Productivité et compétitivité: quand le salaire minimum nuit aux exportations

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Les exportations traditionnelles ont chuté, entre autres, à cause du contexte économique mondial incertain, estime Charles Cartier, Chairman de l’Economic Development Board.

Les exportations traditionnelles ont chuté, entre autres, à cause du contexte économique mondial incertain, estime Charles Cartier, Chairman de l’Economic Development Board.

L’avènement du salaire minimum cette année va-t-il contribuer à la baisse des exportations ? La question se pose face à la tendance baissière des exportations des entreprises manufacturières. Les opinions divergent entre économistes indépendants, opérateurs économiques et institutions gouvernementales.

Un fait incontestable demeure : il n’y pas eu de gain de productivité suivant cette manne salariale pour 120 000 employés. La posture prônée par les institutions proches du gouvernement, dont l’Economic Development Board (EDB), privilégiant d’autres facteurs justifiant la baisse des exportations, pourrait être remise en cause. Car les économistes en sont convaincus : il y a une corrélation directe entre l’introduction du salaire minimum et la chute des exportations.

«Il est évident que les charges salariales des entreprises ont été alourdies considérablement avec la décision gouvernementale d’accorder, cette année, un salaire minimum. C’est venu augmenter le coût de production de ces entreprises, celles opérant particulièrement dans le créneau d’exportation.»

«Il est évident que les charges salariales des entreprises ont été alourdies considérablement avec la décision gouvernementale d’accorder, cette année, un salaire minimum de Rs 8 140 à ceux qui touchent moins. Du coup, c’est venu augmenter le coût de production de ces entreprises, celles opérant particulièrement dans le créneau d’exportation», analyse Azad Jeetun, économiste et ex-directeur de la Mauritius Employers’ Federation. Par conséquent, dit-il, «les exportations sont devenues moins compétitives».

Une opinion que ne partage pas forcément le président du conseil d’administration de l’EDB, Charles Cartier. Il a une différente lecture de cette problématique. «Dans un contexte économique mondial incertain, nos industries traditionnelles ont été affectées. La hausse du prix des carburants, la possibilité de guerres commerciales avec les États-Unis et les problèmes découlant du Brexit ont provoqué une baisse de nos exportations traditionnelles», a-t-il confié récemment à l’express. Il s’empresse toutefois de souligner que le développement de nouvelles activités, notamment celles du port franc, est venu renverser la tendance.

Pour sa part, la directrice de la Mauritius Export Association (MEXA), Lilowtee Rajmun-Jooseery, est loin d’être convaincue par cette analyse. Elle trouve qu’à la base, il y a la question de la productivité. Malgré cette hausse salariale conséquente (outre les Rs 8 140, il y a d’autres contributions de la part des employeurs pour atteindre le chiffre final de Rs 9 000), la productivité, dit-elle, n’a pas suivi.

D’ailleurs, elle relève qu’en un peu plus de dix ans, soit de 2007 à 2016, les employés du secteur manufacturier ont bénéficié d’une compensation salariale moyenne de 5,7 % annuellement. Or, les gains de productivité n’ont pas suivi au niveau de la main-d’œuvre, progressant à seulement 3,5 % en moyenne actuellement durant la même période. Une situation qui inquiète Azad Jeetun qui observe en passant que cette tendance dure depuis des années. Et pour cause, le taux de compensation est basé sur un seul critère, soit l’inflation (voir encadré).

À la MEXA, la situation est suivie avec inquiétude car avec la révision du salaire minimum dans deux ans, soit en 2020, et la compensation salariale de janvier 2019, les entreprises seront davantage fragilisées financièrement. Ce qui fait dire à sa directrice que le secteur d’exportation est confronté à d’importants défis. «Si nous avons pu tirer notre épingle du jeu, c’est principalement en raison de la compétitivité de nos produits car nous avons pu garder nos coûts de production dans les limites acceptables.» Et d’ajouter que l’avenir dira si la compétitivité de ce secteur va perdurer.

«C’est carrément l’effet domino avec une surenchère salariale à tous les niveaux de l’entreprise. C’est la nature humaine. Résultat des courses : l’employeur n’aura pas d’autre choix que de fermer boutique s’il voit que le marché n’est plus compétitif…»

En fait, les opérateurs économiques notent qu’avec le salaire minimum accordé aux travailleurs manuels, il y a déjà une pression venant d’autres catégories d’employés. «C’est carrément l’effet domino avec une surenchère salariale à tous les niveaux de l’entreprise. C’est la nature humaine. Résultat des courses : l’employeur n’aura pas d’autre choix que de fermer boutique s’il voit que le marché n’est plus compétitif, particulièrement le secteur habillement et prêt-à-porter, vu que les acheteurs vont s’approvisionner ailleurs, là où les coûts de production sont plus compétitifs», affirme le directeur d’une entreprise qui a souhaité garder l’anonymat. Il ajoute qu’une étude a été effectuée par ministère du Travail et des relations industrielles pour évaluer justement l’impact du salaire minimum sur les entreprises, analysant les effets sur les différentes variables : profit, productivité et compétitivité.

Il faudra certes attendre les prochaines statistiques officielles pour étudier l’ampleur de l’impact du salaire minimum sur la baisse des exportations des entreprises. D’autant plus qu’elle accusait déjà une chute de 4 à 5 % avant l’introduction de cette mesure gouvernementale.

La productivité de la discorde

D’un côté, MCB Focus a porté son analyse du coût unitaire de la main-d’œuvre, qui mesure la rémunération de l’employé par rapport à sa productivité, sur une période de 10 ans, soit de 2006 à 2016, montrant qu’il est resté inchangé à 3,4 %. De l’autre, l’EDB a, dans une récente interview à «l’express», préféré limiter son champ d’analyse entre 2014 et 2017, et de préciser que le coût unitaire de la main-d’œuvre a augmenté de 6 % durant cette période et de 1,7 % spécifiquement en 2017.

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