Prakash Permala: «Le chiffre d'affaires des commerçants de Rose-Hill est presque nul»

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Prakash Permala, président de l’Association des commerçants de Beau-Bassin-Rose-Hill.

Prakash Permala, président de l’Association des commerçants de Beau-Bassin-Rose-Hill.

Alors que Larsen & Toubro nie toute négligence dans les dégâts d’eaux usées suivant les réclamations des habitants de la rue Sir Virgil Naz, les commerçants montent au créneau. Face aux pertes et inconvénients des travaux du métro, Prakash Permala annonce des actions légales.

Trente-deux plaintes dont celles de plusieurs commerçants ont été déposées au ministère des Infrastructures publiques et du transport en commun. En quoi consistent-elles ?
Certaines plaintes ont été faites par des commerçants qui sont avec nous, et d’autres séparément. De nouvelles plaintes sont à venir, notamment des entrepreneurs les plus affectés par la pose des barrages en tôle. Avec les travaux du Metro Express, plusieurs magasins se sont retrouvés coincés en termes d’espace. Cela inclut les deux foires jusqu’au Central Electricity Board (CEB).

Cela affecte aussi bien la visibilité que l’accessibilité pour les clients. À cela s’ajoutent les déviations, la fermeture de certaines routes, le retrait de quelques aires de stationnement. De plus, le centre-ville est pratiquement scindé, entravant la circulation et l’affluence.

Quelles sont les actions que compte entreprendre votre association?
Nous avons déjà contacté notre homme de loi et allons encadrer les commerçants. Il faut les comprendre: leur chiffre d’affaires est presque nul alors que leurs coûts d’opération mensuels sont toujours encourus. Les barrages sont là depuis février 2018, engendrant des pertes.

Cette semaine, Larsen & Toubro a réfuté tout acte de négligence face aux réclamations de Rs 10 millions par les neuf familles de la rue Virgil Naz. Comment y réagissez-vous ?
C’est inhumain. Regardez tous ces dégâts. Des eaux usées se sont infiltrées dans certains commerces et domiciles. Sans compter les odeurs nauséabondes qui ont inondé la région. Cela leur a coûté des jours de travail et divers inconvénients. Et les rues se vident. Plusieurs commerçants nous ont contactés et veulent, par conséquent, réclamer des dommages et une compensation…

Justement, en parlant de compensation, le ministre Bodha a précisé que le détail de la somme de Rs 10 millions n’a pas été soumis par les résidents. Comment allez-vous compiler votre réclamation?
Nous allons procéder différemment. Nous avons consulté notre avocat. Les commerçants ont subi des pertes et doivent payer pour les dépenses courantes comme les salaires, le loyer etc. Plus d’une dizaine de commerçants sont concernés. Nous comptons travailler sur les chiffres en fonction de ces coûts puisqu’ils n’ont pratiquement plus de ventes et proposer la somme de compensation.

Et comment comptez-vous justifier cette somme ?
Nous le pourrons. Nous avons des reçus pour tout: le loyer ainsi que les preuves des chiffres d’affaires des années précédentes.

Revenons à Larsen & Toubro qui ne paiera pas la compensation aux familles de la rue Sir Virgil Naz alors que mention a été faite au Parlement que cela fait partie de son contrat.
Tout le monde a bien vu comment les habitants et commerçants ont été affectés. Il est justifié de leur donner une compensation. Cela a duré plus d’une semaine. D’ailleurs, je me demande pourquoi on a jeté cela sur Larsen & Toubro. Cette société est un contractuel. Le commanditaire, c’est Metro Express Ltd. Cette entité est responsable de toutes les opérations et des dégâts engendrés ainsi que le ministère des Infrastructures publiques et du transport en commun. Je ne comprends pas pourquoi on «shifte» tout sur le contractuel. Celui-ci pourrait se retirer de toute réclamation aisément.

Puisque le Metro Express est un projet d’État, dépourvu d’Environmental Impact Assessment (EIA) de surcroît, les plaignants ne devraient-ils pas se tourner vers l’État plutôt pour leurs réclamations ?
Je ne dirai pas uniquement l’État mais aussi Metro Express Ltd, la compagnie qui gère ce projet. Nous irons davantage vers cette entreprise après consultation légale ainsi que les autorités. Nous allons faire une demande de réclamations directement. Certains commerçants nous demandent d’attendre jusqu’en décembre pour avoir les chiffres globaux. Au cas contraire, nous nous baserons sur des données partielles qui ne refléteront pas la réalité.

Je pense que ces problèmes incombent à l’État. Ce n’est pas normal que toutes ces entités se renvoient la balle. Est-ce fait intentionnellement ? Est-ce pour dérouter les victimes ? Les autorités agissent en pleine connaissance de cause. Se peut-il que ce soit pour «buy time» ? Il faut clarifier cela. Cette question devrait être soulevée au Parlement.

Quel est l’impact des travaux du Metro Express sur les commerçants ?
À Rose-Hill, les gens viennent de moins en moins. Jamais on n’a vu des couloirs aussi vides…

Rose-Hill devient donc une ville fantôme ?
Oui on peut le dire. Il n’y a plus de parkings sur la route royale ou à la rue John Kennedy. La gare routière a été considérablement rétrécie, occasionnant des embouteillages et des encombrements. Il y a un gros problème de circulation et de disponibilité d’autobus etc. De notre côté, les fournisseurs peinent à pouvoir effectuer les livraisons. Certains, n’ayant pas de parkings, ont dû repartir. Idem pour les clients qui ne peuvent se garer.

Et les pertes commerciales ?
Le 8 novembre, nous avons rencontré nos membres pour faire une évaluation de la situation. Plusieurs d’entre eux opèrent sur une base «on and off» à la suite des dégâts des eaux usées. Leur seul espoir est d’essayer de rattraper le coup en décembre. Actuellement, les commerçants essuient des pertes de 80 à 90 %. Environ 300 enseignes sont touchées par cela à Rose-Hill. Tout comme les opérateurs des foires, du bazar.

Plusieurs commerçants se plaignent de rats d’égout, d’odeurs nauséabondes et d’inaccessibilité des lieux. Est-ce exagéré ? Quel est le vrai du faux ?
Ce n’est pas exagéré mais il s’agit d’un problème spécifique qui touche certains. Pour les rats d’égout, cela affecte sans doute les commerces dédiés à l’alimentation situés dans les lieux sujets aux fouilles. Quant aux odeurs nauséabondes, personnellement j’ai eu à fermer une des portes de mon magasin car les clients ne pouvaient plus supporter cela. Je suis ici depuis plusieurs décennies et jamais une telle situation ne s’est produite.

Le ministère des Infrastructures publiques et du transport en commun n’a pas rendu public le rapport d’impact environnemental. Pourquoi selon vous ?
Le rapport en lui-même ne nous concerne pas directement. Mais s’il y a eu une évaluation, peut-être que tous ces problèmes-là ne se poseraient pas. Par exemple, on aurait déjà pu localiser les tuyaux ainsi que les installations qui seraient fragilisées par les travaux etc. Il est dommage que l’État l’ait tenu secret et que cela ne soit pas à la connaissance du public et des contractuels déjà engagés dans ces travaux. Il aurait été judicieux de le publier. Car là, on a tendance de jeter le blâme sur X, Y, Z sans savoir qui assume vraiment les responsabilités. De plus, le maire de Beau-Bassin-Rose-Hill préside le monitoring committee sur le Metro Express. C’est un grave manquement…

Pourquoi évoquez-vous un «grave manquement» ?
Il est devenu partie prenante de ce comité, il ne peut faire entendre sa voix pour ses mandants. Il écoute mais ne peut parler. C’est comme s’il est paralysé d’une certaine manière. Comme une personne neutre qui représente la mairie, les citadins, les commerçants, je crois qu’il n’aurait pas dû accepter cette responsabilité.

La période de décembre est celle où les commerçants font le plus de recettes. Mais avec les travaux et déviations, Rose-Hill sera-t-elle forcément une ville morte ?
L’express parlait déjà de Vacoas comme une ville décédée (NdlR, dans l’édition du 25 novembre). La nôtre était déjà malade depuis longtemps. Aujourd’hui, Rose-Hill est aux soins intensifs. Mais nous ne sommes pas cliniquement morts. La ville a toujours souffert d’un problème de «law and order». Il y a eu environ cinq jugements de la Cour suprême contre la mairie et la police pour assumer les responsabilités au niveau des commerces illégaux. Avec la fin de l’année, cela prendra une plus grande dimension. Rose-Hill sera envahie par les travaux et cette concurrence déloyale.

Bio express

Directeur du magasin «Le Superbe» à Rose-Hill, Prakash Permala exerce dans le commerce depuis plus de trente ans. Il est aussi président de l’Association des commerçants de Beau-Bassin-Rose-Hill. L’organisation regroupe une cinquantaine de commerçants.

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