Jean-Pierre Hardy: Pour un éveil des consciences écologiques

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Jean-Pierre Hardy, promoteur du Green School.

Jean-Pierre Hardy, promoteur du Green School.

Croire que le projet de Green School que va développer Jean-Pierre Hardy n’est qu’une école serait plutôt réducteur. En fait, c’est tout un concept destiné à éveiller les consciences écologiques.

Innovant. Jean-Pierre Hardy propose la mise en place d’un modèle d’Integrated Resort Scheme (IRS) comprenant des villas et un boutique-hôtel à l’architecture bioclimatique, non pas adossé à un golf mais à une école alternative où le développement éducatif des enfants serait grandement centré sur l’humain et le développement durable, tout en permettant aux parents et aux visiteurs de grandir intérieurement à travers des formations en développement personnel. Un projet calqué sur le concept de Green School développée avec succès depuis dix ans à Bali, en Thaïlande, par l’ancien bijoutier canadien John Hardy.

Il faut dire que la conscience écologique de Jean-Pierre Hardy s’est développée très tôt. «J’ai toujours eu un regard particulier sur la place de l’Homme au sein de la nature et j’ai beaucoup de mal à comprendre et à accepter cette incapacité à se préoccuper des générations futures.» Ce Mauricien tout juste sexagénaire, qui a été scolarisé au Lycée Labourdonnais, a étudié la gestion à l’université de Montpellier. Sa maîtrise en poche, il a travaillé dans le secteur financier à Paris et à Londres avant de regagner son île natale en 1987 après une année sabbatique passée aux États-Unis.Il reprend alors une société familiale de courtage en sucre qui lui donne la possibilité de développer son goût pour l’entrepreneuriat. «J’aime apporter un regard nouveau sur les choses et aller fouiner dans de nouvelles directions.»

Il lance en 1988, avec deux amis, la marque de prêt-à-porter Coton Club qu’il revend quelques années plus tard pour développer une start-up en mettant en place la carte-essence Fleetman de la Mauritius Commercial Bank. Dès que cela marche, il revend ses parts à la banque et monte une société d’administration de fonds de pension, qui sera, elle, rachetée quelques années plus tard par la Swan Insurance.

En parallèle, il est responsable d’un family office, qui gère un fonds d’investissement. L’effondrement boursier de 2008 l’oblige à mettre fin à cette activité. Lorsque le gouvernement travailliste lance le concept de Maurice Ile Durable (MID), il propose à Joël de Rosnay, père de ce projet, de devenir son collaborateur. «Les problèmes rencontrés par ce beau projet de société ne sont pas spécifiques à Maurice et ont pour origine la complexité des différentes échelles du temps:le politique raisonne au terme d’un mandat de cinq ans, l’économiste à celui de son amortissement de 20 ans et l’écologiste au-delà de 100 ans.»

Bien que le MID n’ait pas débouché sur suffisamment d’actions visibles comme l’aurait souhaité Jean-Pierre Hardy, il pense que cette démarche est venue semer les graines d’une réflexion nationale autour des problématiques de développement durable, qui ne cessent de grandir lentement. «Je réalise que l’éveil des consciences écologiques dépend de la capacité de chacun d’entre nous d’appréhender le monde avec nos yeux de citoyens du XXIe siècle et que les préoccupations écologiques des jeunes de moins de 40 ans sont aujourd’hui très pertinentes.»

Rencontres fructueuses

Une rencontre va le pousser à approfondir ses idées par rapport au développement durable. En l’an 2000, il croise, au sein d’un conseil d’administration, la route d’Eric Noir, architecte-urbaniste suisse installé en Afrique du Sud et dont la vision du développement urbain l’impressionne. Huit ans plus tard, il assiste à une conférence organisée à Cape Town par le conseil du bâtiment vert et retrouve le même Eric Noir, devenu membre fondateur du Green Building Council d’Afrique du Sud et organisateur de la conférence. Ils poursuivent leurs discussions, qui aboutissent quatre ans plus tard à un partenariat autour de Design for Abundance, leur société de conseil en développement durable et promoteur du nouveau concept d’IRS.

La deuxième rencontre qui va orienter sa réflexion et faire émerger ce nouveau projet est celle qu’il a faite à Bali l’an dernier en découvrant la Green School de John Hardy qui, avec ses 400 élèves de 40 nationalités différentes, est considérée comme the greenest school on earth. Dans cette école, les étrangers paient en dollars et subventionnent les enfants locaux qui paient leur scolarité sous forme de kilos de déchets en plastique. Après 10 ans d’opération et de nombreuses sollicitations de développement à l’international, l’ancien bijoutier souhaite désormais exporter son concept et essaimer une vingtaine de Green schools à travers le monde d’ici dix ans. Jean-Pierre Hardy est séduit par l’idée et signe avec lui un accord de partenariat afin de développer cette école alternative à Maurice. «Notre projet consiste à accueillir des digital nomads avides de voyages et à les faire découvrir Maurice pour des périodes indéterminées afin de profiter en famille de la beauté intérieure de l’île et de sa richesse culturelle avant de rejoindre à leur guise une autre Green School de la planète, venant par la même renforcer l’image de Maurice comme Education Hub.»

«Démarche suicidaire»

Ce projet sera implanté à l’intérieur de l’île, non loin d’un point d’eau, l’objectif étant d’aménager une ferme organique à proximité de l’école et dont les fruits et légumes cultivés biologiquement par les enfants pourraient approvisionner la cantine de l’école et la boutique-hôtel. Jean-Pierre Hardy et Eric Noir cherchent actuellement un lieu susceptible de répondre aux critères de bon fonctionnement de ce projet, ainsi que des investisseurs intéressés à entrer en partenariat pour construire les infrastructures nécessaires à l’école et au centre de développement personnel, les 80 villas et le boutique-hôtel. Les coûts estimés du projet tournent autour de 120 millions d’US dollars.

Cet homme est marié à Anne et père de trois enfants – Ludovick, 27 ans, qui fait des études dans un centre bouddhiste de Toronto au Canada ; Frédérick, 25 ans, qui termine un tour du monde en quête de projets susceptibles d’éveiller les consciences écologiques et Agena, 22 ans, diplômée en hôtellerie, actuellement en road trip en Australie. Il souhaite «communiquer cette urgence de prendre conscience de notre inconscience afin de sortir de cette démarche suicidaire consistant à sacrifier la planète, notre mère nourricière, sans se soucier du lendemain. Je suis déterminé à mettre en place une éducation qui n’est pas basée sur l’angoisse de l’échec mais sur l’enthousiasme d’apprendre. Si l’on commençait à expliquer aux enfants qu’ils sont des frères et des sœurs et qu’ils doivent s’entraider plutôt que d’entrer dans une compétition stérile, si on leur enseignait la beauté et l’intelligence de la matière plutôt que de les formater à devenir d’imbéciles consommateurs effrénés, on sera sur la voie de former des sustainable citizens of tomorrow».

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