Bruneau Adolphe: un pro des drones

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Bruneau Adolphe, directeur de Drone Expert Services Ltd.

Bruneau Adolphe, directeur de Drone Expert Services Ltd.

Comme Obélix, c’est par hasard que Bruneau Adolphe, qui a passé une dizaine d’années dans le tourisme, est tombé dans le chaudron magique des drones. Il est aujourd’hui le seul instructeur local reconnu par l’aviation civile et habilité à former les opérateurs de drones. 

Ce Curepipien de 49 ans est un pur produit de l’éducation française puisqu’il a fait toutes ses études au Lycée Labourdonnais. Il est d’ailleurs sorti major de sa promotion avec un baccalauréat G3, soit gestion et technologies. Une ouverture sur le monde éducatif français facilitée par son père, qui  a fait carrière comme chauffeur à l’ambassade de France. Bruneau Adolphe a d’abord enseigné au primaire dans cet établissement scolaire avant de réaliser que ses perspectives d’avenir résidaient dans une carrière administrative. Ce qui ne l’intéressait pas. 

Ses économies lui permettent d’entreprendre des études supérieures en gestion et administration à l’université d’Aix-en-Provence. A son retour à Maurice, il décide d’intégrer le tourisme, passant du monde des réceptifs aux opérations hôtelières au Preskil, au Beau Rivage puis à Anahita.  C’est d’ailleurs là qu’il sympathise avec un étranger désireux de monter une affaire à Maurice. Comme les drones sont encore méconnus ici et que Bruneau Adolphe qui aime les nouvelles technologies s’y intéresse, il lui suggère d’investir dans une société commercialisant des drones. L’étranger suit son conseil, vendant les premiers DGI à Maurice. Ils apprennent à manier ces engins et à les faire décoller à Anahita. «Pour piloter un drone, il faut être un peu manuel, s’intéresser à la technologie et savoir ce qu’est un Global Positionning System.» 

«J’ai eu mon certificat d’instructeur. Je suis le seul instructeur reconnu par l’aviation civile et le représentant agréé de la compagnie. »

Bruneau Adolphe continue son travail dans l’hôtellerie mais lorsque l’étranger organise des évènements commerciaux, des foires ou participe à des tournages nécessitant l’utilisation de drones, il va lui prêter main forte. Si bien que le directeur de la société lui propose de suivre un cours de pilotage. Ils se renseignent auprès de l’aviation civile et optent pour la société britannique 3IC Ltd, réputée pour son sérieux. Celle-ci dispense aussi des cours en vue de former des instructeurs agréés. 

Bruneau Adolphe commence par suivre en ligne le cours théorique de pilotage de drone avant de partir pour la Grande Bretagne et passer l’examen pratique destiné à faire de lui un pilote de drone. Il le réussit les doigts dans le nez, comme on le dit familièrement, tant il est passionné. Il regagne Maurice et continue à aider l’étranger lorsque son emploi à Anahita le lui permet. Ils obtiennent leur permis d’opérateur commercial de l’aviation civile et ensemble, ils font des films aériens dans les limites autorisées par la loi, des photos. L’étranger commercialise une centaine de DJI. 

Or, il y a des Mauriciens qui comme toujours, veulent court-circuiter la voie officielle et réalisent qu’ils peuvent acheter des drones de l’étranger et les opérer illégalement. Ce qui handicape la société de son ami étranger. Bruneau Adolphe décide alors de suivre un cours en vue de devenir instructeur qualifié, soit être celui qui enfile les chaussures de l’examinateur du pilote de drone en devenir et qui lui décerne ou pas son certificat de compétence. Il suit, toujours en ligne, une formation à cet effet avant de repartir en Grande Bretagne passer l’examen pratique auprès de la 3IC Ltd. «J’ai eu mon certificat d’instructeur. Je suis le seul instructeur reconnu par l’aviation civile et le représentant agréé de la compagnie 3IC Ltd pour la région». Il est alors autorisé à donner des cours de formation au pilotage et à valider les compétences de pilotes de drones. C’est en août 2017 qu’il est fin prêt à voler de ses propres ailes. Il créé alors Drone Expert Services Ltd. 

Lorsque Bruneau Adolphe apprend que certaines autorités veulent s’équiper en drones, il participe aux appels d’offres. S’il ne les remporte pas, c’est à lui que l’on s’adresse pour former les pilotes de drones. Le Programme des Nations Unies pour le Développement offre deux méga-drones au ministère de l’Agro-industrie, qui doit les livrer aux services de Bois et Forêts et au National Parks and Conservation Services. Ces deux entités ont besoin de faire de l’observation et de la cartographie d’une région avec un assemblage de photos plus précises que celles de Google Earth. C’est Bruneau Adolphe qui obtient le contrat pour la formation de cinq à six pilotes dont deux femmes. Cours qu’il dispense à Pétrin et il leur délivre ensuite leurs certificats de compétences. 
Après ça, il forme cinq à six policiers de l’Anti-Drug and Smuggling Unit à la fin 2017. Il assure aussi la formation des pilotes de l’Anti-narcotiques des douanes, ainsi que celle d’un pilote de drone pour le compte de Roger Fayd’herbe qui a besoin de prendre de la hauteur et d’examiner les champs de canne à des fins agricoles. 

Il a eu aussi pour clients le personnel de la prison de Beau-Bassin. Actuellement, il effectue une cartographie pour le compte d’Airport Terminal Operations Ltd qui a un projet d’aménagement de nouvel aérogare. Il doit se rendre tous les jours à Plaisance car «tout dépend de la fenêtre de vol entre deux avions. Entre 10 et 14 heures, c’est plus facile. Après, ça se corse». Il effectue sa tâche sous la supervision de la police de l’aéroport et de la tour de contrôle. 

Bruneau Adolphe a noté qu’il y a de plus en plus d’opérateurs illégaux qui ne respectent pas les règlements de l’aviation civile et qui mettent en danger les hélicoptères. «Un drone peut monter jusqu’à 500 mètres même si le règlement lui impose une limite de 120 mètres d’altitude. Certains opérateurs illégaux ne le savent pas ou font fi de la loi. Je suspecte et crains des collisions manquées.»

Il explique que l’aviation civile fait une distinction entre les opérateurs commerciaux et les opérateurs de loisirs et que nos règlements sont pratiquement les mêmes que ceux en vigueur en Grande Bretagne. Pour opérer commercialement un drone à Maurice, il faut obtenir un permis préalable de l’aviation civile sur présentation d’un certificat de compétences, la soumission d’un manuel d’opérations décrivant votre mode opératoire, ainsi que les mesures de sécurité prises dans lors de vos opérations, ainsi qu’une assurance. Les opérateurs commerciaux doivent aussi spécifier la formation suivie par leurs pilotes. Ce permis est payant. 

Le règlement par rapport aux opérateurs de loisirs est encore plus restrictif car en sus d’être limité à 120 mètres d’altitude, l’opérateur n’a pas le droit de faire voler son drone au-dessus des lieux accessibles au public, ni de survoler des propriétés sans autorisation préalable de leurs propriétaires. «C’est seulement lorsqu’il y a plainte à la police que celle-ci peut saisir la loi et réagir. Autrement, il n’y a aucun contrôle sur les opérateurs de loisirs et cela peut poser de sérieux problèmes de sécurité». Il cite le cas d’un média qui a fait une vidéo du frai sur une plage publique et qui l’a diffusée.  . Or, ce média n’a pas de permis de l’aviation civile pour le faire. Ensuite, il a survolé un endroit public et c’est contraire au règlement. «Même si c’est de l’information et qu’il y a l’élément d’intérêt public en jeu, il y a une limite entre le besoin d’information et la vie privée. Il faudrait une prise de conscience des opérateurs professionnels et de loisirs afin qu’ils comprennent qu’il y a un aspect légal à respecter, un élément de sécurité et finalement, qu’ils prennent d’énormes risques car n’étant généralement pas couverts par une assurance.»

Lorsqu’il sait qu’il va opérer un drone, il se renseigne pour connaître les mouvements aériens des hélicoptères. «Certains jouent le jeu et le disent. D’autres pas. Je persiste à croire qu’il faut une grosse campagne de sensibilisation sur les règlements qui figurent sur le site de l’aviation civile mais dans un jargon purement légal. Il faudrait les simplifier et les rendre plus accessibles au public.» 

En sus de tous les services offerts – prises de vue aériennes, tournages, cartographie, live streaming, retransmission d’évènements importants, l’évaluation aérienne de stocks, suivi de construction, inspections d’éoliennes -, Drone Expert Services entreprend aussi des réparations de drones.

Si Bruneau Adolphe arrive à gagner sa vie correctement avec ses activités professionnelles, il n’a pas de visibilité sur l’avenir. «Beaucoup d’organismes font appel à des opérateurs commerciaux qui n’ont pas de permis. C’est difficile de lutter contre cette concurrence déloyale.» 

Si vous êtes un opérateur de drone et que vous voulez être du bon côté de la loi, vous savez désormais où vous tourner…

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