtes le roi du hip-hop à Maurice. Tu oublies que tu as galéré pour y arriver.

Le succès vous est monté à la tête ?
(Il réfléchit) Je n’ai pas trop eu la grosse tête. Parce que j’ai grandi dan sa kote pop la. Dès le collège, j’étais dans une école mixte, j’avais du succès. J’étais celui qui parlait le plus en classe. Toultan mo ti ena enn ti oter. Cela s’est amplifié quand j’ai fait de la musique. Mais il faut conserver ce que l’on a acquis. Pour cela, on n’a pas le droit de vivre dans cette fréquence dont je vous ai parlé. Petit à petit, je me suis perdu.

C’est une certaine touche que vous avez perdue ?
L’humanisme qui est en moi.

Vous deveniez indifférent à ce qui se passait autour de vous ? Si vous ne comprenez pas cette vie, comment comprendrez-vous le monde de demain ?
Quand vous bougez sur la fréquence de Dieu, la fréquence des cantiques, de la physique quantique, vous ressentez chaque atome. Vous pouvez donner un nom à chaque feuille. Quand j’ai fait mon examen de conscience, quand je suis devenu une personne illuminée, c’est comme cela que j’ai ressenti les choses. Quand vous atteignez cet état, tout change. Je ne vois pas la vie comme ces gens qui sont tellement pressés le matin qu’ils ne prennent pas le temps de se regarder dans un miroir. Et de se dire : «Eh, je suis beau quand même.»

C’est ce que vous vous dites le matin ?
Ben oui. Cela me donne la pêche.

Est-ce que «ti» Benoît serait devenu grand ?
Aujourd’hui je peux prendre des décisions constructives. Pas des décisions prises par quatre, cinq esprits préoccupés. Je demande aussi conseil à Dieu. Peut-être que je ne devrais pas dire cela, mais je suis extrêmement croyant. Quand vous dites à Dieu : je veux ça, Il comprend le contraire. Le ciel c’est un miroir où les choses sont inversées.

Quelles décisions avez-vous prises concernant votre carrière musicale ?
J’ai toujours suivi les tendances. Quand il y a eu le ragga, j’ai fait du ragga. Quand il y a eu le hip-hop, j’ai fait du hip-hop. J’ai fait du coupé-décalé, j’ai eu du succès. Là, on est dans l’afro-trap, j’en fais aussi.

Vous suivez la mode ?
Mo pa swiv lamod. Mon but est de toucher un maximum de gens. La jeune fille qui dansait sur Bikini, aujourd’hui, elle est maman. Zanfan la pa konn mwa. Pour que cet enfant me connaisse, je dois faire la musique qu’il aime, être à la bonne fréquence.

Vous utilisez toujours un dictionnaire Petit Larousse pour écrire vos chansons ?
(Il va le chercher) C’est mon premier dictionnaire. Mo gard li bien.

Vous n’avez pas changé de technique d’écriture ?
Je suis un amoureux des mots. Je suis un artiste qui ne va jamais utiliser un mot-clé deux fois dans tous ses albums. Si par exemple, il y a le terme «éphémère» dans une chanson, même après 20, 30 ans, je ne vais pas redire ça. Bien sûr, les «je», «tu», «il», «elle», on est obligé de les avoir. Mais pas de répétition de mots-clés, pran depi Monaster ziska asterla. Le dictionnaire et moi, on est presque devenu un. Quand je cherche un mot, un mot vraiment… stochastique comme si dirait…

Comment ?
Stochastique. (Il épelle). C’est quand deux anges se parlent (NdlR : pour le Larousse, c’est synonyme d’aléatoire). C’est pas un niveau terrien. Je pose la main sur le dictionnaire, je médite trois-quatre secondes, il me donne le mot que je cherchais. C’est un gros travail.

Vous dites que vous marchez avec la musique de votre temps. Est-ce que vous collaborez avec les jeunes artistes ?
Mo pena lorguey ar personn. Mo pa zalou personn.

Mais ?
Quand il y a le respect mutuel, là on peut travailler ensemble. Sur Veni Vidi Vici, j’ai travaillé avec Marygeann. C’est de l’afrotrap qui s’appelle Zame ti tro tar. J’ai aussi travaillé avec un jeune arrangeur musical, Fabrice Labonne de Virus Beat. Le succès n’est pas facile à gérer. (NdlR : On entend aussi Mario Justin sur cet album).

C’est quoi le truc le plus fou qui vous soit arrivé au sommet de la vague ?
Je n’ai pas su saisir ma chance… au niveau matrimonial. Je ne faisais pas la différence entre la musique et une copine, parce que j’aime tellement la musique. Lerla mo vinn enn paranoyak de la mizik. Apart mo mama, personn pa kapav koz ar mwa.

Jusqu’à l’heure ?
Jusqu’à l’heure. Mo enn ti pe dir lor sa size la.

C’est un regret ?
C’est un regret, parce que j’avais vu le terrain pour semer et faire un verger de fruits. Finalement c’est quelqu’un d’autre qui s’est occupé du terrain. Zis sa foli la ki monn fer.

Je ne suis pas un artiste à l’eau de rose. Je suis un thug, un rappeur. Ceux que je préfère, ce ne sont pas les rappeurs love, mais ceux qui sont tough. Ils ont un certain mode de vie. Si tu veux ressembler à un lion, il faut fréquenter les lions. Mo bizin ena enn manyer thug dan mwa. Comme Tupac. J’ai pris beaucoup de risques pour faire des textes vraiment engagés. J’ai dit : «Die for hip-hop music.» On se demandait si je pourrais fonder une famille un jour. Si demain j’ai un enfant, je veux mettre un génie sur Terre.

Un génie qui par exemple, améliorerait le sort des artistes locaux ?
Bann la pa bizin nou.

L’État n’a pas besoin des artistes ?
Zot kapav met enn CD zwe pou fet lindepandans. Kan rise pouse pou deblok enn bann zafer, sa ve dir pa bizin nou. Il faut attendre que les priorités soient réglées.

Le sort des artistes n’est pas prioritaire ?
La priorité, c’est le Metro Express, non ? Enn ta problem ena ladan. Comment résoudre un problème, dan problem ?

En attendant le métro, les artistes font quoi ?
Je ne veux pas polémiquer. Quand je serais candidat, là on pourra en reparler. Je me suis déjà présenté aux élections villageoises. J’étais arrivé 11e . Mo less mwa mir ankor impe plis. Je vais me présenter aux prochaines élections villageoises. J’ai été très déçu que les élections soient renvoyées (NdlR : le mandat des élus devait prendre fin le 2 décembre dernier). Mo tinn pre pou atake.

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires