Santé: des «ingérences politiques» déplorées au sein du Cardiac Centre

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Au Cardiac Centre de l’hôpital SSRN, l’on déplore le recrutement des cardiologues. Certains n’auraient pas été considérés pendant deux ans pour des raisons politiques.

Au Cardiac Centre de l’hôpital SSRN, l’on déplore le recrutement des cardiologues. Certains n’auraient pas été considérés pendant deux ans pour des raisons politiques.

Nominations politiques, ingérences dans la gestion du centre et dans le recrutement des cardiologues, manque de formation de certains face aux nouvelles techniques d’intervention, allégations d’irrégularités autour de la liste des patients… La situation décrite comme «malsaine» au sein du Cardiac Centre de l’hôpital SSRN, à Pamplemousses, s’envenime. Notamment avec le départ de Shaffick Cassim en juillet en tant que président du conseil d’administration du Trust Fund for Specialised Medical Care. Mais aussi avec l’arrestation du cardiologue Deshmukh Reebye par l’Independent Commission against Corruption (ICAC) le jeudi 6 décembre.

Au gouvernement, l’on espère qu’avec la nomination de Tejanand Chumroo – un proche de sir Anerood Jugnauth – à la tête du Trust Fund, il y aura un assainissement de la situation. Mais selon nos informations, comme le Dr Reebye, une dizaine d’autres médecins sont dans le collimateur de l’ICAC pour des délits similaires. Le Dr Reebye, un ancien du Cardiac Centre, a été contraint au départ en 2016 sur décision de l’ancienne directrice Vijaya Sumputh. Une affaire qui avait fait polémique à l’époque.

Vijaya Sumputh s’était, elle, attiré les foudres de plusieurs médecins après avoir tenté de «mettre de l’ordre» dans certaines pratiques. Suivant le scandale autour de ses rémunérations, de sa démission forcée et de la dissolution du conseil d’administration du Trust Fund for Specialised Medical Care en 2017, le ministre Anwar Husnoo avait choisi son Senior Adviser Shaffick Cassim pour siéger à la tête de l’instance, en mai 2017.

Après un peu plus d’un an comme Chairman, Shaffick Cassim a été prié de partir en juillet, suivant une guerre ouverte avec le ministre sur fond de tensions politiques dans la circonscription No 3. Un départ qui est regretté par plusieurs. «Il avait bien compris les rouages du Cardiac Centre et les médecins et il faisait du bon travail», confie un membre du conseil d’administration. «Mais malheureusement, pour des raisons politiques, il a dû partir.»

Pendant des mois après le départ de Shaffick Cassim, le Trust Fund for Specialised Medical Care a fonctionné sans président de conseil d’administration et directeur attitré. C’est le Dr Sunil Gunness qui assume le poste de Officer-in-Charge. Ce qui laisserait le champ libre aux politiciens de mettre le nez dans les affaires courantes du centre, affirme une source interne.

Dans le recrutement des cardiologues, notamment, certains n’ont pas été considérés pendant près de deux ans pour des raisons politiques, déplore-t-on. «C’est le cas d’un fils d’un ancien ministre qui a été écarté alors qu’il avait des compétences rares que beaucoup n’en ont pas dans le domaine cardiaque», explique notre interlocuteur. Et cela se passerait à plusieurs niveaux.

Récemment, le ministre de la Santé avait réagi aux critiques suivant le recrutement de sa nièce comme réceptionniste au Cardiac Centre parmi près de 500 candidatures pour divers postes. «Si une personne est un proche d’un ministre, elle n’est pas supposée avoir un travail ?» avait fustigé Anwar Husnoo.

Outre les recrutements, des voix s’élèvent aussi contre les ingérences de certains au sujet de la liste des patients. «Il faut se demander pourquoi des patients qui viennent d’être inscrits sur la waiting list obtiennent rapidement une intervention alors que certains doivent attendre près de quatre ou cinq mois», s’interroge un ancien du Cardiac Centre.

Même si la plupart des professionnels du secteur médical reconnaissent l’excellent niveau du centre, il n’en demeure pas moins que le centre a accumulé du retard sur les interventions délicates, fait-on valoir. N’ayant pas les compétences localement, le Trust Fund for Specialised Medical Care fait toujours appel à l’expertise étrangère. Les «highly complicated cases», comme la pose de stents chez les adultes et enfants surtout, sont effectués par des étrangers. Ce qui remet aussi en question la formation du personnel, notamment pour les médecins, les anesthésistes et les infirmiers.

Le Trust Fund for Specialised Medical Care, créé en 1992, ne disposerait toujours pas de ressources nécessaires pour permettre le développement de nouvelles techniques d’intervention, que ce soit en termes de finances, de main-d’oeuvre, d’infrastructure et de la logistique. Le centre et les données des patients ne disposeraient également pas d’un système informatisé.

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